Les chiffres font froid dans le dos (1). Bien sûr, l'INSEE a modifié en 2012 sa définition du seuil de pauvreté : de 50 % du revenu médian (50 % gagnent plus, 50 % gagnent moins) soit 800 euros mensuels approximativement, il est passé à 60 %, soit 1000 euros.
Par Khan Did,

Ce qui a fait bondir le chiffre des pauvres de 5 à 9 millions en France, soit de 8 à 14 % de la population. Les pauvres ont augmenté d'1 million en 10 ans.Il n 'en reste pas moins que 3,8 millions sont mal logés (+ 12 millions si l'on compte les expulsables ou les copropriétaires dont les revenus ne permettent pas de faire face aux charges de copropriété). Et qu'il y a 140 000 sans-abri en France, dont des enfants et des femmes, ce qui était inconcevable il y a moins de 10 ans, tout signalement au 115 (n° de téléphone d'urgence) d'enfant à la rue amenant à l'époque une solution immédiate.

Du fait de la précarisation du salariat, il y a 2 millions de travailleurs pauvres

Alors qu'en 1970, il n'y avait plus de bidonvilles en France, ils sont 600 actuellement, représentant une population de 20 000 personnes, Roms, migrants, gens du voyage...Mais on ne veut pas les voir.

15 enfants et 2000 adultes sont morts dans la rue en 2015, selon l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale). L'augmentation des SDF (sans domicile fixe) est liée à l'aggravation de la pauvreté et de la précarité ainsi qu'à la fermeture de nombreux lits d'hospitalisation psychiatrique depuis 20 ans, ce qui rajoute de la vulnérabilité aux exclus de l'hôpital (qui contribuent aussi à la population carcérale).

Les minima sociaux, tant décriés comme de l'« assistanat », sont notoirement insuffisants : le nombre de bénéficiaires du RSA (revenu de solidarité active) qui a supplanté le RMI, et qui est de 461 euros, APL déduite (allocation personnalisée de logement destinée aux personnes seules à très faibles revenus) , et délivré à partir de 26 ans ( la famille étant supposée subvenir avant cet âge), a bondi de 43 % entre 2008 et 2014 (+ 510 000) et de 13 %, soit 200 000 entre 2013 et 2014. Et encore, presque la moitié des potentiels bénéficiaires du RSA renoncent à le demander du fait de la complexité des démarches administratives...

Ill17CloA

Selon la Fondation Abbé Pierre et l'INSEE, 6 % des ménages ne peuvent chauffer leur logement correctement, 17 % ont un logement bruyant, et 33 % ne peuvent pas se permettre de financer une semaine de vacances par an...

La pauvreté touche les chômeurs puis les inactifs, puis les indépendants (auto-entrepreneurs en particulier). 50 % des pauvres ont moins de 30 ans. 50 % des chômeurs touchent moins de 500 euros par mois. Et certains candidats à l'élection présidentielle promettent de raccourcir la période d'indemnisation du chômage et de diminuer les minima sociaux...

Du fait de la précarisation du salariat, il y a 2 millions de travailleurs pauvres. Toute l'Europe et les Etats-Unis d'Amérique sont touchés par ce phénomène.

La pauvreté augmente du fait de la « crise », c'est-à-dire la crise bancaire que les états ont résolue en renflouant les banques fautives avec l'argent public, de la crise du marché du travail avec un chômage massif du fait de la mécanisation des tâches, des délocalisations dans des pays à main-d'œuvre moins chère et du statut de « variable d'ajustement » de la main-d'œuvre par les entreprises du CAC 40, licencier pour rétablir les comptes et continuer à servir les dividendes les plus élevés aux actionnaires étant considéré comme le « must » du management. La financiarisation totale de l'économie se paie d'un prix humain désastreux.

Les États ont abandonné la gestion de l'économie aux financiers, transféré des Crédits compétitivité Emploi du salariat aux grandes entreprises, toléré l'évasion fiscale, oublié de relever les minima sociaux au fur et à mesure que la précarité s'approfondissait et laissé se substituer la solidarité personnelle et familiale à la solidarité publique (ce sont les grands-parents qui sont obligés de remplacer les parents défaillants pour secourir leurs petits-enfants nécessiteux). Et on nous parle de restrictions des budgets sociaux publics...

Des initiatives sont prises plus par les associations (DAL : droit au logement, Fondation Abbé Pierre, différents Secours et autres Restos du Cœur) pour atténuer la misère. À Béziers, en plus des associations citées, l'ABCR pour les Roms, Casas solidaris -site internet accessible- pour le logement hypersocial, tentent de faire entendre la voix et la dignité des plus pauvres.

La ville de Paris, où le problème du logement est crucial, puis ensuite Lille et peut-être d'autres villes, tentent à l'aide de la loi ALUR (accès au logement et à un urbanisme rénové) de restreindre les plus grandes difficultés au logement.

Pour les créations d'emplois utiles à la résorption de la pauvreté, la rénovation thermique des passoires énergétiques que sont les logements indignes -et les autres-, la promotion d'une agriculture paysanne péri-urbaine vivrière de proximité, et les emplois dans des recycleries-ressourceries permettant de limiter les déchets et les prélèvements de ressources épuisables, l'éco-construction de logements sociaux seraient un palliatif intéressant à cette crise de la pauvreté. Encore faudrait-il en avoir la volonté politique et citoyenne et tout laisse à croire que la première n'est pas près d'advenir, pas plus ici qu'au niveau national, il n'est que d'écouter nos futurs candidats à la présidence. Y auraient-ils quelque intérêt ?

(1) Tous les chiffres sont issus des statistiques de l'Insee.