Depuis la rentrée de septembre, aucune initiative municipale ne s'est manifestée pour tenter de construire des temps d'accueil périscolaire.Des projets ont été publiés lors de la campagne municipale. Mr ABOUD, membre de la majorité d'alors et candidat UMP aux élections, proposait l'embauche de près de deux cents animateurs. Le projet socialiste et des partis plus à gauche visait aussi à investir encore plus massivement dans la construction d'un accueil périscolaire.

Monsieur MENARD a fustigé à plusieurs reprises cette réforme, mais comment mène-­t­-il sa mission de service public auprès de ses concitoyens ? Quel intérêt porte notre maire à sa jeunesse et que fait-­il pour soutenir une action forte auprès des parents, des enseignants dans le cadre de ses missions d'éducation ? Nous avons le souvenir de ses dénonciations à l'encontre de la mairie précédente accusée de laisser s'écrouler les écoles (en l’occurrence celle des Oliviers à la Devèze).

Dans l'une des villes les plus pauvres de France, la définition du bien commun paraît plus que nécessaire et l’école est l'outil le plus efficace et légitime pour définir une politique publique. À bientôt un an de l'anniversaire de son investiture, où en sommes­-nous ? Quel constat peuvent dresser les parents ?

 

Un principe: la discrimination

 

Après 6 mois de fonctionnement, la méthode Ménard se dessine : la municipalité ne veut pas s'occuper des enfants de chômeurs (1). Et pour ceux qui ont un emploi, on propose une prise en charge au rabais avec l’Éducation nationale à la manœuvre. Bref, il va falloir qu'on reste à la maison pour s'occuper de nos enfants, car la mairie nous laisse penser qu'elle se défausse sur les familles de son rôle en matière d'éducation.

Combien d'histoires circulent devant les écoles, un père qui demande au directeur un  pour garder ses enfants, car il ne peut justifier d'un emploi « au noir » ou cette maman qui doit se rendre à une formation obligatoire de Pôle Emploi se terminant à 17h. Comment faire ? Qu’est ­ce qui est le plus important ? Être un bon chômeur ou un bon parent d'élève ?

Empêcher un enfant ou une fratrie de participer à des activités municipales nécessite une politique affirmée et des agents pour l'appliquer. Lors des inscriptions à la caserne Saint­ Jacques fin août, c'est la cohue. Le temps d'attente est souvent supérieur à 45 minutes, la salle d'accueil trop petite, mal éclairée, pas équipée (chaises insuffisantes, jouets inexistants).

Deux employées s'efforcent de faire respecter l'ordre d'arrivée. Problème : le distributeur de numéros (la machine à tickets boucherie) est défectueux et ne correspond plus au numéro attendu dans le box ! Ah le progrès ! Enfin, il faut continuer, tenir bon jusqu'à la rentrée. Finalement, on arrive au bureau. Quelle fierté d'avoir atteint le guichet pour prouver à notre municipalité que nous travaillons ! En effet, dans le dossier constitué (photocopies à nos frais) le plus long à examiner ce sont les fiches de paie, c'est en fonction de ces lettres de cachet que nos enfants pourront avoir accès à la cantine, à la garderie assurée par l’Éducation nationale de 16h à 17h, à la garderie municipale le matin et le soir (de 17h à 18h).

Pour ma part, constituer un dossier complet relève de l'exploit et cette très chère employée semble le comprendre. Elle veut me rassurer : « Vous pourrez revenir, pour éviter l'attente, passez entre 12h et 14h, on reste ouvert pour ceux qui travaillent et il n'y a pas d'attente, vous verrez ». Je me retiens de lui demander pourquoi m'a-­t­-on fait attendre avec les chômeurs. Je préfère éviter les réponses au premier degré.

 

Des parents au ban

 

Des parents s'inquiétaient le jour de la rentrée en septembre : « Nous n'avons aucune information sur les prises en charges du soir, on vient d'apprendre qu'il n'y aura pas d'accueil après 16h la première semaine. Comment fait­-on ? On va prendre une demi­-journée de congé ? C'est pas possible. » La solidarité familiale, amicale ou de circonstance a permis à chacun de s'organiser. Ironie de l'histoire, ce sont souvent les exclus de la garderie qui ont gardé les enfants des bons travailleurs.

Comme pour les copains mécaniciens ou plombiers, il faut toujours conserver un contact avec un copain chômeur, car toutes les veilles de vacances l'école se termine à 16h (17h à la veille des dernières vacances d'hiver). CE N'EST PAS NÉGOCIABLE !

Le récit des enfants illustre la désorganisation : « En classe, j'ai une maîtresse et des copains de toute l'école, on dessine mais on ne fait pas les devoirs ». Heureusement qu'ils ne savent pas que dans les autres écoles de France, à la même heure, leurs pairs apprennent en jouant, développent leur socialisation et leur curiosité. Rappelons que cette politique discriminante a été instaurée par la précédente municipalité, mais elle est totalement assumée par R. Ménard qui la reprend à son compte, la durcit l'érige en principe. Mais pour quelle finalité ? Pourquoi cliver une population en proposant une ségrégation administrative ?

 

À quoi ça rime?

 

C'est bien le désengagement de la mairie des missions d'éducation que propose notre maire. Faire la rentrée de son premier mandat dans une école privée catholique (l'une des plus chères de Béziers) pour plébisciter le retour de la blouse, signe de l'autorité, de l'ordre, c'est signifier sa préférence. Railler les efforts des parents roms qui envoient leurs enfants à l'école (2), différencier les enfants de chômeurs des autres, c'est un message aux parents blancs et bien-
pensants : « Capitulez, mettez vos enfants dans le privé, l'école de la République est définitivement bancale, regardez ces parents, ces fainéants, ces étrangers ». Normalement, les futures rengaines stigmatiser les classes trop chargées, le niveau qui baisse, etc...

Mais pourquoi l'Éducation nationale s'est­-elle associée à une telle Bérézina ? Avec un maire qui favorise l'école privée et rêve d'un système à « anglo-saxonne », où l'école publique est l'école des pauvres.

En acceptant que la quasi­-totalité de la ville soit classée en ZEP à quatre mois de la rentrée 2014 (sauf trois écoles qui doivent représenter des îlots de classe moyenne), le Rectorat, donc le ministère de l’Éducation nationale, reconnaît la gravité de la situation. Pourquoi se fourvoie-­t­-il dans la mise en place d'un système discriminant où sont associés les directeurs d'école, les enseignants ? Les fonds qui financent l'intervention des professeurs des écoles de 16h à 17h sont normalement destinés aux élèves en grande difficulté, alors qu'actuellement ils rémunèrent de supers animateurs... en difficulté pour animer ! Vraiment, la position de l'institution scolaire est étrange.

Si l'on doute encore de la hauteur de vue de notre édile, nous sommes plusieurs à avoir entendu les propos de ses colistiers durant les conseils d'école : « Pour l'organisation des temps périscolaires et l'accord avec l’Éducation nationale, c'est le maire qui a géré, on ne peut rien vous dire de plus ». Allez, circulez !

Quand ils ont fait l'effort de venir à ces conseils, ces chers représentants veulent partir vite, leur seule question est : « Souhaitez-­vous que vos enfants portent une blouse ? » Tous les conseils d'écoles s'y sont opposé, fin de la communication avec les parents.

Mais pour toute information complémentaire, vous pouvez joindre le numéro vert de la police municipale... pour peu que vous tombiez sur un ami !

 

(1) Pour bénéficier d'une place à la garderie du matin et du soir ainsi que de l'heure d'étude surveillée (16/17h), il faut justifier auprès du service des affaires scolaires que les deux parents ont une activité professionnelle. La FCPE a dénoncé cette pratique, la Ligue des Droits de l'Homme (LDH) a saisi le tribunal.

(2) Lors de la réunion publique du 27 novembre 2014, le maire de Béziers s'est indigné et a invité la population à s'indigner de ce que des enfants roms bénéficient d'un moyen de transport mis à disposition par l'Association Biterroise Contre le Racisme pour se rendre à l'école, alors que leurs parents occupent illégalement leur logement.