Victoire, il est signé, le CETA, traité de libre-échange entre le Canada et l'Union Européenne !

Par Khan Did,

Négocié, comme son cousin à venir, le TAFTA : USA-UE, dans le plus grand secret depuis des années dans les couloirs blindés de lobbyistes des multinationales de la Commission Européenne, il a suscité les plus vives réserves de la part de la société civile, réserves qu'un petit parlement rebelle, celui de la Wallonie, a daigné écouter pour poser ouvertement les questions qui fâchent. Horreur inouïe, de la démocratie dans une institution non élue, n'ayant de comptes à rendre à personne, dirigée par l'ancien premier ministre du plus gros paradis fiscal d'Europe ! Les foudres se sont immédiatement abattues sur ce misérable Astérix qui pensait bloquer l'ascension ininterrompue de l'UE vers la prospérité. Pensez donc, il avait fait monter les larmes aux yeux de cette malheureuse ministre du commerce canadienne, le goujat ! Il faut dire qu'il demandait qu'on protège l'environnement, la santé, les services publics, l'agriculture, l'arbitrage des conflits états/multinationales...Eh, quoi encore ? Une foule de pressions ont tenté de briser cette résistance incongrue.

Des modifications ont été apportées, mais nous ne savons pas si elles ont été enregistrées, et le traité va s'appliquer, en attendant - formalité- d'être ratifié par le Parlement européen et les 27 parlements nationaux. Un détail.

Le commissaire européen aux affaires économiques et financières, l'inénarrable Pierre Moscovici, celui qui embrassait son sinistre du budget Jérome Cahuzac-super-menteur « les yeux dans les yeux », se félicite de cette « écoute des peuples » oubliée auparavant, comme de la « liste noire des paradis fiscaux » en cours -interminable- d'élaboration, sans doute pour les éradiquer comme l'avait déjà fait Nicolas Sarkozy, ce qui a eu pour effet de faire passer le montant de la fraude fiscale européenne de 80 à 100 milliards d'euros entre 2014 et 2015. Qu'est-ce que ça sera quand l'opération sera terminée... ?

Tout le monde sait, et cela a été illustré par l'ALENA entre les USA et le Mexique, que la suppression des barrières douanières condamne sans appel les petites et moyennes exploitations agricoles, celles qui ne font pas de l'agro-industrie. Et on continue et recommence. Pas assez de suicides chez les paysans, pas assez d'usines animales, d'intrants toxiques, de maladies environnementales, de dépendance alimentaire...

Pour la sainte concurrence « libre et non faussée » du traité constitutionnel de 2005, notons que sont avalisés les rachats de Monsanto par Bayer (pour bénéficier des brevets sur le vivant et de la recherche Monsanto, et pour couper court aux poursuites judiciaires engagées contre la firme coupable de crime environnemental - la définition de l'Ecocide- et de crimes de paysans amérindiens -), et celui d'un grand du tourisme français par un géant allemand. C'est la commission de la concurrence américaine qui s'interroge sur la légalité du rachat de Monsanto par Bayer...

Le vote des Français de 2005 était trop prospectif et motivé, il urgeait bien sûr de le trahir.

Les Anglais, dont on a dit pis que pendre après le référendum sur le Brexit, seraient-ils doués comme nous de perspicacité prévisionnelle ?