Faisant suite aux propos incendiaires du maire de Béziers à propos de son initiative personnelle de ficher les enfants selon leur nom, une partie du personnel du collège Katia et Maurice Krafft a adressé une lettre au premier magistrat.

Une lettre qui rappelle à l'élu, s'il les avait perdues en chemin, les valeurs essentielles qui fondent notre société et le travail quotidien des personnels qui agissent pour les faire vivre, quand d'autres vocifèrent pour les détruire.

La dernière lubie d'inspiration fasciste (Aqui es Bésiers?) du maire de Béziers consistait, selon ses propres dires, à dénombrer les enfants supposés de confession musulmane : « Pardon de le dire, le maire a, classe par classe, les noms des enfants. Je sais que je n'ai pas le droit de le faire. Pardon de le dire, les prénoms disent les confessions. Dire l'inverse, c'est nier l'évidence ».
Notons au passage la déclaration du maire qui avoue ne pas avoir le droit de faire ce qu'il annonce lui-même avoir fait. Puis il avance ne pas l'avoir fait, en précisant l'avoir fait mais sans le faire, tout en disant que oui mais non. À force de vouloir semer la confusion, le mairillon de Béziers s'est trouvé lui-même empêtré dans une grande confusion mentale... à l'insu de son plein gré ? Pantalonnade, clownerie, définitivement à Béziers, le spectacle est certes assuré, mais la compagnie amateur n'est pas à la hauteur du scénario !

 

 

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Un fichier ou des fichiers ?
Notons également qu’au moment (début juin) où sont rédigées ces lignes une nouvelle plainte aurait été déposée.  En effet, cinq jours après une première perquisition très médiatisée et une mise hors de cause tout autant médiatisée, une nouvelle procédure beaucoup moins relayée dans les media a été entreprise par l'association la Maison des Potes (1).
Samuel Thomas, Délégué général de la Maison des Potes, confirme : « Cette deuxième perquisition a abouti à l'émergence d'autres fichiers. À ce jour, tout est entre les mains du procureur, des policiers... et d'informaticiens. Et il semblerait que beaucoup de fichiers aient été établis à tort et à travers et que cela dépasse de loin le fichage des enfants ! » Fichtre ! Le maire ficherait-il la ville ? Orwell, sors de ce petit corps !
Toujours est-il que, aujourd'hui, la Maison des Potes, qui a trouvé suffisamment de parents choqués par l'initiative, est désormais prête à se constituer partie civile en prévision d'un procès ; l'association attend que d'autres rejoignent le mouvement.

 

Il n'y a personne de trop !

 

Sur le Biterrois au sein du collège Katia et Maurice Krafft, un collectif de signataires a trouvé nécessaire de rappeler au maire que ses déclarations ne favorisaient pas, à tout le moins, le travail éducatif et de cohésion sociale qui est à l’œuvre. En réaction aux propos d'un maire qui apparaît de plus en plus hors de contrôle, c'est donc une lettre qui ne cesse de tourner sur les réseaux sociaux qui a été adressée à la mairie et au ministère de l’Éducation nationale.
« Cette lettre est aussi adressée aux élèves, aux parents et à nous-mêmes ; pour rappeler que, non, il n'y a personne de trop ! »
Attablé chez Djilalli à proximité du collège, Daniel Pinol, Conseiller Principal d’Éducation, explique pourquoi cette lettre est apparue « En tant que professionnels, personnels enseignants et non enseignants, nous travaillons tous les jours à travers nos missions sur les questions liées, entre autres, à la cohésion sociale. Quand cette tangente de fichage a été prise et face à cette histoire de prénoms qui n'a aucun sens, il fallait réagir ! »
Côté adultes une lettre, mais côté élèves, Bruno, un enseignant, relève que les interrogations n'étaient toutefois pas absentes : « certains élèves ont posé des questions. Ils se sont demandé si le maire avait le droit de faire cela. Ils se sont également demandé si au bout du compte il allait être puni pour ces déclarations qui les ont heurtés. »
Si l'inquiétude et le questionnement traversent désormais les Biterrois, ces derniers semblent avoir dépassé le moment de sidération pour enfin s'organiser afin de dénoncer les agissements de leur réactiomaire. Sébastien, Julien et Jean-Marc, également enseignants, observent que « certaines et certains de nos collègues, enseignants ou pas, ressentent, depuis plusieurs mois maintenant, une espèce d'obligation à se justifier d'être Française ou Français. Ces propos et ces agissements qui émanent de la mairie sont totalement contraires à ce que nous faisons tous les jours, à savoir l'effacement des différences pour favoriser l'apprentissage d'un vivre ensemble. Ce ne sont pas de vaines paroles, certains de nos collègues vivent sur place à la Devèze et la stigmatisation et la division ils n'en veulent plus ! » Et Daniel Pinol de rajouter : « Me concernant, il est vrai que cet épisode résonne particulièrement en moi puisque je suis également issu du quartier de la Devèze ! »

 

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Un collectif en devenir ?


Pour les signataires, cette lettre n'est qu'une première étape avant la création, espérée, d'une dynamique permettant la création d'un collectif qui s'emparerait des questions liées à la cohésion sociale et à la place de l'éducatif au sein d'un système de gouvernance municipale d'extrême droite : « au sein de nos établissements, nous sommes au contact des élèves, des parents et nous travaillons sur les questions éducatives et de cohésion sociale depuis toujours ! ».

Au cœur des quartiers, et plus précisément au cœur de la Devèze, le maire qui, pour asseoir son élection, avait mis en avant, entre autres, ses origines, fait de moins en moins illusion. Sans nier les problèmes qui se posent à eux (au premier chef celui du chômage, au passage, merci monsieur le maire d'avoir décliné l'offre Orchestra et ses centaines d'emplois), ceux-ci s'aperçoivent de la supercherie et désormais ils ont bien identifié le vent menaçant qui souffle depuis la mairie. Un vent malsain qui permet cependant la réapparition à Béziers de réflexes de résistance à l'occupation municipale des esprits.

Vous pouvez signer ici la pétition  : "Lettre ouverte des parents d'élève au maire de Béziers"

 

1) La Maison des Potes est une fédération d'associations présente depuis 1989 dans les quartiers populaires.