Frontex est l’agence européenne pour gérer les frontières extérieures des États membres de l'Union européenne (en abrégé « Frontières extérieures »). Son siège est à Varsovie (Pologne). Elle coordonne les garde-frontières de l'Union avec les États non-membres.

Par Arsène

Frontex délègue aux pays-tiers à l'Union européenne le contrôle, la rétention et l'expulsion des migrants. Frontex permet aux industriels de proposer aux différents gardes frontières leurs dernières innovations technologiques. Ça facilite l'achèvement des objectifs industriels de recherche et développement. Bref, Frontex est l’organisme qui gère la question migratoire, loin des yeux du bon gros peuple européen. Que voulez-vous ? Il fallait passer ses vacances au Maroc : les migrants interceptés à ses frontières font les titres tous les jours. L’Européen de base ne voit des migrants que la fine fleur ayant réussi malgré tout à naufrager au large des côtes de l’Union. La réalité humaine qui pousse à embarquer au péril de sa vie ne touche pas l’Européen. Au mieux il s’étonne. Au pire, il s’insurge. On ne peut toucher l’invisible, et l’invisible ne peut nous émouvoir.

S’obstiner à ne pas prendre en compte la situation des populations à l’échelle internationale est encore une coquetterie de cette vieille Europe. Cette vieille Europe a exploité les ressources de la planète, matérielles et humaines. C’est sur ce pillage organisé depuis la découverte du « Nouveau Monde » au XVIème s. que s’érige la citadelle. La citadelle prend des poses lascives sur son amas de richesses. Elle s’est arrogé le privilège de pouvoir soumettre le reste du monde, pour s’enrichir.

Cette Europe, ce n’est pas vous, ce n’est pas nous, ce sont les pionniers du capitalisme et du néo-libéralisme. Ces deux systèmes sont indissociables : que pourrait-on échanger sans matières premières ? Le lien entre essor des sociétés bourgeoises et exploitation du monde est palpable dans des villes comme Bordeaux, Nantes, La Rochelle qui furent des ports du Grand Commerce. On admire comme la bourgeoisie a fructifié grâce aux missions religieuses, l’esclavage et la colonisation !

Il a déjà été très difficile pour notre vieille Europe d’admettre que les pays soumis (politiquement et économiquement) brisent leurs chaînes. Elle l’a finalement admis, dans un bain de sang le plus souvent : ça s’appelle la décolonisation.

Sans la période de l’esclavage et de la colonisation, l’Europe (et les Etats Unis) n’aurait pas la position économique dominante qu’elle occupe.

Aujourd’hui elle voit affluer le reste du monde qui nous regarde avec envie, nous, les Européens qui jouissons des bénéfices d’une exploitation qui perdure. La colonisation, c’est fini, mais l’exploitation continue : l’activité des multinationales en témoigne.

Alors certains Européens se replient sur eux-mêmes comme une mégère baisse les yeux pour fuir son reflet dans le miroir.  Ils s’absorbent dans la contemplation télévisuelle qui fait le tri, afin d’offrir du « réel acceptable ». Ils sont sensibles aux discours déculpabilisants de l’extrême droite. La meilleure défense est l’attaque. Ils sont pétrifiés de peur devant l’afflux des témoins de toute l’histoire : les migrants. C’est une posture comme une autre.

Une autre posture existe et consiste à se désolidariser des manœuvres post-coloniales. On doit pouvoir se placer à l’égal des autres peuples. Et au nom de quoi ne le ferions-nous pas ? On doit pouvoir se dire quand dans des conditions identiques, nous serions confrontés aux mêmes choix : certains embarqueraient, d’autres subiraient leur destin.

L’avantage du changement climatique est qu’il nous confronte aux mêmes périls : il n’existe qu’une seule planète même si nous ne sommes pas tous du même monde. Nos comportements de consommation vont encore être responsables devant le reste du Monde. Alors on peut se replier, oui.

On peut aussi ouvrir les yeux et se dire « le migrant, c’est moi ». Si les migrants affluent, c’est le signe d’un état du monde proprement insoutenable. Or l’Europe continue ses pratiques économiques : ses multinationales exploitent les ressources, elle fixe les prix, elle maintient la dette injustifiable de l’Afrique.

N’allons pas croire que les industriels et financiers qui dictent à l’Union Européenne ses pratiques ont plus de respect pour nous, les bons gros Européens. Si un jour nous remettons en cause le système économique (qui a supplanté les guerres de religions en termes de destruction), à n’en pas douter, nous serons sacrifiés. Regardons en Grèce.

Comme un miroir


Tant que nous continuerons à ingérer de la bouffe industrielle à bas coût qui ruine les producteurs et fabrique du cancer, tout ira bien. Tant que nous continuerons d’accepter les dommages écologiques qui nous mettent en danger, tout ira bien. Tant que nous accepterons d’aliéner notre condition à la fortune de la grande bourgeoisie en continuant de consommer, tout ira bien.

En fait, tu n’as peut-être pas encore compris, mais le migrant, c’est toi.
C’est toi, quand tu fuiras le régime fasciste, lui aussi très lié au milieu de l’industrie et des finances. Ce ne sera peut-être pas la première fois.
C’est toi, quand tu fuiras les retombées d’une catastrophe nucléaire. (France : premier pays producteur d’énergie nucléaire avec le Japon. Ce n’est pas la plus fantaisiste des hypothèses.)
C’est toi, quand tu auras compris que passer sa vie à fuir son image dans le miroir, à fuir les fenêtres pour ne pas voir le monde, et à bâtir des murs au bord de ses frontières, ce n’est pas une vie.

C’est toi. Dans un an, deux ans, peut-être plus. Mais quel pays te recevra, si tu viens les mains vides ? Réfléchis.
Comme un miroir.

 

Liens connexes :

Article « FRONTEX » sur Wikipedia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Agence_europ%C3%A9enne_pour_la_gestion_de_la_coop%C3%A9ration_op%C3%A9rationnelle_aux_fronti%C3%A8res_ext%C3%A9rieures#cite_note-1

Site « FRONTEXIT ».
http://www.frontexit.org/fr/actus/item/548-frontex-poison-ou-antidote-aux-tragedies-en-mediterranee

Article « Des garde-côtes grecs auraient coulé un bateau de migrants », Vendredi 14 Août 2015, site Humanite.fr.
http://www.humanite.fr/des-garde-cotes-grecs-auraient-coule-un-bateau-de-migrants-581470
Article « Emmurer l'Europe, c'est fissurer son union », 12 août 2015
http://www.liberation.fr/monde/2015/08/12/emmurer-l-europe-c-est-fissurer-son-union_1362533