A l’heure où sonne partout le tocsin médiatique et politique nous imposant une séquence martiale inappropriée et déconcertante, où il faut crier Patrie, Nation, sortir les drapeaux tricolores aux fenêtres pour justifier son Amour profond de la France, où on invite chacun à chanter à pleins poumons la Marseillaise, il est bon de rappeler quelques repères historiques et géopolitiques.

Par DGRojoyVerde


12 Des symboles surannesLe drapeau tricolore d’abord, n’est pas selon la légende un croisement de la Monarchie et des couleurs de Paris. Cette explication n’est aucunement avérée par l’historiographie officielle ou officieuse. Par contre, il est sûr que parmi les révolutionnaires, certains avaient goûté l’aventure des patriotes de la toute jeune république américaine des Etats-Unis. Lesquels ont adopté un drapeau avec trois couleurs, du bleu, du blanc et du rouge, rappelant tout simplement leur origine, à savoir une colonie britannique qui s’émancipait. Tous les deux sont des démocraties libérales, asservies au dogme du libéralisme économique du très respecté Adam Smith, selon lequel il ne faut pas contrarier la loi divine du Marché, et laisser faire et laisser aller.


La France révolutionnaire « n’a jamais éliminé la misère et l’exploitation » (Renaud, Hexagone) des masses et s’est muée très progressivement en démocratie libérale, allant jusqu’à refuser par deux fois le drapeau rouge. En 1848, Lamartine repousse le drapeau rouge à l’Hôtel de Ville de Paris par son discours prononcé le 25 février 1848 (mis en peinture par Henri-Félix-Emmanuel Philippoteaux) et en 1871, quand les Versaillais massacrent les Communards dont le drapeau est rouge ou noir. Deux épisodes de la geste révolutionnaire où s’est imposé l’ordre bourgeois libéral qui a choisi officiellement le drapeau tricolore, comme un renvoi à ses aspirations britanniques et étatsuniennes en matière de choix de société. Ainsi, Lamartine et Thiers sont les deux grandes figures qui ont repoussé ou ensanglanté le drapeau rouge révolutionnaire et ont enfermé la France dans un carcan libéral pourvoyeur d’inégalités sociales, de précarité, de pauvreté et de troubles sociaux. Ils y ont été aidé par l’ordre moral très chrétien, le grand parti de l’Ordre du XIXème siècle français, contre lequel de trop rares figures ont arraché des conquis sociaux après de longues luttes. Il n’est donc pas étonnant aujourd’hui de voir les libéraux, majoritairement présents au Congrès, appeler de toutes leurs forces à s’envelopper dans cette étoffe. De la même façon, ils enveloppent la France dans un dogme ordo libéral porté par un Macron digne héritier de son prédécesseur, monarchiste ou républicain selon les vents de l’Histoire, j’ai nommé Adolphe Thiers. Boucher de la Commune, il a gardé, malgré ses atermoiements opportunistes, une seule ligne de conduite, le libéralisme. Aussi, il n’aurait pas renié le grand Argentier Emmanuel, fossoyeur du Code du travail et des conquis sociaux, aidé du très martial Manuel (notez que je doute que dans les années à venir Manuel, Emmanuel et toutes leurs déclinaisons aient une grande côte du côté des prénoms) qui assigne à résidence, déchoit de nationalité, fait donner la troupe comme un certain Robert fait donner en ville la Garde urbaine, biterroise et bientôt prétorienne, contre la milice musulmane. Ce même drapeau tricolore, ses trois couleurs qui sont apposées partout ou presque sur les bâtiments publics de Béziers, à commencer par les écoles, elles aussi bientôt asservies à la seule loi qui vaille, faire de nos enfants des compétiteurs de l’économie ordo- libérale. Tout ceci appuyé par une hégémonie culturelle des religieux de toutes obédiences, garants de l’ordre moral, les théofascistes à l’assaut du monde, de Donal Trump à Robert Ménard (qui a travaillé pour la pétromonarchie du Qatar) en passant part les pétromonarchies du Golfe qui pourvoient en armes et en argent les unités terroristes islamisées, quand ceux-ci ne s’alimentent pas directement par la contrebande du pétrole, la prostitution de leurs esclaves et le trafic de pavot, en somme des théomafieux. Voici donc pour le symbole du drapeau et son dogme libéral.

Oui, nous sommes en guerre paraît-il !


Quant à la chanson patriotique qui sert d’hymne national, dont on reproche à certains sportifs de ne pas entonner les paroles pour chaque partie jouée, elle sert si bien aujourd’hui l’état d’urgence, cet état de guerre déclaré par le chef de l’Etat sans qu’aucune déclaration n’ait été votée par le Congrès. Oui, nous sommes en guerre paraît-il ! J’ai bien remarqué une guerre sociale déclarée à toutes les classes moyennes et populaires, une guerre pour définir qui est un vrai réfugié et un faux immigré, une guerre entre les bons français et les mauvais, une guerre contre la Nature. C’est pourquoi ce chant va comme un gant à cette énième séquence guerrière eschatologique où il faudrait laver dans notre sang et le sang impur de nos ennemis tous nos péchés, nos renoncements, nos erreurs, nos lâchetés coupables, nos ingérences corruptives. Oui, car rappelons-le à cet instant de ce texte, qu’est donc la Marseillaise ? Un chant patriotique guerrier dont le titre initial est Chant de guerre de l’Armée du Rhin. Ecrit par Claude Joseph Rouget de Lisle en 1792, capitaine d’infanterie d’active, sur le théâtre même de la guerre, à Strasbourg en l’occurrence, pour assurer l’unité du Peuple en armes se défendant contre les ennemis royalistes de toute l’Europe portant partout la grande messe du sang régénérateur, celui coulant du sang impur. Par ailleurs, le couplet et le refrain entonnés dans toutes les réunions publiques, les victoires sportives, les levers de rideau de matchs, les fins de congrès de tous les partis de gauche à droite (« l’ordre moral est bien partout, la démago de gauche à droite,… », Patriotes-Pacific 231 2010, Raphaël), ne sont pas le plus belliqueux, loin s’en faut. Ainsi, l’hégémonie culturelle du moment, celle gagnée par les théofascistes du Front National en plus du sordide débat sur la déchéance de la nationalité, est parvenue à imposer le drapeau tricolore et l’hymne national la Marseillaise comme référence incontournable et naturelle de la France sous loi martiale. Travail, Famille (la Manif pour tous, les renoncements à l’initiation de la pédagogie du genre,…), Patrie. Akhenaton (chanteur du groupe de rap IAM) a-t-il tort de s’interroger pour savoir si en France l’instinct n’est pas Vichy ?
Dans tout ce chaos, les paroles sages d’un pédagogue oublié, écrites en 1986 à Strasbourg également, comme une réponse à l’absurdité de conserver des paroles anachroniques d’un autre âge, sont celles que nous devrions entendre en boucle partout. En effet, Pierre Weil (1924-2008), natif d’Alsace, éducateur de la Paix s’il en est (récompensé à ce titre par l’UNESCO) a réécrit la Marseillaise de la Paix, que je reproduis ici, pour lui donner des références pacifiques, modernes, écologiques.


Allons enfants de la planète
L’ère de la paix est arrivée
Fatigués de tant de conquêtes
Cultivons Amour et Beauté
Ouvrons les bras à la lumière
Nos cœurs et mains enlacés
Semons les fleurs aux frontières
Où en nous explose la joie d’aimer
Vivons la liberté
Et la fraternité
Chantons, dansons
D’un même élan
Vibrons à l’unisson !
Que nos forêts et nos campagnes
Préservent la vie de nos enfants
Respirons l’air pur de nos montagnes
De notre terre fertile et sacrée
Inspirons nous de la sagesse
Et que nos pas elle accompagne.
Que notre cœur s’emplisse de tendresse
Et que des guerres l’esprit s’éloigne

 

Comme le Premier ministre norvégien qui assurait que son pays répondrait par plus de démocratie au massacre du théofasciste Anders Behring Breivik en 2011, il nous faudrait combattre les théofascistes islamisés avec plus de paix. Plus de paix sociale, de paix civile dans nos ghettos (particulièrement en Ile-de-France dans des cités comme le Blanc-Mesnil, la Courneuve, Sarcelle) où les taux d’abstention frôlent les 80% depuis 2014 (qui s’en étonnerait ?), de paix entre les peuples, en rappelant nos troupes pour qu’ils réaménagent le territoire mis à mal par le dérèglement climatique, et donc plus de paix écologique. Car l’écologie c’est la Paix, c’est le respect de notre environnement, de nos aînés et de notre jeunesse, le respect de cette Terre qui nous porte malgré elle et malgré nous, le respect de la Vie et de nous-mêmes, parcelle d’Humanité.


Alors oui, moi qui ne suis pas féru de grande liesse populaire, je chanterai à pleins poumons ce chant pacifique qui célèbre, l’Amour, la Paix, la Vie, la Liberté, la Fraternité, l’Ecologie. Ces mots doivent être ceux des temps à venir et cette Marseillaise de la Paix, le chant patriotique universel de tous les peuples. Par là même, nous retrouverions la portée universaliste de la mission révolutionnaire : faire entrer les Lumières dans les obscurantismes. En cela, les partis de gauche seraient bien inspirés, eux qui se targuent de porter le fer contre la guerre et pour l’écologie, d’adopter ce chant de jeunesse. Comme d’abandonner la trop surannée Internationale (non, on ne fait pas table rase du passé, jamais, l’Histoire est un continuum avec des ruptures) et lui préférer le très écologiste pamphlet pour l’écologie citoyenne Aux arbres citoyens ! chanté par Yannick Noah dans l’album Charango-2006.
Enfin je goûte au plaisir de souligner que Pierre Weil est alsacien, comme Albert Schweitzer, que tous deux ont accompli une mission humaniste immense et ont laissé, l’un et l’autre, une trace derrière eux, une trace digne, de paix et d’universalité dont l’Alsace, si encline à projeter des délires sécuritaires devrait être fière et s’inspirer davantage, c’est un descendant d’alsacien qui le dit.