Il faudrait quitter cette ville, faudrait laisser tous nos rêves parler. Suis-je un rebelle si mon esprit est libre ? Serons-nous, toujours, des moutons dociles ? "Une jeunesse à côté", Fabulous Sheep, janvier 2014, titre éponyme.

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Charles, 28 ans, a quitté cette ville pour faire ses études et travailler. De retour à Béziers, son frère, Jack, batteur, lui propose de venir jouer dans son groupe de rock, les Fabulous Sheep (1), à la recherche d'une basse. Pas sûr de vouloir rester. C'est ce morceau, "Une jeunesse à côté", qui le décide. Ce morceau qui lui va droit au coeur. Qui lui évoque une partie de la jeunesse biterroise. Ce morceau qui dit l'envie de fuir, mais aussi d'être libre. Et être libre, le nom du groupe, choisi d'abord pour des raisons sonores, le dit aussi, c'est devenir un "mouton fabuleux", pas un "mouton docile". C'est être son propre berger. Piero (guitare), Gab (saxo), Tim (chant /guitare) à peine la vingtaine, partagent avec les deux frères le goût du faire ensemble. C'est Tim et Piero, complices de longue date, presque des frères, qui composent le plus souvent. Mais il y a tout un travail de groupe derrière, qui décide collectivement. Avec la volonté d'être indépendant. Adeptes du "Do it yourself " (DIY) , ils produisent leurs EP. Le groupe existe depuis 3 ans. L'an passé il a honoré 60 dates, un peu partout en France. Dans la région bien sûr, de Toulouse à Nîmes, mais aussi à Paris, Rouen ou Nantes. Deux EP à leur actif qu'ils vendent en concert ou sur le net. Après leur premier titre, "Une jeunesse à côté", ils viennent d'enregistrer, à l'église Saint Félix au domaine de Bayssan, "L'entreprise", donnant à ce mot tout son sens d'aventure audacieuse. https://www.youtube.com/watch?v=VQPtffPJqfQ&spfreload=10

 

Il y a une scène biterroise.

 

Fabulous Sheep n'est pas une exception à Béziers. Il y a une scène biterroise. Un son. Pas mal de groupes de rock ont trouvé le jour à Béziers ces dernières années : Cyd Jolly Roger, Jungle Jockers, The Troops, The Passing Birds... Beaucoup moins nombreux que dans la capitale montpelliéraine, mais moins traditionnels, moins blues rock, plus alternatifs, plus post-punk. En 2010, à l'initiative du groupe Cyd Jolly Roger, était lancé le collectif La F.a.b.r.i.q.u.e à la croisée des arts offrant à des artistes locaux underground et au public la possibilité de partager des expériences artistiques, notamment à l'occasion de l'organisation d'un festival.

 

Fabulous Sheep, qui faisait partie de cette aventure, a lancé à son tour en 2012 une association, Univart (2), qui organise un festival en septembre depuis 2 ans à SortieOuest. Le théâtre, jouant son rôle de passeur culturel, a mis à leur disposition le lieu et l'équipe technique. Pendant une journée, les groupes rock, rap et électro se succèdent. La première année avait accueilli une majorité de groupes locaux, cette année le partage était équitable et recevait des pointures : le groupe de rock néerlandais Birth of Joy, Kacem sollicité au culot à la sortie d'un concert, ou le rapeur sétois Demi Portion. Fort de leur succès, les groupes d'ici et d'ailleurs démarchent désormais Univart. 3 mois de préparation. Une trentaine de bénévoles. 800 spectateurs. Des bénévoles qui peuvent prendre en charge d'autres événements produits par Univart, comme récemment une soirée où le jeune groupe Oceanic Memory, Leon XIII composé de deux anciens musiciens des Passings Birds, et Cyd Jolly Roger qui avait inspiré les Fabulous à leurs débuts se sont produits au Café des Arts. Univart devient un véritable label.

https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=kVkIGdLuhYk

 

 

Il ne faudrait pas que Béziers, elle, passe à côté de sa jeunesse.

 

Certes l'assos est en léger déficit, et cherche subventions et sponsors. Mais les Fabulous Sheep en sont sûrs : il manque peu de chose pour que Béziers devienne une plateforme musicale. Aux genres variés. Les DJ ne manquent pas non plus : Pulka, Karden ou No one. Des groupes répètent, mais se défont ou vivotent en mal de structures. Pour se produire, pour enregistrer. Y'a le Capharnarhum, Y'a Infernale Machine. Et d'autres, mais ce n'est pas suffisant. Rien de comparable avec Montpellier et par exemple la fabrique et résidence artistique le Subsonic. Les jeunes partent faire leurs études, travailler, voir le monde; et rester à Béziers n'est pas une fin en soi. Mais on sent à travers ces groupes et ces collectifs un attachement à la ville, une envie que cette ville vive, crée, partage, s'ouvre à la modernité. Il ne faudrait pas que Béziers, elle, passe à côté de sa jeunesse.

 

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You can change your old city in our playground
I'm full of love, youth, tears and sounds (...)
Can you be free in cage
be alive in this golden limb ?


"A part of ourselves", Fabulous Sheep, janvier 2014, extrait de l'album Une jeunesse à côté
https://www.youtube.com/watch?v=PhImxLR6eV4

(1)www.fabuloussheep.com
(2) www.univart.net