En janvier dernier, c'était la Grèce et la surprise Syrisa qui remportait les élections législatives. Le monde de l'argent ne s'en est pas encore remis.

Aujourd'hui, deuxième claque ; l'Espagne avec Podemos qui gagne les élections municipales dans les deux plus grandes villes que sont Madrid et Barcelone et obtient des scores impressionnants dans de nombreuses régions. C'est une défaite historique des deux partis de droite et de gauche traditionnels (Le Parti Populaire et le Parti Socialiste) qui se partagent le pouvoir depuis la mort de Franco. En Grèce comme en Espagne, la gauche radicale apparaît comme une alternative aux politiques libérales imposées aux populations par la finance internationale et mise en place par une classe politique aux ordres du capitalisme mondial.

Bien sûr, c'est le ras-le-bol qui s'exprime, le ras-le-bol d'une population qui n'en peut plus de l'austérité imposée, du recul social et du cynisme d'une société qui a depuis longtemps ravalé l'Être humain au rang de faire-valoir !

En Espagne, cette exaspération a explosé en mai 2011 avec le mouvement des Indignés partout dans le pays, mais principalement à La Puerta del Sol à Madrid. Podemos en est issu ! Ce n'est pas un nouveau parti politique, mais une nouvelle « force politique collective », une nouvelle variété née du terrain et pas un PPM, un Parti Politiquement Modifié qui transforme de vieilles et traditionnelles formations politiques s'adaptant à l'actualité avec leur passé et leurs egos  et propose de vieilles fausses alternatives.

 

Podemos, c'est « nous pouvons » et le « nous » est important.

 

Nous pouvons

Car ce « nous », c'est la population, les « sans » de toutes sortes, les non-professionnels de la politique, les militants de la société civile, les citoyens.
    ⁃    Ce « nous », c'est le retour à la vraie démocratie, celle qui défend l'intérêt général autant que l'individu en le plaçant au centre de la vie collective.
    ⁃    Ce « nous », c'est la réappropriation de la chose publique et des choix de sociétés par ceux qui vont les vivre.
    ⁃    Ce « nous », c'est la revanche des « sans-grade » contre les élites qui ont confisqué le pouvoir et défendent  leurs propres intérêts.
    ⁃    Ce « nous », ce sont les sans-culotte qui avec les armes de la démocratie élective vont peut-être ressusciter la République des citoyens.

Podemos, c'est aussi la réponse à la sclérose des partis traditionnels, avec une organisation moins pyramidale, plus ouverte, plus libre, plus à l'écoute. Podemos, c'est la rébellion démocratique, une nouvelle façon d'aborder la vie collective, ses enjeux, ses objectifs, son avenir ! Podemos, c'est le peuple qui s'impose sur l'échiquier politique pour réécrire la fin du film ! Ils chantent « c'est possible » (Si, se puede) et disent c'est le moment (ya està !) sur leurs affiches électorales, persuadés que le vent de l'histoire souffle dans le sens de la libération citoyenne et de la solidarité et que, contrairement à ce que déclarait Margaret Thatcher, il existe une alternative au monde unique qu'on nous propose. On attend avec impatience la transformation de cet essai lors des futures élections législatives du mois de décembre prochain

 

Et en France ?

 

Ici, le vent tourbillonne dans tous les sens poussant la colère tantôt vers l'abstention, tantôt vers l'extrême droite tantôt vers les luttes sur le terrain avec les nombreuses ZAD (Zones à Défendre). La gauche radicale, elle, n'a pas su, pas pu, pas voulu, devenir le réceptacle des victimes de l'austérité. Les raisins de la colère n'ont pas produit un vin bien rouge, mais une boisson de couleur bleu marine, indigeste et meurtrière.  

Mais ne désespérons pas ! Les frontières n'arrêtent pas le vent et ce vent de la révolte qui souffle en Grèce et en Espagne finira bien par atteindre les autres territoires de ce continent. Cette brise du sud et de l'est, aussi forte soit-elle, ne devra pas nous coucher, mais au contraire redresser nos capacités d'indignation pour dire Ensemble, nous aussi, nous pouvons, Nosotros tambien, podemos !