Pourquoi cette affiche est choquante, au-delà du mépris, du racisme et de la haine qu'elle convoque, de la part de notre très catholique Maire ?

Par Clo,

Elle a fait le buzz, c'est le but, elle a donné lieu à beaucoup d'avatars et de détournements, c'est amusant, mais c'est prévu et ça fait causer.

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Penchons-nous (pas trop quand même) sur l'original. C'est pas très profond, mais on peut trouver quelques pépites.
Il y a plusieurs niveaux, et c'est intéressant de les analyser :
L'ETAT NOUS LES IMPOSE : c'est clair, l'État = impôts. Et les impôts c'est pas vraiment populaire. S'il y avait écrit « l'État nous y oblige », on était dans une connotation courtoise du type : « je suis votre obligé ».
ÇA Y EST ILS ARRIVENT : c'est écrit dans le ciel, dans une lumière biblique, comme une vérité divine, et comme si ça nous tombait sur la tête, nous, pauvres Gaulois.
LA CATHÉDRALE : symbole de Béziers, certes, mais on n'a pas choisi le Pont Canal, ou la statue de Pépézuc. C'est surtout une image prise en contre plongée, comme du point de vue des assaillants. La connotation est donc à la fois religieuse, bien sûr, mais aussi historique : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ».
LES PERSONNAGES : ça doit faire peur. La capuche, symbole des loubards de banlieue. Tous de type méditerranéens ou africains, ce ne sont donc pas des touristes suédois. Il n'y a que des hommes, jugés potentiellement plus dangereux (des fois qu'on s'attendrirait malgré tout sur des femmes ou des enfants).
LES MIGRANTS : terme beaucoup plus invasif que réfugiés et moins banalisé que « sans-papiers ».
DANS NOTRE CENTRE VILLE : ça s'adresse donc essentiellement aux Biterrois, et particulièrement à ceux qui, à l'instar de NOTRE maire, habitent le centre-ville. Le possessif pluriel « notre » cache le singulier. L'inflation de l'ego aidant, nous ne tarderons pas à voir apparaître « MON centre-ville » sur de prochaines affiches.
Et c'est tout, il ne semble pas qu'il y ait de mention légale d'imprimeur, un vrai affichage sauvage donc.
LA CERISE SUR LE GÂTEAU : non, c'est pas écrit sur l'affiche, mais ça vaut la peine d'y réfléchir. Des personnages venus du Moyen-Orient, qui s'approchent de la cathédrale, les bras peut-être chargés d'or, de myrrhe et d'encens... ça ne vous dit rien ?

Mr le Maire, beau joueur, nous met sur la piste : il a prévu une consultation de la population le 8 janvier 2017. C'est le jour de l'Epiphanie.
Entre temps nous aurons eu droit à la crèche.
Cette affiche est donc choquante parce qu'elle parle de haine et d'intolérance sur des images de paix. Drôle d'idée que notre Maire le très catholique puisse annoncer Noël, de façon subliminale, en salissant l'espoir de ce symbole universel.
Et outre le fait que ce n'est pas encore la saison, c'est pas franchement l'idée qu'on s'en faisait.