Le 12 septembre , le palais des congrès de Béziers a accueilli le congrès du Comité Veritas, dont le but affiché vise à rétablir la vérité historique de l'Algérie française. Soutenu par la majorité municipale, le maire ainsi que le député Elie Aboud affilié au parti les Républicains participeront aux débats.

Clairette

Depuis la débaptisation de la rue du 19 mars 1962 et le défilé des militants d'extrême droite au printemps dernier, une idéologie officielle assumée par R. Ménard se dévoile : le révisionnisme colonial. A la lecture de leur site internet, c'est la guerre d'Algérie et le sentiment de défaite qui est décliné sur un ton solennel et impartial. Ce site est enrobé de dossiers historiques alimentés par des auteurs de l'extrême droite. Des diaporamas où les photos d'Alger la Blanche succèdent aux portraits des « héros » glorifiés. Les pierres tombales et les monuments aux morts occupent une place prépondérante. La nostalgie s'appuie sur un vocabulaire vindicatif, impétueux, dénonçant la pseudo vérité officielle. La mort de De Gaulle y est fêtée, comme s'il fallait dénoncer la trahison du père de sa famille politique et ainsi justifier les attentats de l'OAS (1). Pas un mot sur les Algériens, la légitimité de leur sentiment d'indépendance. Sans autre protagoniste que des acteurs historiques en grande majorité décédés, le discours déroulé s'auto-alimente laissant au lecteur néophyte une sensation de complot. Une ambiance paranoïde vous enveloppe et permet de semer le doute sur des faits historiques et de dénaturer les nombreux travaux scientifiques menés sur la guerre de Libération de l'Algérie.

Ce nauséabond discours au relent révisionniste est parrainé par un comité d'officiers décédés. L'un des membres du bureau, Jean Marie Avelin, trop jeune semble-t-il pour avoir connu l'Eldorado est sommé de poursuivre la lutte : «Depuis la création de VERITAS, il incarne l'espoir de voir les générations à venir continuer le combat jusqu'à l'anéantissement du mythe gaulliste». Cette mission est entre autre formulée au nom de Pierre Sergent, officier français de la Légion étrangère mort en 1992, membre de l'OAS et du Front National (canal historique).

On l'aura compris, les organisateurs de ce très sérieux congrès ne vont pas rigoler et manger des cacahuètes, ils vont rétablir la Vérité sur le massacre d'Oran et ainsi justifier le déclin de la France, au passage en justifiant la violence passée et actuelle (2).

La lettre d'invitation rédigée par le vice Président du Comité Veritas A. Algudo ne laisse guère de doute, M. Avelin a un concurrent en la personne de notre cher maire, Bob Ménard, champion du sursaut national et homme de la situation face à « une gauche dont l’irresponsabilité́ dépasse, par son ampleur et ses conséquences prévisibles, celle que nous avons vécue en Algérie ». A croire qu’ Alain tente de faire une analogie entre la guerre en Algérie et la situation sociale et politique en France en 2015. C'est vrai qu'en termes de responsabilité, M. Algudo brille par son sérieux. Il s'est déjà fait remarquer par son discours tenu devant la stèle des rapatriés et des "martyrs de l’Algérie Française" au cimetière neuf de Béziers le 5 juillet 2007, « une apologie de l'OAS » d'après Henri pouillot (3).

 

Justifier un état de guerre

 

Plus loin dans l'invitation, la ritournelle bien connue de l’extrême droite qui vise à désigner l'ennemi est mise en application. Amalgame regroupant la ligue des Droits de l'Homme, des porteurs de valises en vu de soutenir les islamistes sanguinaires. Arrêtons-nous sur la forme et peut-être pourrez-vous me corriger car l’indigence de la syntaxe ampoulée mérite une relecture de nos internautes.

Attention c'est parti : « Robert Ménard est un compatriote qui fait face efficacement, par son aura médiatique nationale, à ces associations mortifères "droits de l’hommiste à sens unique", à ces partis et à certains médias promoteurs des nouveaux porteurs de valises de cette engeance allogène religieuse invasive qui, sans retenue, veut imposer, chez nous une idéologie qui ensanglante actuellement notre pays et le monde » (sic).

Pour votre gouverne, le terme « engeance » n'est pas seulement une catégorie de personne jugée digne de mépris. A l'origine cela désigne la race, en particulier chez les espèces volatiles. Le terme « allogène » est un adjectif  signifiant non indigène, population émigrée depuis peu. Le français a volé un mot à l'arabe pour désigner le type de phrase écrite par M. Algudo : « Alambiquée ». Pour nous expliquer la guerre des coqs entre le gallinacé français et celui du champ d'à côté !

En tout cas, avec un vocabulaire si belliqueux, on doit être en état de guerre. Si on les suit à la lettre, si on utilise les méthodes préconisées par nos prédicateurs, il faut relancer les actions de l'OAS, défense de l'identité Nationale par l'action armée. « Bien sûr que non », vous rétorqueront-ils. N'empêche que les mots sont là.

Pour justifier une politique municipale, le maire se réfère à une conception du monde délétère et en filigrane xénophobe et raciste. Le plus triste est le suivisme de son soi-disant opposant politique, M. Elie Aboud, qui ne manque pas de courtiser lui aussi les plus extrémistes des rapatriés de la guerre de Libération de l'Algérie dés que l'occasion se présente. Cette course à l’échalote pour un élu se réclamant du mouvement gaulliste en dit long sur la stratégie des républicains et de son délégué national.

Choc des civilisations, théorie du grand remplacement. Ces concepts ultra-conservateurs et xénophobes ont été digérés par les nostalgiques de l'Algérie française qui trouvent une continuité à leurs discours vieillissants. Les connexions dorénavant assumées par des politiques élus (entre des courants de pensées auparavant différents voir opposés) entérine une conception du monde paranoïaque, ou l'autre nous volera notre identité, comme il a volé l'Algérie.

Sans même évoquer les Algériens morts pour défendre leur liberté, nombre de Français sont restés en Algérie partager le territoire et le destin de la population avec laquelle ils avaient choisi de vivre. Une minorité jusqu'au-boutiste accrochée au souvenir du bien vivre entre soi, privilège du pouvoir colonial, continue d'entretenir l'idée que la guerre à outrance aurait sauvée la France et les Algériens. Réunis en particulier au sein du congrès Veritas, ses membres peuvent se réjouir du soutien institutionnel et politique dont ils bénéficient pour instaurer le sentiment d'un état de guerre « d'urgence » comme disent nos représentants politiques locaux. 50 ans ont passé et c'est à Béziers qu'ils vont rêver du bon vieux temps.

1 OAS : l'Organisation Armée Secrète, ou Organisation de l'Armée Secrète, surtout connue à travers le sigle OAS, est une organisation politico-militaire clandestine française créée le 11 février 1961 pour la défense de la présence française en Algérie par tous les moyens, y compris le terrorisme à grande échelle.

2 Lire l'article de Didier  dans la rubrique « Décrytage » de ce numéro d'EVAB

3 Henri Pouillot est un appelé pendant la guerre de Libération de l'Algérie, de juin 1961 à mars 1962 affecté à la Villa Susini, haut lieu de séquestration et de torture des membres supposés du FLN par l'armée française. Le général Ossares et J. M. Le Pen ont sévi dans cette ancienne maison de notaire devenu le QG des légionnaires du 1er REP lors de la bataille d'Alger. H. Pouillot raconte son expérience dans un livre intitulé « La Villa Susini » et dans un autre intitulé Mon combat contre la torture. Militant des Droits de l'Homme et antiraciste, il tient un site instructif où il réagit sur l'actualité.