Cette rubrique rend compte d'expériences qui tournent le dos au libéralisme ou au nationalisme. Elles montrent qu'un autre monde, qui se doterait d'autres objectifs, est possible. Pour ce numéro d' Evab, nous rendons compte de l'expérience d'un restaurant collaboratif, le Freegan Pony, qui utilise les invendus alimentaires pour les cuisiner.

Par Didier,


Chaque année 1,3 milliard de tonnes de nourriture sont jetées ou perdues dans le monde. En France comme ailleurs, les bennes à ordures sont remplies de denrées alimentaires dont le seul tort est d'être : trop grosses, trop petites, trop moches. Tout ce qui ne répond pas aux critères commerciaux et esthétiques de l'industrie alimentaire est rejeté des rayons de la grande distribution.

Freegan ponyv

Face à ce gâchis des individus ont commencé à se mobiliser puis ils se sont regroupés et ils ont créé une association.
C'est leur histoire que nous allons vous raconter. A l'origine il y a quelques personnes qui n'acceptent pas le gâchis alimentaire : ils récupèrent les invendus des grandes surfaces et de Rungis pour leur propre compte et pour leurs amis. Face à l'ampleur du gâchis, ils contactent le mouvement Freegan qui vise à court terme à court-circuiter la mise au rebus des invendus alimentaires. De cette rencontre entre des individus et un mouvement naît le projet Freegan Pony. Il s'adresse à tous sans distinction (résidents, précaires, sdf, migrants . . .).

En novembre 2015 un entrepôt abandonné qui appartient à la mairie de Paris est réquisitionné pour stocker et cuisiner les invendus alimentaires. Les débuts de l'association sont fulgurants! Des dizaines de bénévoles se mettent en mouvement et collectent les invendus. Trente cuisiniers et un plongeur conçoivent des menus 4 soirs par semaine. Le menu unique (entrée, plat, dessert) est végétarien et tient bien entendu compte de la nature des invendus récoltés. Des centaines de personnes viennent manger. Elles donnent ce qu'elles peuvent


En avril 2016, la municipalité de Paris déclare le squat de ses locaux illégal et veut fermer le Freegan Pony. Face à la mobilisation engendrée par cette décision de justice, la mairie de Paris recule : elle autorise l'association à rester dans les lieux à condition qu'elle réalise les travaux nécessaires à sa mise en conformité. Face au coût engendré (250 000 euros) l'association postule au budget participatif de la ville de Paris et fait appel à un crowdfunding. Elle espère rouvrir quelques mois plus tard.

Entre temps, le restaurant ouvre épisodiquement pour maintenir la pression sur la mairie de Paris et braver l'interdiction qui lui est faîte. Là, sous le périphérique parisien, Porte de la Chapelle, dans un lieu improbable meublé de canapés, sièges et fauteuils tous chinés : une humanité diverse et variée se côtoie, se mélange et maintient le projet d'un monde où le gaspillage n'est plus l'Alpha et l'Omega des rapports humains. Après d'âpres négociations, la présence de Freegan Pony est légalisée via une convention pendant 24 mois contre un loyer de 25 000 euros par an. A l'issue de ce bail les lieux doivent être cédés par la municipalité parisienne à un promoteur immobilier. De quoi alimenter de nouvelles luttes et de nouvelles résistances pour ce qui est déjà une belle victoire contre la gabegie capitaliste.

A ce jour, l'ouverture du restaurant collaboratif est fragilisée par les normes d'hygiène industrielles et son maintien en activité est l'objet d'attaques régulières des pouvoirs publics via les organismes de contrôle sanitaire.

Pour celles et ceux qui veulent découvrir l'endroit, c'est place Auguste Baron dans le 19ème arrondissement.
Pour ceux et celles qui veulent découvrir le mouvement Freegan il suffit d'aller sur leur site: http://freegan.fr/