A Grenoble, en Isère, après avoir gagné la Mairie, un rassemblement d'EELV, d'une partie du Front de Gauche et de collectifs citoyens ont devancé PS, UMP et FN au premier tour des élections départementales et gagné deux cantons au second tour. L'inverse de la situation biterroise. Pourquoi ? Comment ?

par Didier


L'expérience grenobloise n'est pas née d'aujourd'hui. Elle est ancrée dans un écosystème local autour de collectifs citoyens très actifs, d'un vrai travail d'éducation populaire, et ce depuis les années 1970. Si l'on rajoute à cela : une écologie politique indépendante depuis 1977 qui n'a conclu qu'une seule fois une alliance de premier tour avec le PS; et une gauche radicale historiquement forte depuis les mêmes années 1970.

 

Tous les vumètres étaient . . . au vert !


A Grenoble depuis plusieurs décennies il y a des projets citoyens qui pour partie ont été imposés aux diverses municipalités, de gauche comme de droite. Les résultats des dernières élections sont de ce point de vue la résultante d'une démarche de renforcement d'un pôle citoyen. Elle a permis de s'émanciper d'une tradition de lobbying tout en réussissant à faire alliance avec certains partis, pour réaliser des projets citoyens. Ce travail de lente maturation, de croyance en sa force, d'autonomisation a mis plusieurs décades à se dégager. On ne peut pas comprendre l'expérience grenobloise si on ne commence pas par expliquer cette maturation politique. Rien ne tombe du ciel et tout est affaire de travail et de mise en perspective.
 
Aujourd'hui le résultat est là : à Grenoble il n'est plus possible de dire : « vous êtes obligés de voter pour nous car sinon ce sera l'UMP ou le FN ».


A Grenoble il y a un autre projet fédérateur qui évite les recettes toutes faites du travail le dimanche, de la retraite à 63 ans, du Code du travail détricoté, que nous servent alternativement les caciques d'appareils politiques qui n'ont plus rien à voir avec les réalités de terrain. L'autre grande leçon grenobloise c'est que des partis ont réussi à être en appui des mouvements citoyens, ont appris à les respecter, à les faire émerger. A Grenoble des militants associatifs qui militaient dans des partis ont réussi à dépasser les étiquettes, à dépasser les frontières partisanes. Cela a créé du souffle, de l'espoir et in fine du changement.

 

Cela a permis que toute l'énergie militante ne se consume pas dans des débats internes mais soit tournée vers l'extérieur.


Parallèlement, le piège d'une transformation en une caste d'élus préoccupée par sa propre survie a été évité. Pour voir l'intérêt général, il faut être connecté à l'intérêt général. Cette connexion, les collectifs citoyens la permettent, l'entretiennent, la pérennisent. Être l'élu de collectifs, c'est un positionnement, c'est une sorte de lien ombilical avec le terrain, c'est l'inverse de la bureaucratie. Nous assistons à une vaste recomposition, d'un côté autour du FN avec un repli identitaire et des boucs émissaires, et de l'autre, avec la sphère, très large politiquement, de ceux et celles qui font le constat que le modèle capitaliste ultralibéral est à bout de souffle, qu’il crée un monde violent de guerres et de famines, qu'il faut tenir compte de l'épuisement des ressources, que la société à créer ne peut être qu'humaine, équitable, solidaire . . . et éco-socialiste.


Ceux et celles qui seront capables de répondre sur ce terrain à Grenoble comme à Béziers mettront beaucoup de monde en mouvement !