Avec la vague d'attentats que le monde a subi, nous vivons en état d'urgence. Et les médias servent de caisse de résonance au moindre attentat, même s'il a lieu à l'autre bout du monde. Par contre, ces mêmes médias sont beaucoup moins diserts sur un autre état d'urgence que le monde entier devrait déclarer : l'état d'urgence climatique.

Par JF Gaudoneix

Il y a bien de temps à autre un titre parlant du réchauffement climatique, mais on s'arrête là. Pourtant, la situation est grave, autrement plus sérieuse que les attentats terroristes qui accaparent toute l'attention. Il n'est pas question de faire du catastrophisme : de toutes les données que vous lirez, aucune n'est contestée par les scientifiques. A Béziers, Geneviève Azam, ancienne présidente d'ATTAC, économiste, militante écologiste et altermondialiste, est venue récemment faire une conférence à l'université sur le climat. (Voir dans ce même numéro, l'entretien de Robert Martin avec Geneviève Azam). Certaines informations de cet article sont tirées de sa conférence.

Le GIEC c'est 2500 scientifiques de 130 pays

Toutes les données présentées dans l'article émanent du GIEC. Ce sigle, vous devez le connaître, c'est le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. Le GIEC, c'est 2 500 experts scientifiques de 130 pays qui sont mis à contribution pour la rédaction d'un rapport qui est livré tous les 5 ans environ. Sa véritable force consiste en la mise en commun des recherches effectuées par les climatologues du monde entier.

Depuis sa création, en 1988, le GIEC a publié 5 rapports. En 27 ans, il a publié plus de 10 000 pages et est parvenu à dégager un consensus au sein de la communauté scientifique. Les conclusions des rapports du GIEC sont toujours prudentes, preuve de sa rigueur scientifique. Ainsi, c'est petit à petit que ces rapports ont fait la preuve que les activités humaines étaient la cause principale du réchauffement climatique observé depuis le milieu du XXème siècle. Dans son dernier rapport, le GIEC remarque que les 30 dernières années sont probablement la période la plus chaude de l'hémisphère Nord depuis 1 400 ans !

 

L'activité humaine responsable du réchauffement climatique

Paul Crutzen, prix Nobel de chimie, désigne cette période marquée par l'influence de l'Homme sur le climat sous le nom d'Anthropocène, c'est-à-dire l'ère où les activités humaines ont un impact sur l'écosystème terrestre. En termes plus simples, cela signifie que le mode de vie des sociétés dites avancées met en péril notre planète. Les experts estiment que l'origine du réchauffement climatique est due à 90% aux activités humaines.


Lors de la COP21 (Conférences des Parties à la Convention de l'Onu sur le climat) à Paris, il y a eu un accord international sur le climat applicable à tous les pays fixant comme objectif une limitation du réchauffement mondial entre 1,5°C et 2°C d'ici 2100. Ce fut salué comme un succès diplomatique, mais il faut savoir que cet accord n'a rien de contraignant, et qu'il laisse à chaque pays le soin de fixer sa contribution pour concrétiser ses efforts...


On est loin de l'urgence que le rapport du GIEC expose. Les scientifiques ont étudié les déclarations de chaque Etat, et ils en ont conclu qu'en 2100, ce n'est pas à 1,5°C de réchauffement de la Terre, mais à 3°C à 4°C que l'on arrivera ! Rien n'est fait donc pour que les générations futures héritent d'une planète viable. Nous avons atteint les limites supportables pour la biosphère.


La très forte augmentation des émissions de gaz à effets de serre (GES), est due à l'approvisionnement énergétique (75% du CO2 d'où l'importance d'arrêter l'extraction des énergies fossiles), à l'industrie, à la déforestation, aux transports et à la construction : soit toutes les activités humaines. C'est bien une remise en cause gravissime de notre société de consommation, de notre système productiviste, de notre mondialisation libérale. Notre système économique libéral entièrement obnubilé par le profit immédiat ne veut pas reconnaître qu'il y a des limites à ne pas dépasser. Cette cupidité, cette inconscience de notre monde capitaliste, une phrase d'Hugo Chavez la résume assez bien : « Si le climat avait été une banque, ils l'auraient sauvé ». Le « ils » étant les capitalistes.


En effet, au lieu d'œuvrer pour atteindre l'objectif de la COP21, les lobbies orchestrent dans les médias une campagne de doute sur le rapport du GIEC. Ils promeuvent le courant des « climatosceptiques » que l'on devrait plutôt appeler des « climatonégationnistes » car tout leur travail est de nier le rôle de l'homme dans le réchauffement climatique.


Notre planète n'en peut plus des dégâts provoqués par l'Homme. Des chiffres implacables sont là pour nous rappeler que le mode de vie occidental est criminel :
- Un Etats-Unien émet 20 tonnes de GES par an, alors qu'un habitant du Bengladesh en émet 0,1 tonne !
- La Chine qui est devenue « l'atelier du monde » est le plus gros émetteur de GES.
- 52% des espèces sauvages ont disparu entre 1970 et 2010 d'après « Planète vivante ».
- La Banque Mondiale estime à 200 millions le nombre de réfugiés climatiques dans le monde en 2050. La sécheresse, mais aussi la hausse du niveau des océans : « Pour chaque centimètre de hausse du niveau des océans, il y aura un million de déplacés dans le monde » (Antonio Gutéres, haut commissaire pour les réfugiés dans le monde).


Au Sommet de la Terre à Johannesbourg, en 2002, Jacques Chirac avait bien résumé la situation : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Et les faits lui donnent raison : depuis 25 ans que l'on essaie de réduire les émissions mondiales de GES, celles-ci ont grimpé de 60% !

 

Il va falloir changer notre mode de vie

Les choix nécessaires pour rester dans les limites du supportable – c'est-à-dire une augmentation de 1,5°C à 2°C en 2100 - se heurtent aux égoïsmes des Etats riches. Les propos de G.H. Bush, président des Etats-Unis de 1989 à 1993 sont éloquents. Opposé au protocole de Kyoto (COP3) qui tentait de réduire les GES, il déclare : « Le mode de vie américain n'est pas négociable ». Or si tout le monde consommait comme un américain moyen, il faudrait cinq planètes...


Il faut donc absolument réduire ce que l'on appelle notre empreinte écologique, c'est-à-dire réduire nos émissions de GES, réduire notre consommation, en un mot vivre plus sobrement. C'est dire combien il nous faut changer le logiciel de vie qui nous est proposé !


Les freins principaux pour lutter contre la catastrophe climatique à venir sont la course à la compétition économique, le « produire toujours plus », le mythe de la croissance, la croyance que la science peut nous sortir de ce mauvais pas. Notre système capitaliste ne veut pas remettre en cause sa course au profit et continue aveuglément. Pourtant ce ne sont pas les alertes qui manquent.

Terminons par cette mise en garde de Robert Barbault, ancien directeur du Département Ecologie et Gestion de la Biodiversité du Muséum d'histoire naturelle : « Sommes-nous en train de créer les conditions d'une sixième grande crise d'extinction, cette fois générée par l'humain ? ».

 

 Les mensonges de notre société capitaliste :

1) Le premier mensonge concerne notre soi-disant succès dans la réduction de nos émissions carbonées.
2) Le deuxième mensonge consiste à dire que nous faisons tout pour juguler le problème climatique.
3) Le troisième mensonge concerne la consommation qui est présentée comme un élément essentiel au bonheur.