Une étude de l’INED et de l’INSEE pointe la ségrégation de la société française à l’égard des immigrés et de leur descendance

par Koniek

L’INED (Institut national d’études démographiques) et l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) ont présenté le vendredi 8 janvier une étude dénommée « Trajectoires et origines » menée auprès de 22 000 personnes en 2008-2009 et qui se donnait comme objectif d’étudier les effets de l’origine sur le devenir des personnes vivant en France métropolitaine. Elle est une véritable déconstruction des clichés et représentations liés à l’immigration, bien souvent mobilisée dans le débat public et politique.

L’appartenance à la France

Le premier lieu commun balayé est le sentiment d’appartenance à la France. L’immense majorité des immigrés et descendants d’immigrés se sentent « Français » ou « chez moi en France » (93% pour la seconde génération). Ceci ne signifie pas pour autant un abandon du sentiment d’appartenance à leur pays d’origine : nous avons pu observer la liesse des personnes d’origine algérienne lors de la qualification de la sélection nationale pour les quarts de finale de la dernière coupe du monde de football. « Les identités ne sont pas en concurrence mais se complètent ».  En outre, l’étude constate que la proportion des mariages mixtes, c’est-à-dire entre personnes enfants d’immigrés et personne sans ascendance migratoire, concerne 67% des garçons et 62% des filles de la seconde génération d’immigrés. Il y a de quoi s’interroger sur les discours relatant le communautarisme des immigrés et de leur descendance.

L’école, pivot d’une discrimination genrée des enfants d’immigrés

Du côté de la réussite scolaire, il y a une véritable différenciation selon les genres. Alors que les filles obtiennent des résultats identiques aux filles sans ascendance migratoire, ceux des garçons sont très inférieurs. Pis encore, «plusieurs indicateurs montrent que les fils de migrants occupent des situations inférieures à celles des migrants eux-mêmes», alors que pour les filles c’est l’inverse, note l’étude, qui pointe le rôle pivot de l’école. De même, la proportion des garçons d’origine maghrébine qui sortent du système scolaire sans diplôme est de 32% contre 16% pour la « population majoritaire ». Sans avancer d’explication, les chercheurs s’interrogent sur un «fonctionnement discriminatoire de l’institution scolaire à l’encontre des garçons sur le fondement de leur origine».

L’intégration sociale ne garantit pas l’intégration économique


L’intégration sociale des immigrés et leurs descendants « est en marche », alors que leur intégration socio-économique reste difficile. C’est là toute l’asymétrie que pointe l’étude. Ainsi, à diplôme égal, l’insertion professionnelle d’un enfant de migrant n’a pas le même rendement qu’un Français de lignée. Au-delà de la discrimination pour l’obtention d’un emploi, c’est dans la même veine que les chercheurs constatent qu’ils gagnent moins et qu’« ils acceptent plus souvent des postes déqualifiés et ensuite y progressent moins vite que leurs collègues qui ne sont pas issus de l’immigration ». Ceci s’observe également dans l’accès au logement ou aux loisirs. « Les cadres immigrés sont significativement plus confrontés au racisme que toutes les autres catégories socioprofessionnelles ». Toutes ces tendances, ces facteurs d’exclusion s’accentuent sur les garçons d’origine maghrébine, turque et subsaharienne. Ils sont ghettoïsés dans les ZUS (zones urbaines sensibles).

L’étude relègue le racisme anti-blanc comme un phénomène « minoritaire ». En revanche, une discrimination généralisée dans le système scolaire et professionnel, inquiétante, est mise en exergue ici.

Quand le débat public se concentre sur la problématique liée aux difficultés des immigrés et de leurs descendants à s’intégrer dans la société française, les résultats liés à cette étude tendent à décentrer cette problématique. En effet, il nous faut questionner les difficultés pour les Français de lignée à considérer les Français d’origine immigrée comme Français, interroger le repli sur soi de ces personnes, la peur générée par cet fantasme du « jeune de banlieue », et combattre les discriminations dans le monde du travail, que ce soit à l’embauche comme dans l’ascension professionnelle, salariale comme dans la prise de responsabilité.