En écoutant les informations à la télé, à la radio, ou des discours politiques savamment rédigés par des spécialistes de la communication, j'ai noté que tout comme dans le textile ou la téléphonie, le langage n'échappe pas aux effets de mode.

Oui, parfaitement, il existe des mots à la mode. « À la mode de CHEZ NOUS ! » diraient certains. Mais j'ai comme eu la désagréable impression que ces termes si prisés, à force d'être lancés à la cantonade, ont été pour ainsi dire vidés de leur sens premier voire détournés, utilisés, abusés pour qu'au final personne ne réussisse à y faire correspondre une définition commune. Et ça, c'est tout de même ennuyeux car si on ne s'accorde pas sur des définitions communes, le message de l'interlocuteur A arrive bien à l'interlocuteur B mais dans quel état ? Alors, moi qui aime les mots pour leur essence, leur racine, leur richesse, leur histoire, sans prétention aucune, je vous propose de faire un voyage au cœur du dictionnaire et des calendes latines afin de retrouver leur sens perdu...

« Ô mon peuple ! »
Peuple : nom masculin du latin « populus »
1 Ensemble d'hommes habitant ou non sur un même territoire et constituant une communauté sociale ou culturelle.
2 Ensemble d'hommes habitant sur un même territoire, régis par les mêmes lois, et formant une nation.
3 Ensemble des citoyens en tant qu'ils exercent des droits politiques.
4 Le peuple : la masse de ceux qui ne jouissent d'aucun privilège et ne vivent que de leur travail, par opposition aux classes possédantes, à la bourgeoisie...

Au regard de ces différentes définitions se pose une question : lorsqu'un homme politique se met à prononcer avec force et conviction devant une salle peuplée: « ô peuple français ! », à quelle acception fait-il référence d'après vous ?


« Nation : c'est pas un métro ça ? »

Nation : nom féminin du latin « natio », de natus, né.
1 Grande communauté humaine, le plus souvent installée sur un même territoire et qui possède une unité historique, linguistique, culturelle, économique plus ou moins forte.
2 Dans le domaine du droit : communauté politique distincte des individus qui la composent et titulaire de la souveraineté.

Donc si je vis en France, que je parle français, que je fais partie de l'histoire du pays dont je pourrais évoquer les grandes lignes, que je connais la culture française, voire que je la soutiens et qu'en plus je participe à sa vie économique, peut-on dire que je fais partie de la Nation Française? Mmm, voilà qui me fait comprendre certains discours sous un autre angle...


« État : est à toi, est à moi, et ta mine ! »

État : nom masculin.
Entité politique constituée d'un territoire délimité par des frontières, d'une population et d'un pouvoir institutionnalisé. (Titulaire de la souveraineté, il personnifie juridiquement la Nation.)

n'oublions pas que la peur est un sentiment
extrêmement perméable

Donc si je comprends bien : un bout de terre, des gens dessus et des chefs, ça donne un peu l'idée du visage de la nation quoi.
Là, j'admets qu'ils ne sont pas non plus super à la mode ces mots, mais j'entends parfois des échos comme ça, par-ci par-là donc je me suis dit que c'était pas mal de faire une intro en douceur... alors que je veux dire ceux qui sont trendy, bancable, c'est : responsabilité, sécurité, confiance, prospérité, immigration, pauvreté, danger, protection, mondialisation, communautarisme, frontière, j'ai même entendu désespérance... Pour cet article, j'en choisirai 3 qui me semblent particulièrement maltraités ces temps-ci : sécurité, confiance et responsabilité.


« Sécurité : est-ce que ce serait un grand monsieur costaud, qui porte un blouson noir avec des lettres phosphorescentes cousues dans le dos et des chaussures qui font mal si on nous écrase le pied avec ? »

Sécurité : nom féminin du latin « securitas » de securus, sûr.
1 Situation dans laquelle quelqu'un, quelque chose n'est exposé à aucun danger, à aucun risque d'agression physique, d'accident, de vol, de détérioration.
2 Situation de quelqu'un qui se sent à l'abri du danger, qui est rassuré.

Donc la généralisation de la vidéo surveillance, la suspicion systématique des démarches alternatives, ou encore contraindre un journaliste à dévoiler ses sources, ça participerait à notre sécurité ?


« Confiance : aie confiance, surtout en moi (et tout ira bien...) »

Confiance : nom féminin du latin « confidentia ».
1 Sentiment de sécurité de celui qui se fie à quelqu'un, à quelque chose.
2 Approbation donnée à la politique du gouvernement par la majorité de l'Assemblée nationale.

On dirait bien que la confiance et la sécurité partagent un même chant : « il ne peut plus rien nous arriver d'affreux, maint'nant... lalalalala... »


« Responsabilité : j'te jure, c'est pas moi, c'est les autres ! »

Responsabilité : nom féminin.
1 Capacité de prendre une décision sans en référer préalablement à une autorité supérieure.
2 Dans le droit : obligation de réparer une faute, de remplir une charge, un engagement.

Pour moi, le danger, c'est lorsque ces trois mots sont utilisés, martelés quotidiennement pour faire peur. Faire peur au plus grand nombre, qu'est-ce que cela permet ? Cela participe à vulnérabiliser un plus grand nombre encore, n'oublions pas que la peur est un sentiment extrêmement perméable. Installer un sentiment d'insécurité, rendre le groupe vulnérable qu'est-ce que cela permet ? Cela permet de lui faire perdre ses repères, le sens de l'autocritique et du jugement, le raisonnement en somme. Être face à un groupe qui ne raisonne pas, qu'est-ce que cela permet ? Cela permet que ce groupe désorienté recherche une figure de confiance externe plutôt que d'investir sa propre confiance en ses capacités de résolution. Alors quoi, tâchons d'être responsables...et restons vigilants au sens premier des mots.