En moins d'un siècle la fonction de l'automobile a radicalement changé : de véhicule de tourisme, utilisé seulement le dimanche et en vacances, elle est devenue véhicule utilitaire pour tous les trajets quotidiens. D'autre part, de véhicule familial, elle devient véhicule individuel. Chaque membre de la famille veut avoir son auto personnelle. Mais la ville, espace très encombré, ne peut digérer la multiplication sans fin de ces gros engins encombrants, bruyants, polluants et dangereux que sont les autos. Il faut revoir les modes de la mobilité en ville.

 

PRIORITÉ ABSOLUE AU PIÉTON

 

passante1En ville le piéton est légalement l'usager prioritaire de la voie publique. Nous ne sommes pas tous automobilistes ou cyclistes mais nous sommes tous piétons pendant une partie au moins de la journée.
Le centre de la ville, dont les rues souvent étroites ne sont pas conçues pour les autos, doit être rendu plus largement piétonnier. Les automobilistes qui se rendent dans le centre doivent être invités à laisser leur engin dans des parkings de dissuasion situés autour du centre.


Le trottoir devrait être le domaine réservé du piéton. Malheureusement cet espace lui est disputé par le mobilier urbain, par les bacs poubelles et surtout par les autos en stationnement. Pour contourner ces autos le piéton est obligé de descendre sur la chaussée, ce qui est dangereux et pénible, surtout pour les personnes âgées tirant un caddie, pour les personnes poussant un bébé dans un landau et pour ceux qui effectuent un transport sur un diable. Garer une auto sur un trottoir est illicite mais comme cette infraction n'est pas réprimée, les coupables abusent de cette impunité pour voler aux piétons leur espace réservé.

 


RENDRE LES TROTTOIRS AUX PIÉTONS

La première action doit être de rendre le trottoir au piéton en réprimant sur cet espace le stationnement des autos. Il en résulterait 3 conséquences bénéfiques :
1- Sur des trottoirs libérés, les citadins seraient plus nombreux à opter pour les déplacements à pieds.
2- Si les autos, chassées des trottoirs, sont contraintes de stationner sur la chaussée, l'espace carrossable s'en trouve réduit, ce qui incite les automobilistes à réduire leur vitesse. Les rues deviendraient ainsi plus sûres pour tous les usagers y compris les automobilistes. Rappelons que la plupart des accidents de la circulation surviennent non sur les routes mais en ville, surtout en raison d'une vitesse excessive.
3- Les cyclistes, qui craignent par-dessus tout les autos roulant trop vite, seraient les premiers bénéficiaires de ce ralentissement.

 

Pour adapter la ville au vélo il faudra aussi d'autres actions. Lesquelles ?


DES VOIES CYCLABLES ?

Souvent revendiquées par les cyclistes, les voies cyclables ne peuvent être multipliées pour 2 raisons : d'une part, l'aménagement de ces pistes a un coût financier. Or les collectivités sont surendettées. D'autre part, la plupart des rues ne sont pas assez larges pour qu'on puisse y réaliser 2 trottoirs, une chaussée pour les véhicules à moteur, une bande de stationnement et des voies réservées aux vélos.
Ajoutons que les voies cyclables déjà réalisées sont anti-fonctionnelles. Elles sont souvent aménagées sur des trottoirs. Les piétons sont ainsi privés de leur espace au moins en partie et parfois en totalité : avenue de la Voie Domitienne devant Auchan, par exemple.
Les bandes cyclables sont souvent impraticables parce qu'occupées par des autos en stationnement illicite mais non réprimé. C'est systématique avenue de la Voie Domitienne devant les concessionnaires automobiles, avenue de La Devèze devant le concessionnaire moto et devant la brocante avenue Foucault.
Il est souvent difficile d'accéder aux pistes cyclables parce qu'il faut, pour y pénétrer, virer brusquement à 90 degrés et se faufiler entre deux poteaux comme boulevard Bir-Hakeim. Il est souvent dangereux d'accéder aux pistes cyclables parce qu'il faut pour cela couper à angle droit le trajet des autos. C'est le cas plusieurs fois avenue de La Devèze. Il est parfois difficile et même dangereux de sortir d'une piste cyclable parce qu'il faut sauter du trottoir sur la chaussée comme c'est le cas boulevard Bir-Hakeim.
En conclusion les voies cyclables, loin de favoriser les déplacements à vélo, semblent conçues pour dégoûter les citadins d'utiliser une bicyclette, et on ne peut donc souhaiter la multiplication de telles voies.

Rendre les trottoirs aux piétons


LIMITER LA VITESSE À TRENTE À L'HEURE


Les voies cyclables sont des ghettos pour cyclistes. Or c'est l'auto qu'il faut reléguer dans certaines voies et pas le vélo. Toute la ville doit être cyclable comme toute la ville doit être utilisable par les piétons. Pour atteindre ce but le plus simple est de limiter la vitesse. A trente km/heure une auto est beaucoup moins dangereuse et la coexistence devient possible, sur les mêmes voies, entre tous les usagers de l'espace public. A vitesse réduite, pour un même trajet, une auto consomme moins de carburant. La qualité de l'air urbain s'en trouverait elle aussi améliorée.
Dans une ville rendue entièrement cyclable, il faut enfin placer des arceaux d'attache pour les vélos devant les grands commerces, les bâtiments publics et autres lieux fréquentés.


RENDRE LA ROCADE TRAVERSABLE POUR PIÉTONS ET CYCLISTES


De nombreux petits chemins vicinaux, bien adaptés aux besoins des piétons, cavaliers et cyclistes, reliaient naguère Béziers aux villages périphériques : chemin de la Daubinelle, chemin de la Capelière, chemin de Lieuran, chemin de Saint-Geniès, traverse de Colombiers, pour ne citer que les plus fréquentés. Ces chemins étaient utilisés à la fois comme parcours sportifs (marcheurs, joggeurs, cyclistes, cavaliers), pour les loisirs (promenades de personnes âgées, sorties familiales, cueillette) et pour des déplacements utilitaires entre ville et campagne.
La rocade a interrompu et rendu impossibles presque toutes ces liaisons. Très rares sont les chemins vicinaux dont la continuité a été sauvegardée par une dénivellation : passage soit sous la rocade (chemin de Badones), soit au-dessus de la rocade (avenue du Languedoc). Même la voie Domitienne, la plus ancienne voie romaine de Gaule, (dont le tracé, à l'ouest de Béziers, se confond avec l'actuelle traverse de Colombiers), a été scandaleusement transformée en cul-de-sac par la rocade malgré sa valeur patrimoniale et son potentiel touristique. A cet endroit, pour les usagers de la voie Domitienne, même en auto, il est interdit de traverser la rocade, qui fonctionne comme une muraille de Chine.
Initialement conçue comme limite extrême de l'urbanisation biterroise, la rocade a été, depuis, largement dépassée par l'étalement de la ville. Béziers est désormais coupée en deux parties entre lesquelles les liaisons douces (à pied, à vélo...) sont presque partout impossibles. La rocade, telle qu'elle a été conçue et réalisée, incite toujours et contraint souvent ceux qui veulent la traverser à utiliser des autos.


Le but d'une rocade est de réduire la circulation automobile dans une ville en incitant les automobilistes à contourner l'agglomération au lieu de la traverser. Or, à Béziers, en obligeant les Biterrois qui veulent traverser la rocade à utiliser une voiture, on aboutit à l'inverse du but recherché.
Cette situation est d'autant plus intolérable qu'il y a un consensus croissant pour estimer qu'il faut, surtout en zone urbaine, réduire le trafic motorisé au profit du trafic doux.
Le comble est atteint avec la suppression du seul et unique carrefour à feux tricolores qui existait sur la rocade : celui de la Montagnette en commune de Villeneuve. Ainsi, le seul endroit où piétons et cyclistes pouvaient traverser la rocade en toute sécurité est rendu lui aussi impraticable non seulement pour la circulation douce mais aussi pour les véhicules motorisés puisqu'un muret doit être construit au milieu de la rocade pour la rendre intraversable.
Une rocade doit être une voie rapide ? Certes mais il ne faut pas pousser cette exigence jusqu'à l'absurdité. On ne peut continuer à couper toujours davantage l'agglomération biterroise en deux morceaux entre lesquels les liaisons non seulement douces mais aussi automobiles deviendraient de plus en plus difficiles. N'oublions pas qu'avec l'étalement croissant de l'agglomération biterroise de part et d'autre de la rocade, cette dernière fonctionne de plus en plus comme une voie urbaine et doit être traitée comme telle. Il est donc indispensable de rétablir la continuité des chemins vicinaux de part et d'autre de la rocade, au moins pour les plus fréquentés, et de maintenir, au carrefour de la Montagnette, la possibilité pour tous les usagers de traverser la rocade.