Entre aménagements touristiques et jeux politiques, cet article propose une autre lecture et quelques modifications face au discours officiel sur le chantier de Fonseranes.

Par Marso,

Les nouveaux aménagements des écluses de Fonseranes (1), sont aujourd'hui un énorme chantier de 13,2 millions d'euros. Le financement est réparti entre plusieurs acteurs : l'Europe (10%), l'Etat (10%), la région (15,5%), le département (16,7%), l'agglomération (30%), la municipalité (3,8%) et le FCTVA (Fond de compensation de la TVA) (14%) (2). Les politiciens du biterrois (municipalité et agglomération) se gargarisent d'un tel projet et le font passer pour une opération d'aménagement qui va profiter au territoire, mais en poussant un peu l'enquête, on s'aperçoit rapidement de l'envers du décor de ces nouvelles installations payées par le contribuable !!!
Le tourisme et le territoire sont aujourd'hui des vocables incontournables dans le discours politique, la manne du tourisme est souvent vue comme la panacée aux problèmes économiques, les retombées financières évidentes pour le territoire et la population locale. C'est dont dans ce contexte que les actions politiques se justifient et jouent sur les difficultés financières pour imposer une transformation territoriale dans un simulacre de démocratie participative et de développement durable.
Il est vrai qu'avec 450 000 visiteurs par an dont 30 000 plaisanciers, premier site le plus visité de l'Hérault et troisième de la région, le site de Fonseranes est un emblème pour la ville et l'agglomération de Béziers.
C'est donc à l'occasion du 350ème anniversaire de cet ouvrage majeur que les acteurs politiques, guéris de leur amnésie, redécouvrent et réinventent un pan de l'histoire du territoire. Véritable colonne vertébrale de la nouvelle région, le canal du Midi retrouve aujourd'hui de sa superbe et un regain d'intérêt de la part des acteurs politiques, ce qui suscite donc des interrogations. Car bien évidemment on se méfie des politiciens « de la droite jusqu'à la gauche » RIP Coluche 30 ans déjà !
Ces interrogations sont notamment dues au discours officiel qui se targue d'annoncer un chantier profitable pour le territoire s'inscrivant dans une pensée de développement durable, mais dont l'accès principal passera bientôt par la route de Narbonne. Tout d'abord, il est ici important de dire que le simple fait d'aménager ce site est un point positif pour le biterrois. Mais en se penchant un peu sur les enjeux de la ville, il en est un de majeur qui saute aux yeux : le manque de continuité due à la rupture de pente entre le centre-ville, le quartier du Faubourg, les berges de l'Orb jusqu'aux écluses de Fonseranes. C'est pourquoi plusieurs questions demeurent. Pourquoi, à l'occasion de cette opération d'aménagement, ne pas en profiter pour créer du lien du centre-ville jusqu'aux écluses ? Pourquoi ne pas en profiter pour aménager les berges de l'Orb et « réconcilier » la ville avec son fleuve ? Pourquoi ne pas redynamiser le quartier du Faubourg, au demeurant l'un des plus pauvres de Béziers ?
Cette opération d'aménagement n'a donc pas l'air si durable que cela et les 450 000 touristes par an passeront donc par la route de Narbonne. Cela a plusieurs conséquences.
Tout d'abord, le fait que le quartier du Faubourg ne soit pas inclus dans cette opération d'aménagement est une première conséquence pour le territoire, lorsque l'on connaît la situation de ce quartier. En effet, cela montre comment l'agglomération, qui a pour principal objectif touristique la venue de "pedibus jambus" de catégories socioprofessionnelles supérieures, évite le quartier le plus pauvre de Béziers, peuplé d'une part importante de biterrois issus des vagues d'immigrations méditerranéennes qui font notre culture. C'est pourquoi, il n'est pas abusif de dire ici que le Faubourg n'entre pas dans les plans d'un schéma touristique de vitrine qui met en vente une image tronquée du territoire.
A cet égard, petit rappel : un projet de téléphérique devait déjà survoler (éviter) le Faubourg n'a pas été retenu (au passage, il aurait été une illustration parfaite de la hiérarchie de notre société, les riches en haut les pauvres en bas.

telefeerique

 Ensuite, cet accès, pensé avec génie par les déménageurs du territoire, semble mettre en exergue leur mépris de la ville et de sa population. En effet, tourner le dos à Béziers et en proposer un accès qui va faciliter l'arrivée mais surtout le départ sans passer par la ville, il faut dire que cela est magnifiquement pensé pour le bienfait du territoire et de ses habitants ! Peut-être que le futur parking « payant », péage obligatoire pour la culture, octroi contemporain et élément de distinction sociale sera un atout pour les biterrois !!! Que dire du restaurant panoramique trois étoiles, sûrement prévu pour les plus démunis...
Enfin, tout cela soulève un grand nombre de questions sur l'utilisation de l'espace et l'aménagement du territoire de manière générale, qui sera l'objet d'un prochain article, après une investigation sur le sujet.
Ainsi, lorsque l'on pousse un peu la réflexion, on s'aperçoit vite du décalage entre le discours politique et la réalité du terrain. Une fois de plus, cet exemple illustre la manière avec laquelle les acteurs politiques démontent le territoire en instrumentalisant l'histoire et le patrimoine pour des intérêts politiques en financiers de la caste bourgeoise au détriment de l'intérêt général et de la population locale.

  1. On trouve plusieurs façons d’écrire Fonseranes : Foncerannes sur les cartes de l’IGN, Fonseranes sur les panneaux indicateurs, Fonserannes sur les sites touristiques. La 1ère carte qui signale les écluses en 1697 (carte de Nolin) l’écrit Fonceranes.
  2. Brochure Fonseranes, Agglo Béziers-méditerranée