Fin d'une année électorale pléthorique et à la sortie, comme un goût de vase dans la bouche! On parle du vainqueur, de raz de marée et moi je n'entends que défaite de la démocratie, démobilisation citoyenne et manipulation de l'opinion.

Par Robert Martin,

Les sondages commandés et relayés par les médias donnaient tous le même résultat : un déferlante des candidats En Marche qui allaient donner au président Macron une majorité absolue à l'Assemblée Nationale.

Le tsunami macronien a bien eu lieu et la vague est même plus haute que prévue ! Et chacun d'analyser les raisons d'un tel engouement, d'une telle ferveur incontrôlée envers celui qui a annoncé vouloir révolutionner le système comme l'indique le titre de son livre programme (1). Le révolutionner ou le sauver ?

Comment sauver le soldat "profit" ?

Notre système politique se sent menacé dans ses fondements. Les bons scores de Marine Le Pen et de Jean- Luc Mélenchon en attestent même si certains (suivez mon regard) se trompent de colère en considérant, comme coupables de leurs maux, les boucs émissaires qu'on leur désigne. Le libéralisme continue à atteindre ses objectifs mais avec de plus en plus de dégâts sociaux et écologiques. Comment alors sauver le soldat "profit" ?

La droite et la gauche se sont rendues coupables de complicité avec ce système en donnant l'illusion du changement, pendant des dizaines d'années, par l'alternative politique rituelle que les Français, en majorité, ont rejetée cette fois-ci. Mais on ne scie pas la branche sur laquelle on est assis et donc ils ne renonceront pas, ils vont inventer, innover, s'adapter pour durer. Il faut trouver un autre moyen et ils se mettent à deux pour continuer à exister. Le "Et droite Et gauche" n'est que l'ultime solution pour sauver ce système et continuer à faire croire que le libéralisme économique est l'unique solution, que la croissance (verte ou pas) reste l'outil le plus adapté pour réduire les problèmes de l'emploi et la situation sociale et les accords de cette pauvre COP21, celui de la survie de la planète.

15Revolutionner

En Marche....arrière !

Sur le plan de l'écologie, ce n'est pas En Marche qu'on va vers le mur mais en courant, et de plus en plus vite. Par contre sur le plan social, c'est En Marche arrière toute!

Le projet (je ne parle pas même de programme !) d'Emmanuel Macron a été véritablement choisi le 23 avril dernier, lors du premier tour par à peine 15% des français en âge de voter et cela donne, 2 mois plus tard, plus de 300 députés En Marche (majorité absolue) ! Si on y rajoute les députés du Modem, les députés PS Macron-compatibles et les LR-UDI également prêts à soutenir le projet présidentiel, notre Assemblée nationale va se comporter comme une chambre d'enregistrement monocorde toute acquise à notre président.

Près de 80 % de la Chambre dans sa manche. Les députés En Marche ont même signé une charte où ils voteront les yeux fermés tous les projets du gouvernement. Bonjour la liberté de vote !

Une démocratie Canada dry

Outre le caractère anti-démocratique de ce résultat, dû à l'effet de levier de notre système électoral, qui ne représente en rien la diversité de l'opinion, je me demande à quoi peut bien servir ce type de représentation nationale soumise et le doigt sur la couture du pantalon. Façade, vernis, décors, les mots me manquent pour nommer cette démocratie Canada dry ! Ça a la couleur et le goût de la démocratie, ... mais ce n'est pas de la démocratie.

Vous n'avez pas l'impression qu'ils nous manipulent, qu'ils nous mentent, volontairement ? Ils voudraient nous faire croire que ceux qui ont sali et continuent à salir le linge, laveront plus blanc demain. Ils nous prennent pour des niais finalement puisqu'ils veulent guider notre main qui va voter et les légitimer. Ils oublient qu'on a un cerveau, des valeurs, une histoire, des convictions. La démocratie est encore plus en danger quand tout se mélange et quand les mots n'expriment plus ce qu'ils signifient. Ils jouent de cette mystification à notre détriment. Citoyens ? mon œil ! Ce sont des moutons dont ils ont besoin, bien regroupés en troupeau, bêlant à l'unisson et qui d'une seule et même voix se mettront en marche vers le précipice, au bout du chemin.

Et si on supprimait carrément le Parlement ?

Alors, je crois qu'il faut prendre le taureau par les cornes et ne pas jouer petit bras. J'ai une petite idée, qui trotte peut-être déjà dans certaines allées du pouvoir. Et si on supprimait carrément le Parlement puisqu'il ne va servir à rien ?

Vous imaginez le gain de temps, l'efficacité, les économies pour le pays ? Finis les longs débats interminables, les séances de nuit, les milliers d'amendements à discuter, les commissions permanentes, les enquêtes parlementaires, les allers retour avec le Sénat, la séance télévisuelle des questions au gouvernement... et j'en passe ! du coup, super efficacité : les lois seront votées uniquement en Conseil des Ministres et basta ! un passage au Conseil Constitutionnel pour voir s'il n'y a rien d'illégal et application directe. Voilà de la politique bien faite et de l'action immédiate. Qui va contrôler ? La Cour des comptes qui continuera à donner son avis, qui ne sert à rien, et le tour est joué !

Et puis, bonjour les économies, tous ces élus de la Nation, tous ces assistants parlementaires, ces groupes politiques, ces fonctionnaires qui ne coûteront plus rien à la collectivité ; que du bonheur pour les finances publiques !

Tous les 5 ans, on élit le président et puis... qu'il se démerde ! Non tiens ! On pourrait même envisager qu'il se renomme lui-même par tacite reconduction. Finis les primaires, les partis, les élections ! Encore plus efficace, plus rapide et plus économe !

Du coup, les bâtiments de l'Assemblée nationale, l'hôtel de Lassay, et du Sénat, le palais du Luxembourg, deviendront des musées.... de la démocratie pour les générations futures si les musées et la culture ne sont pas interdits ! Ҫa fait rêver non ?

Vous appelez ça comment ?

J'entends d'ici vos réactions outrées de ringards attardés et éloignés de la nouvelle modernité. Quoi ? ce n'est plus la démocratie ! Ce n'est plus la République ! Ben oui, mais c'est déjà le cas avec la parodie démocratique à laquelle on assiste, le hold-up électoral qui a eu lieu, les élus de la Nation aux ordres, la non- représentation de la diversité des opinions, les projets présidentiels décrétés par ordonnances, l'état d'urgence permanent, la finance aux commandes de l'Etat, vous appelez ça comment ?

Le réveil risque d'être un peu difficile pour des millions de français. Car la démocratie ne vit que si le débat et la contradiction y ont leur place. Ce n'est donc pas à l'Assemblée nationale qu'elle va s'installer. Peut-être ailleurs ! dans la rue ?

Le sursaut démocratique ne s'est pas produit. Certaines et certains, trop peu, ont décidé de ne pas se soumettre, de ne pas obtempérer, de ne pas obéir, de ne pas rentrer dans le rang. Ils ont voté autrement, blanc, nul ou se sont même abstenus (voir l'article de JC dans ce numéro) de façon militante tout en restant fidèles aux valeurs universelles qui seules nous permettront de retrouver fraternité et solidarité pour un mieux vivre ensemble dans l'égalité et la justice.

C'est raté pour ce coup-ci mais attention, méfions-nous, l'histoire ne repasse que rarement les plats.

 

1. Révolution, Emmanuel Macron, XO Editions, 2016