Marinaleda : sans Marine, là-bas un autre monde est possible !

Par Didier

Au moment où en Grèce les institutions financières européennes viennent de faire un véritable putsch contre des velléités de progrès social. Au moment où ces mêmes institutions pensent avoir tué l'espoir d'un renouveau social alternatif, quelque part en Andalousie, loin des thèses xénophobes du Front National, un petit village réinvente du social et de la solidarité.

Marinaleda : province de Séville, Andalousie, Espagne, 2 800 habitants. Particularité locale ? Ce village lutte et gagne depuis 1979. Comment ? Pourquoi ?

un nouveau maire est élu, le plus jeune de toute l'Espagne

A Marinaleda, tout commence en 1977, avec la création du Syndicat des ouvriers de la terre (SOC). Les habitants y adhèrent en masse pour se défendre et pour lutter contre les « terratenientes » : les grands propriétaires Andalous. Un an plus tard, c'est la première occupation d'une grande propriété (une finca). En 1979, sur la base de cette radicalisation, un nouveau maire est élu, le plus jeune de toute l'Espagne : M. Sanchez Gordillo. Les principes politiques qui ont amené cette élection sont :

- lutter contre la misère et ceux qui la génèrent,
- lutter contre le système économique dominant,
- lutter toujours contre les grands propriétaires et les pouvoirs publics parfois.

Commence alors une longue lutte vers l'appropriation de terres privées avec occupations et expulsions. En 1991, après 10 ans de mobilisations quasi continuelles, la Junta de Andalucia, le gouvernement autonome, procède à l'expropriation de 1200 hectares d'une latifundia et met ces terres à la disposition de la municipalité. Se concrétise alors le vieux rêve de la terre à celui qui la travaille.

Très vite, les habitants de Marinaleda font l'expérience de formes collectives de production et de vente sous forme de coopératives. Ils pratiquent ainsi une forme de socialisation du travail. En 1999, une conserverie est créée. Elle écoule la production locale. Parallèlement, dans les coopératives, chaque travailleur reçoit un salaire identique quels que soient son poste et ses responsabilités.

Pour le droit au logement, un programme d'auto-construction est lancé. Chacun participe selon ses compétences, la mairie offre le terrain et rémunère l'architecte. Les matériaux sont fournis par la municipalité. L'attribution d'un logement se fait lors d'une assemblée publique qui réunit tous les citoyens. Depuis 1979, plus de 350 maisons ont ainsi été construites. Le loyer s'élève à 15 euros par mois. Le logement ne peut être vendu, mais il est cessible aux enfants. Dans ce contexte de mobilisation quasi-générale, les réalisations sont impressionnantes au vu de la taille de la commune : un hôtel de ville, un collège, une halle des sports, un gymnase, une maison de la culture, deux foyers pour les anciens, un stade, une garderie (pour un coût mensuel de 12 euros par mois et par enfants repas compris), une cantine scolaire (20 euros par mois), une piscine (1 euros par mois), deux parcs naturels, un parc pour enfant, un service municipal d'aide à domicile.

Pour parvenir à ce résultat, la commune a utilisé ses recettes classiques (Etat, Région, impôts locaux) et n'a pas hésité à s'endetter à hauteur de 77 000 euros en 2012. Sans de tels choix municipaux, un ménage avec trois enfants devrait débourser 800 euros supplémentaires pour subvenir à ses besoins. On devine donc la plus value citoyenne que représentent les avancées sociales.

Bien-sûr, à Marinaleda comme ailleurs, des opposants ne croient pas aux vertus de la démocratie participative qui est pratiquée. Ils conduisent une opposition virulente qui compare la commune à… Cuba.

Dans les faits, cette opposition est minoritaire : aux dernières élections municipales en 2011, elle a obtenu 16 % des voix, contre 73 % et 11 % d'abstentions. Plus largement à Marinaleda les progressistes sont réélus depuis 1979. Ces réélections s'expliquent aussi par des résultats, comme par exemple le chômage qui est à 13 % de la population active sur le village alors qu'il est à 35 % sur la province. A Marinaleda, ce qui ulcère les opposants, c'est la propriété collective du logement en lieu et place de la sacro-sainte propriété individuelle, la collectivisation du travail et des moyens de production. Il est évident que cette opposition est idéologique mais pas pragmatique au vu des scores électoraux et des réalisations effectuées.

Depuis l'élection du gouvernement de droite, Rajoy et son obéissance aveugle à la troïka européenne, les subventions ont été réduites de 40 % ce qui hypothèque les projets municipaux et oblige à réinventer en permanence de nouvelles perspectives.

quand la population choisit la voie de la mobilisation sociale, elle tourne le dos au fascisme et au racisme

Dans un contexte initial quasi-comparable à la situation des saisonniers camarguais traitée dans un article de ce même numéro (« Massacre à Aigues-Mortes »), Marinaleda est la preuve que quand la population choisit la voie de la mobilisation sociale, elle tourne le dos au fascisme et au racisme. Alors que le racisme et le fascisme se nourrissent de la division entre opprimés jusqu'à la haine et au meurtre, à l'inverse, les mobilisations sociales produisent de la solidarité et du progrès. Même avec deux siècles d'écart et des problématiques particulières qui limitent le comparatif, l'espoir existe en Andalousie !

Si on peut gagner en Andalousie, on peut aussi gagner en Europe. C’est une question de rapport de forces et de mobilisations.