Analyse de l’activité Twitter autour des« hashtags » (ou « mot dièse ») #Béziers et #Ménard sur plusieurs mois.

Par Koniec

Les facultés à communiquer de la municipalité biterroise ne sont plus à prouver, tant sur son aptitude à créer des buzz qu’à surfer sur la crête de la légalité sans jamais, jusqu’à présent, tomber dans le précipice. Allons voir comment cela se déroule sur la twittosphère, écrin des justifications de nombreux journalistes pour traiter un sujet. N’avez vous jamais entendu ou lu « Ceci a beaucoup agité les réseaux sociaux ! » ?


Occurrences des coups médiatiques liés à Ménard

Voici la chronologie de l’activité ménardienne depuis l’affaire de l’armement de la police municipale en février 2015. Il manque certains évènements, mais la liste est tellement longue que je me suis arrêté aux plus marquants.

 

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Le retentissement médiatique de chaque évènement est différencié. J’ai représenté quantitativement l’intensité de cette couverture médiatique avec des histogrammes dans le graphique ci-dessus.

Nous pouvons observer une rythmicité bien établie dans la constitution des « Buzz » de Robert : la police armée en février, la rue débaptisée en Mars, les Galeries Lafayette en avril, le fichage des élèves en mai. Juin et juillet furent une période calme, les vacances et peut-être la volonté de calmer un peu le jeu après l’affaire du fichier des écoliers. Puis reprise en août avec l’affaire de la fessée dans le JDB et enfin la nébuleuse médiatique autour des migrants de septembre.

C’est sûrement l’affaire des fichages religieux des écoliers qui a fait le plus parler les médias, suivie de l’armement de la police municipale et les derniers événements liés aux migrants avec le photomontage et la vidéo réalisée à la Devèze.

Le mois de septembre a connu une intensification singulière des évènements. Les hypothèses explicatives pourraient se formuler par la volonté de réaffirmer sa présence à la rentrée ou alors celle de préparer le terrain des élections régionales de décembre prochain.

Esthétique de la réaction sur Twitter

Twitter, c’est le réceptacle de l’immédiateté, de la réaction. Ce réseau social épouse donc l’actualité au jour près. En ce sens, Twitter constitue un bruit, comme le brouhaha d’une foule, relayant une information, réagissant, faisant circuler des liens. En mobilisant un exemple récent et retentissant, je vais tenter de vous faire la démonstration du caractère épidermique des réactions des « tweetos » (utilisateurs) par rapport à un buzz.

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Modèle d’un buzz Twitter : Morano et la « race blanche » (infographie réalisée à partir du site Topsy)

 

Le 26 septembre 2015, invitée à l’émission « On n’est pas couché » de France 2, Nadine Morano déclare que la France est un pays de « race blanche ». La twittosphère, qui avait pas mal twitté dans les heures précédant l’évènement (Morano fait partie de ces personnages dont se moquent les réseaux sociaux), s’enflamme. Près de 8 000 tweets contenant le hashtag #Morano sont envoyés pendant le weekend alors que les jours précédents, son utilisation était proche de zéro.


Le 29 et le 30 septembre, c’est l’explosion de tweets lorsque son éviction à la tête de liste des régionales est évoquée et que Morano déclare « Si Sarkozy se présente, je le dézinguerai ». Il est question de près de 18 000 tweets en deux jours. Puis le buzz retombe et le dernier sursaut autour de ce hashtag sera la confirmation de son exclusion le 7 octobre (7 000 tweets en deux jours). Ainsi fonctionne la twittosphère : une réaction immédiate et massive face à un fait, mais qui retombe très vite, du commentaire, pas d’analyse, du bruit en somme.

 

Les Buzz ménardiens

Pour Ménard il n’y a pas de meilleure pub que l’indignation issue de ces réseaux sociaux.

 

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Les Buzz ménardiens (infographies qualitatives et non quantitatives)

 

Il en va de même avec les affaires qui agitent Béziers : un buzz, une réaction plus ou moins massive sur deux trois jours, puis cela s’affaisse. Cela est aisément visible sur la période février-mai.

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La séquence de septembre est plus atypique, car avec la fréquence des interventions et réactions, Ménard s’assure un bruit continu ponctué de buzz plus ou moins importants, Et c’est là peut-être sa stratégie.

 

Qui réagit aux buzz ménardiens ?

Ce qui est notable, c’est que la grande majorité des réactions sur Twitter sont le fruit de personnes qui réagissent plutôt négativement. Elles sont indignées, choquées. En face, les personnes qui supportent les agissements de Ménard sont bien souvent des personnes identifiées comme faisant partie de la désormais bien connue « fachosphère », bien organisée sur les réseaux sociaux. Nous sommes dans des formulations pauvres, mais qui produisent de l’activité sur Twitter.

L’autre enseignement majeur est la faiblesse de l’engouement de Twitter lorsque des actions contre Ménard et sa municipalité sont réalisées : manifestations en soutien des migrants, irruption de quelques opposants dans la salle du conseil municipal. Twitter n’a pas un goût prononcé pour la contestation classique, il n’a que faire d’une simple manifestation. Il est « buzzophile » : il lui faut des chemises déchirées, des petites phrases insultantes. La déclaration choc priment largement sur la réflexion de fond.

 

Enseignement de la « dialogique » Twitter-médias

Une étonnante et consternante « dialogique » s’est installée entre les médias et les réseaux sociaux. Les deux s’auto-entretiennent dans une spirale infernale : certains médias évoquent des informations ayant fait le « buzz » sur Twitter, mais ce buzz bien souvent est une émanation des brèves issues de ces mêmes médias.

Pire encore, pour Ménard il n’y a pas de meilleure pub que l’indignation issue de ces réseaux sociaux. Il surfe sur ce brouhaha, et ce bruit généré. C’est ça l’entourloupe, il brasse du vent, il fait de sa communication du vent et le vent est imperceptible sinon par l’activité des éoliennes de l’indignation sur l’espace médiatique. Ne nous y trompons pas, il y a pléthore de petits nazillons qui profèrent des insanités, mais sans relai médiatique, elles restent invisibles. La haine, la peur et le repli sur soi grandissent en France, et ce n’est certainement pas par Twitter que la résistance sera la plus efficace.