A Varces en Isère aux Jardins de Malissoles s'est tenue fin septembre la seconde édition de la fête des courts circuits.

Par M.R.V.,

C'est la coopérative sicilienne des Galline felici qui est à l'origine de cette initiative. Productrice d'agrumes bio, elle a réuni des GAS (groupements d'achats solidaires) ou d'autres coopératives pour travailler ensemble à réinventer une économie solidaire et respectueuse de la terre. Ces GAS viennent de plusieurs coins d'Italie, de France ou de Belgique. Leurs appellations en disent long sur ce qui les rassemble. Un peu de folie peut-être, comme l'association « Les givrés d'orange » créée à Lille en décembre 2012 (1) semble le revendiquer avec humour. Mais une folie au service de l'humain. On crée des liens avec les producteurs mais aussi entre membres adhérents.

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Pas d'autre méthode que de "Couper court" aux intermédiaires

Et pour cela pas d'autre méthode que de « Couper court » aux intermédiaires (2). Cette association grenobloise née en 2015 revendique la nécessité d'un lien direct entre producteurs et consommateurs pour garantir la qualité d'un produit fraîchement cueilli et la possibilité d'un juste prix pour les deux parties. Il en est de même pour Court-Jus à Embrun (3), Corto à Paris, ou Court-Circuit dans le Buech (3). Le lien direct permet non seulement de vérifier les modes de culture mais aussi les conditions salariales. Il s'agit de retrouver une confiance qui se dilue dans des chaînons économiques trop longs et de retrouver une forme de contrôle politique.

L'alimentation est au coeur d'une interrogation

L'alimentation est au cœur d'une interrogation sur le monde qui dépasse le simple plaisir de se procurer des produits sains et goûteux. La plupart des GAS de cette mouvance ont élargi leurs achats à d'autres producteurs soit locaux soit plus éloignés pour les produits introuvables à proximité ou des produits militants comme le thé de 1336 à Géménos ou le café du Chiapas. C'est ainsi que beaucoup de ces GAS travaillent avec la coopérative lombarde Iris. Créée en 1978, cette coopérative a commencé par produire légumes et céréales bio en cultivant collectivement 5 hectares de terrains. 20 ans plus tard elle produit des pâtes et 10 ans se passe encore avant de racheter Nosari, une ancienne fabrique, dont elle sauve les 26 emplois. Aujourd'hui les chiffres sont étonnants : 670 hectares partagés en 62 exploitations agricoles, 80 emplois et 36 associés. Les agriculteurs, non soumis aux fluctuations financières, et non dépendants des circuits de la grande distribution, sont rémunérés 30 à 40 % au-dessus des cours. Les GAS eux-mêmes, s'ils permettent de pérenniser ces structures agricoles, au fur et à mesure de leur développement sont amenés à créer des emplois de gestion.

Et plein d'autres projets

Parmi les projets outre tout ce qui concerne l'éducation ou l'information, certaines structures ont pris la forme de supermarchés coopératifs ou collaboratifs, comme Eléfànt à Grenoble. D'autres peuvent travailler en partenariat avec une association caritative comme le Secours populaire ou un CCAS. C'est le cas des amis du Zeybu à Eybens. Le Centre communal prête ses locaux tous les 15 jours pour un marché solidaire, les producteurs donnant 10 % de leurs ventes à une caisse gérée par le CCAS qui redistribue l'argent à des personnes en demande. Une des problématiques est de toucher des consommateurs qui ont peu d'argent et ont des habitudes de supermarché où bas prix et malbouffe se conjuguent. L'un des projets qui animait les discussions de ces deux journées à Varces était celui de l'Usine à G.A.S. Une douzaine de GAS ont décidé de se fédérer pour co-produire une plantation d'avocatiers au cœur de la coopérative des Galline felici. Le lien producteur-consommateur se renforce ici en associant les deux parties à l'exploitation agricole. Les membres de l'usine à G.A.S. favorisent une production conforme à leurs besoins et leurs valeurs et garantissent aux producteurs une autonomie financière.


Roberto Li Calzi, le fondateur du consortium des Galline felici (4), raconte qu'il y a une dizaine d'années des poules vivaient dans les petites cages d'une usine de productions d'œufs à côté de son terrain. Quand l'usine ferma, Roberto en acheta quelques-unes et les laissa errer dans ses champs. Apeurées au tout début, « elles ont commencé à s'habituer à ce nouveau monde. A manger les herbes et les petits vers, à dormir sur les arbres, à pondre cachées derrière les pierres. De jour en jour les poules devinrent heureuses. » La leçon de cet apologue est claire.

 

1) https://givresdoranges.wordpress.com

2) https://www.coupercourt.fr

3) https://court-jus.jimdo.com, www.corto.ouvaton.org, https://www.court-circuit-05.com 

4) http://www.legallinefelici.it/fr