Dans la période actuelle où se font jour de nouvelles formes de mobilisations citoyennes, où l'appropriation de l'espace public voit se formuler de nouvelles injonctions antiautoritaires, ces trois mots ont, ici et maintenant, toute leur place et tout leur sens.
par DGRojoyVerde


Ces trois mots ont en commun d’avoir très bien prospéré sur des terrains particulièrement favorables à la contestation du pouvoir centralisateur (Bulgarie, Espagne, Russie), au premier desquels l’Espagne, qui verra, à la fin du XIXème siècle, les premiers théoriciens d’une philosophie antiautoritaire (fondation à Barcelone de la revue Acracia en janvier 1886 par Rafael Farga i Pellicer, Anselmo Lorenzo et Fernando Tarrida del Marmol) utiliser plutôt le terme d’acratie (issue de l’espagnol acracia et qui en grec signifie littéralement absence de pouvoir), puis lui donner comme synonyme anarchie avant que le terme de libertaire ne vienne supplanter ce deuxième mot.


Dans ce cheminement sémantique il y a l’évolution d’une philosophie politique au départ, l’acratie, qui se définirait comme l’absence de domination et d’exploitation des individus (domination physique, morale, spirituelle, par la propriété privée…), comme la fin du patriarcat par exemple (L’acratie fera justice à la femme par Teresa Claramunt), se rapprochant alors du marxisme (fin de l’exploitation des producteurs par ceux possédant les moyens de production) et du socialisme originel.  L’anarchie, elle, est la forme d’organisation politique qui ne reconnaît pas d’autorité hiérarchique coercitive juridiquement et/ou moralement. Elle se définit également par une forme d’organisation horizontale en opposition à la structure pyramidale, verticale, des organisations politiques classiques. C’est par extension la forme d’organisation politique d’une société ou d’un groupe d’individus en société mue par les collectivisations en coopératives autogestionnaires. C’est le cas de la Révolution sociale espagnole en Catalogne et en Aragon de juillet-août 1936 à mai-juin 1937.

 

 

L'anarchie, elle, est la forme d'organisation politique qui ne reconnaît pas d'autorité hiérarchique coercitive juridiquement et/ou moralement.

 

Enfin, le terme libertaire remplacera assez vite l'anarchie pour désigner un mode de vie, puisqu'il était admis que l'anarchie avait perdu politiquement le rapport de forces (« y en a pas un sur cent et pourtant ils existent... » les Anarchistes 1968 Léo Ferré) et finira par désigner plutôt des individus que des groupes organisés. Des individus qui se vivent aussi collectivement en communautés antiautoritaires, antimilitaristes, antipatriarcales et autogestionnaires. C'est l'exemple des communautés hippies des années soixante ou des communautés post 1968 dans le Larzac ou autres.

Ces trois termes ont été souvent dénaturés et pris dans le sens de désordre, de chaos inorganisé, regroupés sous le terme plus exact d'anomie, que vous ne trouverez jamais employé par aucun média classique, la liberté sans hiérarchie étant par nature suspecte pour les tenants de l'Ordre et la Sécurité, d'autant que celle-ci remet originellement en question la propriété privée individuelle (« la propriété c'est le vol » prononcé en juin 1840 par Pierre-Joseph Proudhon dans Qu'est-ce que la propriété ?), système de domination de la Terre par l'Homme contraire à l'axiome de départ. Et on pourra donc dire après Teresa Claramunt que l'acratie fera justice à la Terre.