Depuis bientôt 2 ans, la voix du maire, dans ses décisions, ses discours, son journal, sème des paroles de discorde et, se drapant dans une posture catholique prosélyte et intolérante, essaie inlassablement de dresser la population contre les maghrébins et syriens, qu'il couvre du terme générique de « musulmans », fussent-ils catholiques ou incroyants.
Responsables de tous les maux, ils sont transformés en boucs émissaires, selon une technique qui rappelle fâcheusement les dérives allemandes de sinistre mémoire.

par Khan Did


Malheureusement, les attentats terroristes épouvantables de l'année 2015, suivis d'une intense campagne politico-médiatique dans l'intention de susciter la peur, propice à des décisions liberticides, a amené de l'eau à son triste moulin.


Pour rétablir un échange verbal, les imams de Béziers ont fait l'offre d'ouvrir leur mosquée à la discussion, deux jours de janvier. Nous sommes allés voir l'imam de la mosquée de la Devèze.
Nous l'avons beaucoup interrogé sur le Coran et ses interprétations. Il nous a confirmé que, d'une part, les gens dans l'ensemble ne connaissaient pas le texte et que d'autre part, comme pour la Bible ou la Thora, les textes devaient être replacés dans le contexte de leur époque.
Au temps du Coran, la religion musulmane était la dernière arrivée et était dans une position défensive, d'où les sourates violentes, violence que l'on trouve également dans la Bible, singulièrement l'Ancien Testament, et dans la Thora.


Il a souligné l'importance du Christ prophète de l'islam et des femmes dans le Coran. Le statut de la femme musulmane actuelle ne lui paraît pas compatible avec les textes.
Il s'élève contre les dogmatismes et doute qu'aucun des livres saints n'ait livré une vérité absolue.


Il dénonce sans ambigüité l'instrumentalisation politique dévoyée qui est faite du Coran par les extrémistes avec lesquels il n'a rien en commun.
Il est très attaché à la nationalité et à la culture françaises, à la laïcité, et respecte l'agnosticisme.


Il a organisé à la mosquée un soutien scolaire dans toutes les matières et de l'alphabétisation, soutien mixte assuré par des bénévoles, il ne s'agit pas d'une école coranique même si on y parle de Dieu.
L'un d'entre nous, professeur d'histoire retraité, lui a offert ses services.
Il participe aux rencontres interculturelles de Béziers.
Il n'a eu connaissance d'aucun cas de radicalisation parmi les jeunes du quartier.
Il nous a fait visiter la mosquée, divisée en deux niveaux séparant les sexes pendant les prières, ne sent pas encore la population prête à la mixité mais organise aussi au niveau inférieur des conférences, parfois animées par des femmes, au cours desquelles hommes et femmes siègent, chacun d'un côté, comme c'était le cas dans nos églises il y a 60 ans.

Une impression d'intelligence, de culture et d'intégration avec désir de paix

Nous avons rencontré Lola, de la Pastorale des migrants, qui vit depuis 6 ans avec ses sœurs en plein quartier St Jacques, très multiculturel, mais avec une forte proportion de maghrébins.


Le maitre mot est « Joie ». Cette joie, elle la trouve dans la présence proche de tous les enfants de la maternelle Carnot et de l'école élémentaire Gaveau Macé qui font la vie du quartier. Et les parents qui lui apportent des œufs, des légumes et des fruits, des pâtisseries orientales, malgré leurs faibles revenus. Elle dit « c'est la honte » devant ces largesses et ces dons. Elle « pense au Christ ».
Les voisins, les associations, la vie de quartier, et puis cette place, le plan St Jacques, cette vue…

Nous avons enfin rencontré l'archiprêtre de Béziers dans son presbytère.
Il est à Béziers depuis trois mois seulement et ne prétend pas connaître la ville à fond. Il dit les messes et forme les catéchistes.
Il est en accord avec la laïcité au sens du vivre ensemble, du respect mutuel, de la tolérance à vivre sa foi ou sa non-foi, de la connaissance et de la rencontre.
Il a participé à la rencontre interculturelle islam-chrétiens, avec les chrétiens de la Devèze, les musulmans, les pères Claude André, de la Devèze,  et Bernard Lapise, de Montpellier, qui a vécu au Petit Bard et en Algérie au contact des musulmans. A l'occasion de cette rencontre, il a pris contact avec Mehdi Roland (un des trois musulmans biterrois dénoncés par Ménard comme dangereux islamistes).


Il affirme la nécessité de l'échange, et croit aux capacités d'adaptation aux autres cultures.
Il attribue en partie la résistance globale des musulmans à leur perception des difficultés de l'église catholique qui se trouve en perte de vitesse et ils se braquent un peu pour ne pas subir ce type d'évolution.
Il souligne le caractère étymologique de « religio », collectivité, et se réjouit de l'amélioration de la cohabitation interreligieuse et de l'œcuménisme impulsé par le Pape en 1962.
La clé de la coexistence est l'approfondissement de la conviction de chacun, menant au dialogue et non à l'exclusion. Si les convictions de chacun sont assez étayées et solides, elles peuvent se risquer sans crainte au dialogue, voire à la confrontation avec les autres. Refuser cette discussion est un aveu de faiblesse.
Enfin, on évoque la présence des musulmans qui sont venus apporter aux chrétiens un message de sympathie et sont allés sur le parking de l'église de la Devèze durant la messe de minuit. Il y a vu une initiative liée au fait que les voitures des fidèles sont régulièrement vandalisées et que l’Église a été obligée d'engager un vigile, et les fidèles de la Devèze ont très bien reçu l'initiative.


En conclusion, des deux côtés, les religieux ont eu une attitude d'ouverture et de tolérance sans faiblesse, admettant complètement la non-croyance, ce qui contraste radicalement avec les discours de stigmatisation, de dénonciation et d'exclusion d'un maire très ostensiblement catholique.
En tout cas, et c'est leur conviction, le maire est élu pour être celui de TOUS les biterrois.