Tel est le cri poussé sous forme de lettre dans le Monde diplomatique de septembre 2015 par Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali. Elle rappelle les plus de 3000 noyés en Méditerranée parmi les migrants qui fuient la misère et les guerres, deux situations éminemment liées, et cela dans une indifférence à peine atténuée par quelques hypocrites et fugitives vagues émotionnelles.

par Khan Did


La principale préoccupation des nations dites « développées » est bien en effet de trier et redistribuer aux autres cette encombrante et persistante marchandise, la France ayant chevaleresquement accepté d' « accueillir » 24 000 migrants (sur 60 millions d'habitants : le grand remplacement…) et se préoccupant actuellement activement avant les régionales de dissimuler, en en  ventilant  les victimes dans divers centres de rétention, l'horreur absolue de « la jungle de Calais ».

 

Et malgré les trafiquants, Frontex, le risque de noyade, le flux ne se tarit pas…

 

Aminata rappelle que « nombreux sont ceux dont on ne parle déjà plus, ceux dont on ne parlera jamais, enfouis dans ces fosses communes que sont devenus le Sahara et la Méditerranée ». Son cri rejoint celui des mères maliennes qu’elle a rencontrées : « Nous n'avons pas revu nos enfants, ni vivants, ni morts. La mer les a tués. Pourquoi ? » Probablement parce que les pays dits développés enfantent des extrêmes droites, « des droites, et, comble de l'horreur, une partie de la gauche qui ne veut pas se laisser distancer dans la surenchère sur la protection des européens contre les barbares, occultant le pillage des richesses du continent (africain), les ingérences et les guerres de convoitise ». A la question « Pourquoi ? » répond l'autre question « L'Europe est-elle capable d'écoute ? ».1

« De nombreux citoyens européens ne reconnaissent pas le projet des pères fondateurs dans le bras de fer qui l'a opposée (l'Europe) au peuple et au gouvernement démocratiquement élu en Grèce jusqu'à ce que ceux-ci cèdent. Elle persiste ainsi dans l'horreur économique » ajoute Aminata Traoré. Et de rappeler les accords commerciaux, les accords de partenariat économique, les accords migratoires et militaires imposés de force en Afrique de l'Ouest, au nom de la libéralisation des échanges commerciaux, c’est-à-dire de l'abolition des protections douanières pour les productions agricoles locales. Et de dénoncer les réformes douloureuses, c'est-à-dire les mesures austéritaires imposées aux peuples au nom d'une dette injustifiée et infondée vis-à-vis de créanciers vautours, dette qui ne fait que croître au fur et à mesure que les peuples s'enfoncent dans la misère (cf la Grèce).2

 

Contre les migrants, c'est une option militaire qui a été choisie par l'Europe : Navfor Med, surveillance des côtes européennes.

 

Une mère de disparu réplique : « Faites en sorte que nos enfants puissent travailler et vivre dignement ici ». N'est-ce pas la solution qui mettrait fin aux morts injustes de ces malheureux que rien ne décourage, et qui couperait l'herbe sous les pieds aux partis xénophobes et au « tout-sécuritaire » développé pour nous faire nous tromper d'ennemis ? Et nous sommes malheureusement nombreux à tomber dans le panneau. A l'issue de la journée de réflexion du 11 juillet 2015 organisée à Bamako sur ce thème des jeunes migrants disparus, un participant répondait par avance au cri d’Aminata Traoré en ces termes : « Chère maman Yayi3, je suis moi aussi fils unique. Sèche tes larmes. La mer t'a enlevé ton fils ; dis-toi que nous sommes tous tes enfants ». Réponse de l'humain au barbare européen. La force n'est probablement pas où l'on pense ! A méditer…

 

1)Forum pour un autre Mali: www.foram-forum-mali.org
2)www.franceculture.fr/2015-07-27-tout-comprendre-de-la-dette-grecque-en-six-etapes#access-contenu.
3) Yayi est le prénom de la mère sénégalaise dont le fils unique  s'est noyé en 2006 et à qui  s'adresse la lettre d'Aminata Traoré.