L'attraction du symbole est une constante pour les nouveaux dirigeants, qui plus est chez ceux dont l'action politique est creuse. Et en bon communicant, il suffit d'une juxtaposition de plusieurs symboles pour délivrer un message très explicite.

Par DGRojoyVerde


Ainsi, il en va des oripeaux surannés apposés sur toutes les écoles élémentaires et maternelles de Béziers depuis la rentrée scolaire 2014. En effet, quel ne fût pas ce moment de surprise voire de stupéfaction de constater que désormais tous les établissements scolaires de premier cycle étaient décorés d’une touche de nationalisme exacerbé puisque deux drapeaux, un tricolore, un autre blasonné de la Ville reposaient tous les deux sur un pavois lui aussi tricolore. Quel est le message ? A qui s’adresse-t-il ? Pourquoi tant de bariolé bleu blanc rouge 10 Les couleurs de beziers
Le message est on ne peut plus clair. Ici dans la bonne ville de messire Ménard, on est en terre patriote selon l’expression détournée des nationalistes hurlant au danger permanent du grand remplacement. Et on s’empresse de le faire savoir aux éducateurs, aux parents d’élèves et aux élèves, bien entendu. Mais même les symboles ont une origine, une histoire et un sens qui n’est caché que par la méconnaissance. Soumis à l’analyse rationnelle, le vernis communicant s’effrite et on découvre le sens caché révélé. Insister autant et de manière obsessionnelle sur le bleu, le blanc et le rouge revient à montrer que l’on est si peu sûr de soi qu’on a besoin de cette méthode Coué pour se rassurer et rassurer toutes les âmes perdues en demande de réponse facile. C’est aussi faire savoir à ceux qu’on s’ingénie à montrer du doigt comme bouc émissaire et comme maux à tous nos problèmes qu’il y a un Ordre nouveau auquel ils doivent se soumettre, le nouvel Ordre municipal et l’ancien Ordre national. Celui qui au nom de ce drapeau a déporté des juifs et colonisé et asservi des musulmans, des indochinois, des africains et des amérindiens. Et cet Ordre national repose sur un pavois, bouclier moyenâgeux portant le roi nouvellement élu, symbole de fête dans cette monarchie républicaine en décadence, symbole d’autorité dans cette enclave patriote en terres ennemies.

 

 

Il y a une partie de l'Histoire qui semble se perdre dans les limbes de la mémoire collective

 


Le pavois est le bouclier protecteur des bonnes âmes dont a la charge l’édile qui a réhabilité l’écu municipal orné de trois fleurs de lys, indiquant une autre soumission, celle aux vainqueurs du Nord, le roi de France et ses barons venus porter la croisade contre les hérétiques albigeois. Les trois fleurs de lys (rappelant la Sainte Trinité) sont, depuis Charles V, le symbole de la royauté française, monarchie héréditaire de droit divin et fille aînée de l’Eglise selon les canons médiévaux. Ce qui n’est pas pour déplaire au très chrétien Robert Ménard qui a choisi de l’apposer sur des blouses, qui a voulu le voir porter par tous ses sujets écoliers, écoles publiques comprises, comme une soumission supplémentaire à l’Ordre moral très catholique. Car notre homme n’en est pas à une entorse près à la Laïcité : on pourrait en effet y voir un prosélytisme de ce qui s’affirme de plus en plus comme un théofascisme (tous égaux, tous identiques sous la loi divine). Robert Ménard, sorte de caudillo biterrois : le dictateur Francisco Franco avait comme seul programme politique un prêtre derrière chaque conscience espagnole et Roberto, un policier derrière chaque habitant de sa ville comme il aime à le rappeler. Il y a une partie de l’Histoire qui semble se perdre dans les limbes de la mémoire collective, très peu avide de conscience mémorielle. Les très chrétiens Charles Martel au VIIème siècle et le vicomte de Trencavel, maître des lieux au XIIème, ont tour à tour fait massacrer la population biterroise en pillant allègrement la ville(1).


Ce n’est pas au programme des manuels scolaires des écoliers de Béziers qui savent juste que Charles Martel aurait arrêté les Maures à Poitiers, ne sachant pas qu’il n’a arrêté personne mais juste mis en débâcle une razzia mauresque trop avancée dans les terres mérovingiennes. Plutôt que de s’attacher à des symboles détournés qui ne disent rien à personne, une colombe, un rameau d’olivier, un arc-en-ciel, tous synonymes de paix, participeraient davantage à l’embellissement de la devise républicaine Liberté, Egalité, Fraternité, cachée qu’elle est par ce débordement national catholique de mauvais augure au regard des précédents épisodes de sinistre mémoire dans l’Histoire.

 

(1) Prise et pillage de la ville par Charles Martel en 737 alors aux mains des Maures venus d'Espagne et en 1167, premier sac de la ville par Roger II Trencavel, vicomte de Béziers, et ses alliés aragonais et toulousains, pour venger son père Raimond Ier Trencavel, assassiné quelques semaines plus tôt dans l'Eglise de la Madeleine.