L'émotion des derniers évènements étant quelque peu retombée, quelles questions cela nous pose-t-il ? Deux thèmes semblent se dégager et faire consensus, certains ayant pris le parti de les mettre à la sauce de l'Unité nationale, d'autres au contraire d'en interroger la légitimité et, s'il y a lieu, demandons-nous ce que cela nous dit de nous ?

Il n'est pas question ici de les opposer mais au contraire de les lier. Donc nous allons voir comment sont liées intrinsèquement Laïcité et Solidarité.


LOU RAVI 2Notre République aurait été ébranlée sur ses bases donc, et ses fondements attaqués, au premier rang desquels : la Liberté. Et nous n'aurions pas assez œuvré dans le sens de la Laïcité et de la Solidarité.


Il est heureux que ceux qui allument partout des incendies veuillent aujourd'hui les éteindre mais quand l'incendie couve depuis si longtemps, s'armer de seaux d'eau et de pelles risque d'être insuffisant. Au-delà de la parabole, il convient de reconnaître que les moyens sont des effets d'annonce et que la pédagogie et l'appareil législatif ne semblent pas être mis au service de ces annonces précisément.


Pourquoi la Laïcité et la Solidarité – que l'on peut appeler aussi Fraternité ou Égalité de dignité et de droits, mais de dignité avant toute chose, la Loi ne devant que conforter ce fait - pourquoi donc la Laïcité et la Solidarité sont-elles désignées, et la République avec elles ?


C'est qu'enfin nous sommes une République sociale et laïque, nous nous sommes définis ainsi. Mais définir ne peut se suffire. Il faut entretenir, persévérer et garantir pour que cela fasse sens. Et pour les républicains, lier Solidarité et Laïcité fait sens. Car notre déficit de Solidarité et de Laïcité sont les deux pendants d'un même mal et se répondent. Les républicains aspirent à une république sociale car sans le socialisme, tel que défini par ses fondateurs, la République est une république bourgeoise de droits d'essence libérale, ce qu'elle n'a pas cessé d'être depuis 1793 avec des parenthèses historiques, la Commune de Paris et la mise en place du programme du Conseil National de la Résistance. La république sociale fait de la Justice, de l'équité en toutes choses et entre tous, son essence première et combat ainsi tous les maux imposés par le libéralisme qu'il soit celui de la Grande Bourgeoisie ou d'un Thiers, d'un Guizot, d'un Sapin, d'un Moscovici, d'un Macron. La Laïcité est donc nécessaire et naturelle car la Laïcité est une équité de traitement de la liberté de conscience de tous dans la sphère privée, en dehors de l'espace public donc, ce dernier étant réservé au débat, à condition qu'il soit dépourvu de prosélytisme.

 

La laïcité devrait nous protéger contre le terrorisme verbal des communautarismes.

 

Il faut affirmer la nécessité d'une Laïcité ferme car elle est le rempart du terrorisme verbal des communautarismes. Terrorisme verbal par joutes interposées d'autant plus faciles que le déficit de Laïcité et de Solidarité favorisent les discours religieux, et au-delà, de tous ceux qui sont des alliés objectifs du capitalisme débridé. Car, capitalisme et religions fondent le lien intracommunautaire sur la Charité compassionnelle, dépourvue de générosité (pourquoi aucune convention entre les supermarchés devant lesquels des associations récoltent des denrées achetées, alors même que derrière le magasin sont détruites des denrées disponibles gratuitement ? La Belgique a légiféré sur ce point, et un décret municipal le permettrait tout autant). C'est le reproche justement adressé par Camus (Albert) à Mauriac, pour qui la Charité est une charité de piété, de pitié, mais pas une œuvre de Justice comme le réclamait Bernanos.
C'est pourquoi mettre à l'honneur sans cesse, comme le fait Monsieur Robert Ménard, les racines chrétiennes, est incompatible avec une fonction républicaine, comme transiger avec la Laïcité, car c'est mieux servir un discours communautariste, sans notion de Justice et d'équité ni de Solidarité.


On ne s'étonnera donc pas de la baisse globale de dotation votée sous sa dictée, comme de la fermeture de l'épicerie sociale, ou de l'absence de tarification sociale de l'eau dans une ville qui remplissait pourtant toutes les conditions requises par la Loi Brotte.

 

happy new fear


Non, Monsieur Robert Ménard exige que l'on sacralise les racines chrétiennes de la France pour mieux servir son zèle à attiser les communautarismes les uns contre les autres. Comment ne pas y voir un signe : un combat contre la crèche élevée dans la Mairie se poursuit sur le fond, quand, au même endroit, on désigne des boucs émissaires à travers des slogans d'une stupidité confondante, parce qu'on fait un raccourci idiot entre terrorisme et islamisme, islamisme et immigration quand les terroristes sont des fils (imbéciles et mal aimés) de France, elle-même délivrant les Kalachnikov de Libye qui servent à l'attaquer.


Monsieur Robert Ménard n'est que l'antichambre du mal. Les pouvoirs nationaux catholiques en Espagne (Salazar, Franco) et en Amérique Latine (Villeda, Pinochet) ont procédé ainsi : en structurant la Charité en Secours d'Hiver puis Secours social, ou Section Féminine de la Phalange, les Œuvres remplaçant les liens intercommunautaires. Ainsi ces pouvoirs n'ont jamais cessé d'être les grands alliés objectifs du capitalisme, de son chef de file les États-Unis, et se sont employés à détruire tout ce que les républicains attachés au socialisme avaient essayé d'initier en matière de Justice sociale et de Laïcité.

 

A Béziers, les prosélytes de tous bords se répandent dans l'espace public.

 

En cela Monsieur Robert Ménard est aidé par les prosélytes de tous bords qui se répandent sur l'espace public à Béziers, des témoins de Jéhovah qui ont pignon sur rue avec leurs stands un peu partout en ville et tous les jours de la semaine, aux communautés évangélistes ou pentecôtistes très actives auprès des communautés gitanes ghettoïsées en passant par les prêcheurs wahhabites des marchés de la Devèze appelant à la récolte de fonds dont on ne connaît pas trop la destination. Il y a une alliance objective des prosélytes communautaristes dans cette ville en grand déficit d'Égalité sociale et de Laïcité, complaisamment aidée par la Municipalité de la commune.
Ainsi la Charité, surtout compassionnelle, est toute subordonnée à l'émotion mais n'est en rien une résolution des inégalités sociales. Ces inégalités sociales sont creusées par les gouvernements austéritaires qui pactisent et trouvent des apports financiers avec ceux-là mêmes qui injectent de l'argent sale dans le terrorisme - c'est le fléau wahhabite des pétromonarchies du Golfe.


Sous couvert de modernité technologique, ces dernières inondent les marchés et les esprits de leur conception libérale toute communautaire, alimentant la haine des démocraties occidentales censées être des Etats-providence redistributifs, mais où la redistribution ne se fait pas en direction de tous... Comment injecter le poison du mal au cœur même de ce qui est censé le plus vous protéger ?


C'est un mécanisme d'action quasiment schizophrénique.
Il y a donc objectivement une continuité entre pétromonarchies, mesures austéritaires, inégalités sociales, discours communautaristes, repli sur soi et déficit de Laïcité. Continuité qui déteriore la réponse sociale car la Charité compassionnelle œuvre pour la déstructuration sociale et induit un déficit de Justice sociale, terreau du fondamentalisme.


Quelles réponses alors ? Elles se trouvent dans notre définition. Il faut :
- couper les liens mortifères avec les financeurs du terrorisme mondial chargé de déstabiliser les démocraties de droit,
- réorienter notre politique sociale vers la coopération, la redistribution, l'équité appuyée par une Laïcité institutionnelle ferme qui ne serait plus à géométrie variable et abrogerait les statuts d'exception obsolètes comme leurs financements, abrogerait les délits de blasphème et constitutionnaliserait la Loi de 1905, rendant lisible le discours d'une République une et indivisible, une République sociale, démocratique et laïque.
Alors seulement nous pourrions soumettre au débat que les réformateurs des branches de l'Islam fassent leur exégèse, mais il s'agira surtout de présenter aux laïcs la possibilité d'engager une réforme démocratique qui extirpe le fléau wahhabite comme en leur temps Calvin et Luther tentèrent d'extirper les pouvoirs financiers de l'Église, fossoyeurs avec les wahhabites de l'égalité sociale et de sa démarche de raison naturelle : la Laïcité.