Alors que les Biterrois accentuent leurs luttes pour défendre la laïcité, l'écologie est encore peu présente dans les débats. Comme si la Cop21 n'avait pas eu lieu. A Béziers, comme partout en France, on a surtout retenu que l'instauration de l'état d'urgence avaient empêché les manifestations de citoyens et avait provoqué l'assignation à résidence de 17 militants écologistes

Par Sunzi


Alors que les Biterrois accentuent leurs luttes pour défendre la laïcité, l’écologie est encore peu présente dans les débats. Comme si la Cop21 n’avait pas eu lieu. A Béziers, comme partout en France, on a surtout retenu que l’instauration de l’état d’urgence avaient empêché les manifestations de citoyens et avait provoqué l’assignation à résidence de 17 militants écologistes. Ce faisant, les 2 ministres (ou ex-ministres) de l’Intérieur Cazeneuve et Valls tentaient de faire passer dans l’opinion l’idée que ces militants écologistes étaient potentiellement aussi dangereux que les terroristes islamistes qui avaient perpétré les attentats de novembre. Un an après l’assassinat de Rémi Fraisse par les forces de l’ordre, le gouvernement montre que sa priorité reste la continuation de l’ordre établi : la liberté du commerce, la liberté de produire n'importe quoi, pourvu que se poursuivent l’enrichissement des plus riches, l’étouffement des voix contestataires, et le déploiement de vastes simulacres de concertations et de négociations. 42.000 personnes à Paris pour la Cop21, circonscrite au problème du réchauffement climatique comme si les autres désastres écologiques n’étaient pas aussi urgents : atteintes à la santé publique, baisse de la biodiversité, disparition programmée des ressources nutritives comme le poisson et le plancton, pollution des nappes phréatiques par les 60 milliards d’animaux tués chaque année, pollution de très longue durée de toutes les zones de guerres par les mines antipersonnel et par les munitions à l’uranium appauvri, avec destruction de centaines de milliers de logements par les bombardements aériens, disparition prochaine des réserves mondiales de sable.
On construit des millions de logements neufs pour recycler les 70.000 milliards de dollars des paradis fiscaux, de la fraude fiscale et de l'argent du crime. On estime que, rien qu'en Chine, il y aurait déjà 800 villes fantômes. Et que penser de l’« île-monde » au large de Dubaï, cet archipel artificiel dont les îles dessineront (si le chantier se termine un jour) la forme des continents ; cet immense chantier a déjà nécessité 326 millions de m3 de sable, pour les 250 îles, et 34 millions de tonnes de pierres, pour la digue de 24 km qui entoure l'archipel. (Des îles qui sont vendues entre 10 et 45 millions de dollars chacune.)     
                                                            Nicolas Hulot
Pendant la préparation de la COP 21, j'ai navigué entre espoir, chaque fois que j'entendais Nicolas Hulot parler des préparatifs de la conférence et de ses enjeux, et désespoir, quand les politiques évoquaient, selon la recette « il n'y a pas d'autre alternative », une issue qui ne pouvait être que favorable. Mes derniers espoirs ont été ruinés le jour où j'ai appris que, pour une des réunions officielles préparatoires - celle qui réunissait  les ministres des Affaires étrangères des 196 pays participants- , l'Arabie Saoudite avait envoyé son ministre du Pétrole, au lieu du ministre prévu.  
Si je cherche à savoir quel fut l'impact le plus important de la COP 21 auprès des Biterrois (et de tous les Français), je pense qu'il faut le trouver dans les interventions de Nicolas Hulot dans les émissions grand public de nos chaînes nationales, comme le "Vivement dimanche" de Michel Drücker, et le "On N'est Pas Couché" de Laurent Ruquier : paroles claires, visage grave, mises en garde très précises sur les dangers de disparition de l'espèce humaine : Nicolas Hulot a réussi à faire passer en quelques phrases le fruit de son énorme travail de préparation de cette COP 21 et les réflexions que lui ont inspiré ses dizaines d'années d'exploration de multiples peuples, animaux, et sites naturels. Son livre , « Osons » (1), sorti en novembre 2015, est un trésor, tout comme les travaux de Dominique Bourg (2). Et aussi, bien sûr, l'extraordinaire livre-choc « Justice écologique, justice sociale » (3), où 6 chercheurs, sous la direction d'Aliénor Bertrand, démontrent qu'il n'y aura jamais de justice sociale sans justice écologique, en partant d'études concrètes concernant la santé au travail, les pollutions industrielles, les questions agraires, et la justice de l'eau.
                                              Paul Watson et Pamela Anderson.
Pour prolonger les réflexions autour de cette Cop 21, je relaie les questions posées par ces 2 militants protecteurs des océans et de la bio-diversité, invités par Laurent Ruquier il y a quelques jours : P.W. rappelle qu'en 1950, il y avait moins de 4 milliards d'habitants sur terre, qu'il y en a 7,5 milliards aujourd'hui et, désormais, 1 milliard de plus tous les 10 ans. Il propose de réduire progressivement les populations mondiales à 1 milliard d'individus, si nous voulons que l'espèce humaine survive au-delà de la fin du XXIème siècle. Il nous dit aussi que : « la nature obéit à 3 lois : diversité, interdépendance et limite des ressources. Lorsque nous volons les ressources d'autres espèces, nous provoquons un déséquilibre mettant en péril l'écosystème dans son ensemble.
Le « développement durable » c'est de la foutaise, un mot inventé pour dire : « Continuons comme ça. ». Les pauvres veulent devenir riches et ces derniers, le rester. Il n'y a pas de pêche durable, pas de déforestation durable, pas de civilisation durable. Nous ne faisons que voler notre propre espèce. » (4).
Un discours dont les riches et les gouvernants ont choisi de ne pas tenir compte, tant ils sont persuadés que leur situation et leur fortune leur permettra d'échapper aux désordres qu'ils ont eux-mêmes fomentés, conflits écologiques et guerres qui en résultent, comme celles du pétrole, de l'eau, et des matières premières.
                                                                                                                                 

  (1) : Osons, Nicolas Hulot, éditions LLL-Les Liens qui Libèrent, novembre 2015.
  (2) : Dictionnaire de la pensée écologique, sous la direction de Dominique Bourg et Alain Papaux,    PUF, collection Quadrige, décembre 2015.
  (3) :Justice écologique, justice sociale, sous la direction d'Aliénor Bertrand, Victoires éditions, PUF.
  (4) : Paul Watson, dans Paris-Match 1er août 2015.