Les salariés des services municipaux biterrois se sont mobilisés ces dernières semaines au travers de deux rassemblements sous les fenêtres de leur employeur le maire Robert Menard. Cette mobilisation casse l'image d'Épinal que proposait le maire, à savoir l'image de services municipaux sans conflit depuis son arrivée à l'Hôtel de Ville en mars 2014.

Propos recueillis par Didier

Pour comprendre ce retournement de situation nous vous proposons de découvrir les explications d'Yvan Vialettes, Délégué Syndical CGT à la mairie de Béziers.


Bonjour Yvan, est ce que tu peux expliquer ton mandat syndical et ton rôle de D.S aux lecteurs d'EVAB ?

Bonjour. Au sein de la mairie, je suis le secrétaire général du syndicat. Je suis élu titulaire au comité technique (organisme paritaire qui traite des questions d'organisation des services) et élu comme suppléant à la CAP (commission paritaire qui traite les questions individuelles des agents et leur carrière) dans le collège de la catégorie B (encadrement intermédiaire). J'ai également plusieurs fonctions en dehors de la mairie : je suis le coordinateur régional (périmètre de l'ex région Languedoc-Roussillon) de la fédération CGT des services publics et je suis membre titulaire du Conseil supérieur de la Fonction Publique Territoriale.


Les services municipaux semblent déjà avoir été sous pression pendant les trois mandats de Raymond Couderc ?

Oui, dès son arrivée, Raymond Couderc avait mis le personnel au pas en « coupant » quelques têtes qui dépassaient... Ensuite, quand un maire s'installe si longtemps dans son fauteuil, il s'ensuit quelques dérives autoritaires ; le règne Couderc n'y a malheureusement pas échappé. Quand on n'était pas d'accord avec le maire, on était forcément contre lui et il le faisait payer. C'est lors de ce mandat que j'ai vu progressivement ma carrière partiellement bloquée, pour finir avec un salaire inférieur de 300€ par rapport à la moyenne des salaires de ma catégorie. Cette situation perdure actuellement... !


Le suicide d'un salarié pendant ces mandatures a représenté le point d'orgue de cette pression patronale ?

Effectivement, ce drame a été terrible. Car au-delà de son suicide, c'est toute sa famille, son épouse et ses deux enfants qui ont été décimés. D'ailleurs, la mairie, et en premier lieu le maire et son Directeur général des services, n'ont jamais voulu assumer leurs responsabilités dans cette affaire. Au final, s'ils s'en sont sortis par un non lieu au niveau de la justice pénale, leur responsabilité a été reconnue par la justice administrative qui a condamné la ville après plus de dix ans de procédures.


Est-ce que tu notes une différence entre les mandatures Couderc et la mandature Ménard ?

Bien entendu, j'ai tendance à dire qu'avec R. Couderc, je pensais avoir touché le fond de la piscine... R. Ménard m'a démontré que l'on pouvait encore creuser (et profondément...).


Si oui, qu'est-ce qui différencie les mandatures entres elles ?

Même si l'on ne partageait pas obligatoirement les orientations et la gestion de R. Couderc, on peut lui reconnaître un certain professionnalisme dans la gestion du personnel. De plus, étant lui-même fonctionnaire, R. Couderc n'était pas un adepte du « fonctionnaire bashing » comme peut l'être l'actuel maire.


Qu'est ce qui caractérise la mandature Ménard ?
Je dirai qu'elle se caractérise par 3 éléments principaux :
Une gestion erratique, conduite au gré des humeurs du Maire. Il n'y a pas de stratégie municipale établie. C'est ainsi qu'en deux ans et demi on en est au 6ème organigramme général et je crois 26 organigrammes de services. Il y a aussi une grande instabilité au niveau des personnels d'encadrement, y compris ceux qu'il a recrutés lui-même.
La violence des rapports humains, avec un management d'un autre temps.
Un manque de confiance flagrant envers les fonctionnaires, et notamment les personnels d'encadrement. Il a également une image tronquée des agents qu'il considère comme des tire-au-flanc. Il met en avant la montée inquiétante de l'absentéisme, sans s'imaginer un instant que sa gestion des ressources humaines puisse être en cause.

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Est-ce que tu nous confirmes la violence des propos tenus par R. Ménard lors d'une réunion des services municipaux à la salle ZINGA ZANGA ?
Ce jour là, il n'a fait preuve d'aucun respect envers les agents. Il n'avait même pas pris le temps de les saluer. Ce discours avait comme inspirateur son directeur de cabinet (André Yves Beck) et a été le tournant d'une gestion qui est devenue violente. R. Ménard dit maintenant que c'était une erreur, je pense personnellement qu'elle est le reflet de sa vraie nature.


Y compris le fait qu'il soit monté sur scène sur un morceau de musique des Rolling Stones ?
Oui, un morceau guerrier (« Paint it black ») qui illustre une série télévisée américaine sur la guerre du Vietnam (l'enfer du devoir). D'ailleurs, cette chanson a également créé une polémique, puisque les Rolling Stones se sont vus accusés de racisme lors de sa sortie...


Qu'est ce qui a changé ces dernières semaines à la mairie de Béziers, comment expliquer que des salariés qui semblaient tétanisés par la violence de leur employeur aient retrouvé le chemin de la mobilisation ?
D'abord, je pense que si la peur n'avait pas tétanisé une bonne partie des agents, nous aurions été bien plus nombreux lors de ces deux rassemblements, tant le mécontentement est grand. Ensuite, le travail de terrain, de discussion, de rédaction de tracts que nous avons eu à la CGT ne doit pas être étranger à cette mobilisation.


Quels sont les enjeux de cette mobilisation, est-elle large ? unitaire ? comment se comportent les syndicats qui relayent la politique municipale ?
Un des enjeux majeur vient du fait que pour la première fois à la mairie nous avons pu réaliser l'unité syndicale. Cependant, cette unité est un combat et face à la pression du maire, certaines organisations syndicales se sont « dégonflées ». Ça a été très rapidement FO (avant les rassemblements devant la mairie) puis la Fédération autonome de la Fonction publique territoriale (FA-FPT) entre les deux rassemblements. Néanmoins, ils ont permis de montrer au maire qu'il n'était plus question d'accepter toute cette politique d'austérité sans réagir. Alors certes, cela n'a pas été suffisant et on peut dire que nous n'étions pas assez nombreux ! Mais je considère qu'un pas a été franchi et que la chape de plomb se fissure.


Le maire semble avoir retiré une des mesures qui a provoqué la mobilisation, est-ce un recul ? Tu peux nous en dire plus ?
Ce sont deux mesures qui étaient prévues qui ont motivé la mobilisation.

La première consistait à mettre fin à la subrogation (avance de salaire en cas de congés maladie, la ville se faisant rembourser directement par la sécurité sociale) pour les personnels contractuels et les fonctionnaires à temps non complet non choisi (- de 28 heures par semaines). Cela concernait, les femmes de service, les personnels de cantine... hormis quelques contractuels grassement payés (!) il s'agissait avant tout de personnels précaires.

La deuxième consistait à mettre fin au congé de fin d'activité (sorte de prime de départ à la retraite). Cet acquis social qui date d'entre les deux guerres, permet aux agents de bénéficier de 3 mois de congés spéciaux avant la date officielle de la retraite (on est quand même loin des parachutes dorés des dirigeants du CAC 40).
Alors certes, il les a retirées du conseil municipal de novembre, mais il remet la deuxième (congés de fin d'activité) à celui de décembre. Pour la première, il nous a annoncé l'ouverture de négociations. Malheureusement, la rupture de l'unité syndicale n'est sûrement pas étrangère à sa volonté de maintenir la suppression du congé de fin d'activité et ceux qui ont pris la responsabilité de la briser demeureront comptables de leur décision.


Quelle vision as-tu de l'avenir municipal en tant que salarié, en tant que citoyen ?
En tant que salarié, je suis très pessimiste, car en bon soldat du capitalisme, R. Ménard applique sans état d'âme les bonnes recettes du libéralisme. C'est ce que j'appelle l'imposture de l'extrême-droite. Ils se font élire par les franges populaires de la population, se disant défenseurs de leurs intérêts, mais une fois aux affaires, ils n'ont de cesse de s'en prendre à leurs acquis sociaux en mettant en œuvre une politique d'austérité pour les salariés.
En tant que citoyen, je suis très inquiet des politiques menées. Déjà, je constate un abandon du service public (disparition de la médecine sportive, quasi suppression du service d'animation sportive, quasi absence d'intervention du service du nettoiement dans les quartiers au profit de l'hyper centre-ville...).
Les décisions prises en matière financière ne manquent pas de créer une incertitude quant à l'avenir.
A titre d'exemple je donnerai la première décision prise par R. Ménard : baisse de 4% des impôts locaux. Si elle peut apparaître séduisante, qu'en est-il exactement ?
Déjà, elle ne concerne que les 40% des biterrois les plus fortunés, vu que 60% de la population a des revenus tellement bas qu'elle n'est pas imposable.
Pour ceux qui en ont bénéficié, elle s'est traduite par une diminution minime de leur imposition (personnellement, c'est de l'ordre d'une dizaine d'euros pour ma taxe foncière !)
Par contre, elle ampute le budget municipal de 2 millions d'euros, tous les ans !
C'est l'exemple type de la mesure populiste !


En revanche, qu'est-ce qui est fait derrière pour lutter contre la pauvreté, le niveau de chômage important sur Béziers, l'habitat insalubre, les problématiques de la jeunesse... ?
Malheureusement, pas grand-chose ! Les investissements sont en baisse, et ça non plus, ce n'est pas très bon pour l'économie biterroise.


Merci Yvan de ta disponibilité et de tes explications !