La filiation de R. Menard avec l’OAS est multiple, par son père tout d'abord, par ses écrits (Boulevard Voltaire), par ses paroles (cimetière neuf), par ses actes (changement de nom de la rue du 19 mars 1962).

Par Didier

Mais aussi par sa violence verbale (conseil municipal), par ses menaces (journal de Béziers), par sa stratégie du buzz permanent (médias), par ses clivages incessants (politiques). À travers toutes ces filiations, R. Menard s'inscrit dans une stratégie politique qui non content d’avoir échoué, a provoqué un cataclysme humain en Algérie au moment de la décolonisation. Parce que R. Menard se revendique publiquement de l’apartheid colonial que défendait l’OAS en Algérie, nous vous proposons dans cet article de mesurer ce que fut l’OAS. Pour éviter ensemble que l’OAS ne ressuscite à Béziers.

Histoire de l’OAS (organisation de l’armée secrète)

Petit mouvement clandestin fondé vraisemblablement au début de l'année 1961 par Lagaillarde (1) alors réfugié dans l’Espagne franquiste, l'OAS regroupait initialement entre 200 et 300 activistes, essentiellement putschistes. Ses objectifs sont :

    •    rester fidèle au 13 mai 1958 (instauration du gouvernement de salut public par le général Massu à Alger, contre la politique de décolonisation)
    •    résister à la politique de désengagement gaulliste
    •    construire une Algérie « nouvelle »
    •    stopper le mécanisme des négociations engagées entre le FLN et l'état français.

Pour faire échouer les négociations de paix en cours, l'OAS pratique la politique du pire et enchaîne les actions terroristes. Dès le mois de mai 1961, des commerçants et des leaders musulmans, des fonctionnaires et des Européens soupçonnés de vouloir  « livrer l’Algérie aux bougnoules » sont assassinés.

Le 9 septembre 1961 à Pont sur Seine, l’OAS organise un premier attentat contre De Gaulle. À côté d'une action terroriste clandestine, l'OAS organise des grandes manifestations publiques qui cherchent à encadrer les Européens algériens. Le 9 octobre 1961, le général Salan annonce disposer d'une armée secrète de 100 000 hommes. Le 8 novembre 1961 à l’Assemblée nationale plusieurs députés du centre et de la droite défendent la représentativité de l’OAS. Un amendement dit « amendement Salan » obtient 80 suffrages. L’OAS tente d'infiltrer la police, l’armée, l’administration, pour faire passer ses idées.
Face à une menace de coup d'État et de sécession, l'État français organise la répression contre l’OAS, c'est l’époque des « barbouzes ». Face à cette répression, l'OAS s'enfonce dans la spirale terrorisme/contre-terrorisme. Un seul recours lui reste : organiser l'insurrection armée qui empêchera l’aboutissement des négociations avec le FLN. Les actions terroristes de l’OAS se transportent en France : 40 attentats entre le 15 et le 21 janvier 1962, 33 attentats entre le 22 et le 28 janvier, 34 entre le 5 et le 11 février. En Algérie, 801 attentats OAS, FLN, et « barbouzes » sont enregistrés entre le 1er et le 31 janvier 1962, qui font 555 morts et 990 blessés et 507 attentats dans la première quinzaine de février qui font 251 morts et 490 blessés.

 

En mai à Oran, quotidiennement, 10 à 50 musulmans sont abattus par l’OAS.

Quand s'ouvre la conférence de paix d'Evian, le 7 mars 1962, les commandos de l'OAS sèment la terreur dans toute l’Algérie. Alger et Oran particulièrement vivent dorénavant quotidiennement avec la mort. Dans un tract, le 21 mars 1962, les responsables de l’OAS proclament que les forces armées françaises sont considérées « comme des troupes d'occupation en Algérie ». Le 26 mars 1962, le commandement de l’OAS proclame la grève générale, dans une logique d'émeute, de guerre civile et de sécession. 46 personnes sont tuées et 200 blessées. Après cette fusillade et l'échec d'un putsch, l'OAS s'enfonce dans le jusqu'au-boutisme. Alors que les Européens d’Algérie commencent à quitter leur terre natale en direction de la métropole, alors qu'un referendum approuve le processus de paix par 90,70 % des votants, l’OAS organise « la politique de la terre brûlée ». Oran, la ville de R. Menard, est particulièrement touchée : assassinats individuels de musulmans, chasse à l’homme, explosions au plastic, tir de mortiers, voiture piégée sur les marchés. En mai à Oran, quotidiennement, 10 à 50 musulmans sont abattus par l’OAS.
Les responsables de l’OAS encore en liberté savent pourtant qu'ils ont perdu. L’armée française n'a pas basculé en leur faveur et la population européenne, malgré leurs consignes et leurs menaces, quitte l’Algérie. Malgré cet état de fait, à Oran toujours, le 7 juin 1962, l’OAS détruit à l'explosif la mairie, la bibliothèque et 4 écoles. L’accord signé avec le FLN le 18 juin 1962 à Alger par Susini pour l’OAS est refusé à Oran par l’OAS locale. Les 25 et 26 juin 1962, dans une ville recouverte par la fumée des incendies, les commandos de l’OAS attaquent et dévalisent 6 banques. Sur des chalutiers lourdement chargés d'armes et d'argent, les derniers commandos de l'OAS quittent Oran début juillet 1962 pour l’Espagne franquiste. Ils laissent en otage après leurs exactions les derniers européens qui seront massacrés le 5 juillet 1962 (voir EVAB n°7) .
Après un tel bilan, on ne peut que souhaiter que la stratégie de l’OAS ne renaisse pas à Béziers sous la férule d'un maire qui vient de recevoir en congrès en septembre les « nostalgériques » de l’OAS et de Veritas (voir EVAB n°7).

 

(1) Pierre Lagaillarde est un ancien avocat et député du département d’Alger, anti-indépendantiste et partisan de l’Algérie française
Les données chiffrées qui figurent dans cet article sont issues du livre de Benjamin STORA « Histoire de la guerre d’Algérie » édition la découverte