La politique culturelle des mairies d’extrême droite est un grand sujet. Ménard a beau jeu de prendre pour slogan « Béziers libère la parole » pour les meetings que la municipalité organise. La parole « libérée » ne l’est que sous condition : elle doit toujours être réactionnaire et clivante.

Par Arsene


Les initiatives culturelles émanant d’autres organismes sont tout juste tolérées.

On voit bien l’écart : la mairie propose des spectacles sur Napoléon, des expos sur les Gaulois, les jouets anciens, des parcs farcis de paons avec Guignol. Nous sommes loin des initiatives en prise avec notre temps, avec des artistes engagés pour l’émancipation des peuples.

Ce n’est pas à Béziers qu’on verra une exposition comme celle de Sylvie Blocher, « S’inventer autrement », au CRAC (Centre Régional d’Art Contemporain - Sète). Elle déconstruit nos représentations, la vision autoritaire du monde qui nous aliène, et déclare : « L’altérité permet une autre conscience du monde » (C’est gratuit et jusqu’au 30 janvier 2016).


Sébastien Chenu, président du collectif « Création, culture et libertés » au sein du Rassemblement Bleu Marine a bien tenté d’atténuer l’image sombre des mairies frontistes dans l’émission « Soft Power » (France Culture – 27/09/2015). Il déclare :
« J’ai fait le tour des mairies Front national cet été pour notamment regarder un peu quelles étaient leur offre culturelle. (…) À Béziers, au Théâtre municipal de Béziers, viennent se produire l’ensemble des artistes possibles et inimaginables, de Michel Boujenah à Gad Elmaleh, donc pas uniquement des artistes qui sont des soutiens reconnus du Front national, vous vous en rendez bien compte, je l’imagine. Donc il n’y a pas en réalité, dans les villes gérées par le Front national, de dissonances en matière d’offre culturelle. Le public qui est dans ces villes-là, les habitants de ces villes-là, accèdent à l’ensemble d’une offre culturelle, et les villes, les élus qui gèrent les deniers publics, ont été élus sur un programme qui est : « Nous valoriserons, nous soutiendrons ceux qui valorisent notre ville». Par conséquent, ils subventionnent, comme dans chaque municipalité en France, ce qui permet de valoriser leur ville. Ils font des choix, « éditoriaux ».

 

Les choix « éditoriaux » à Béziers s’exécutent aussi manu militari

PQ


On s’interroge déjà sur l’effet d’une telle déclaration : les artistes programmés vont-ils  longtemps accepter d’être instrumentalisés et récupérés pour cautionner la prétendue ouverture culturelle de l’idéologie frontiste ? De toute façon, la municipalité d’extrême droite ne peut pas encore se permettre de censurer : ce serait contre-productif. Cela noircirait son image en mettant trop en évidence son penchant totalitaire. Mauvais pour les présidentielles…


Malheureusement, ce penchant existe. Tout tient dans l’idée de « valoriser la ville ». Les gens, les vrais gens, les pauvres, les rebelles à toute forme d’autoritarisme n’ont de toute façon pas leur place. L’association Cloch'Arts en fait les frais en ce moment à Béziers. C’est une association parfaite pour cette ville : elle fait du lien, propose des activités, des textes libertaires, des consommations à tarifs ultra abordables si bien que l’on y voit des gens qu’on ne voit nulle part ailleurs. Des étiquetés « exclus », « marginaux ». En fait, des gens qui ne sont pas soumis aux codes vestimentaires proprets « vus à la télé », des gens qui pensent librement, et qui n’ont pas peur des autres. On y voit des enfants aussi. Ce lieu donne de l’espoir.


Rien d’étonnant à ce que la mairie de Béziers ait envoyé à Midi Libre, le communiqué suivant : « Dans votre édition de ce mercredi 25 novembre en page 2, vous informez vos lecteurs que l’association Cloch'Arts organise, dans son local, 3 événements le jeudi 26, le vendredi 27 et le samedi 28 novembre.


La présidente de cette association ayant demandé à la Mairie l'autorisation d'organiser cette manifestation, les services de celle-ci ne l'ont pas accordée pour des raisons de sécurité. En effet, une visite des lieux a révélé de nombreux manquements à la réglementation en vigueur relative aux établissements recevant du public.


Dans l'hypothèse où l'association maintiendrait néanmoins ces événements, la ville de Béziers prendra toutes les dispositions nécessaires pour ordonner la fermeture de l'établissement et se réserve la possibilité d'engager des poursuites à l'encontre du contrevenant. Le maire est le garant de la sécurité publique et il lui appartient de faire respecter les lois et le règlement en vigueur. »

Une mairie d’extrême droite n’agit pas seulement à coups de subventions. Les municipalités frontistes ont aussi tout un contingent de lois pour faire plier les villes à leur image. Les choix « éditoriaux » à Béziers s’exécutent aussi manu militari. Pour le maire, les pauvres ne valorisent pas la ville. Il est maire de la 4ème ville la plus pauvre de France (métropolitaine), certes. Malheureusement, il défend davantage « l’image de la ville » que le bien-être et le « vivre ensemble » de ses administrés.