Pendant l’été, les instituts de sondage nous ont expliqué que la principale préoccupation des  membres de l'Union Européenne est l'immigration, devant les questions économiques et le chômage.

Par Abdelslam Gaudoneix

Cela me conforte dans l’idée que ceux qui commandent les sondages veulent avant tout prouver quelque chose pour justifier leurs actes. Dans le cas qui nous concerne, c’est pour justifier une politique xénophobe.

En effet, devant une actualité qui nous montre des immigrés qui périssent en Méditerranée, ou qui sont bloqués aux frontières, il y a deux positionnements pour le citoyen :

- ou il prend fait et cause pour ces malheureux, et demande une politique plus humaine à ses gouvernants,

- ou bien il a peur, et exige une politique plus dure envers ces immigrés.

Et ce tapage médiatique avec sondage à l’appui nous montre bien quel positionnement doit prendre le citoyen si bien éclairé par nos médias. Depuis longtemps, nous sommes abreuvés de chiffres qui voudraient nous faire croire que nous avons beaucoup trop d’immigrés.

Le Monde du 6 août a le mérite de publier un article sur les « 7 idées reçues sur l’immigration et les immigrés en France » (1). Et systématiquement, ces idées reçues sont combattues, chiffres à l’appui.

« Sept idées reçues sur l’immigration »

 

Ces sept idées reçues, avec en résumé la conclusion :
 
1. « Il y a une hausse massive de l'immigration en France »

En trente ans, il y a eu une hausse de 1,2 point de la part d'immigrés (de 7,2 % à 8,4 %).      On est bien loin d’une hausse massive !
 
2. « Il y a une "explosion" des arrivées de migrants en Europe depuis deux ans »

On constate une hausse pour 2013, mais qui fait suite à une baisse en 2012. Sur trois ans, la tendance est plutôt stable : 104 000 migrants illégaux recensés en 2010 et 2009, 107 000 en 2013. De même, le nombre d'étrangers en situation irrégulière appréhendés est stable depuis trois ans, lui aussi, en Europe. Ces données permettent là aussi de relativiser la vision de millions de réfugiés qui se presseraient aux portes de l'Europe.
 
3. « La France accueille plus d'immigrés qu'ailleurs en UE »

La France a moins d'étrangers sur son sol que la plupart de ses voisins européens. Elle se situe, au niveau mondial, à la 80e position pour l'immigration, derrière les Etats-Unis ou de nombreux autres pays européens. La France n’est donc pas un pays qui accueille beaucoup d’immigrés.
 
4. « La citoyenneté française est "bradée" »

Si on regarde la part des Français par acquisition – ceux qui sont devenus français par naturalisation - dans la population depuis 1960, on est bien loin de l'explosion (de 2,8 % en 1962 à 4,5 % en 2011).
 
5. « Les immigrés viennent massivement "toucher des allocations" »

Les titulaires d'une carte de séjour ou de résident doivent justifier de leurs ressources : au minimum 1128 euros par mois sur la dernière année pour une famille de deux ou trois personnes. Ces 1128€ doivent provenir d'une activité.
 
6. « On accorde le RSA à tous les étrangers dès leur arrivée » 

Il faut un statut d'immigrant régulier – c'est-à-dire avoir un titre de séjour - pour toucher des aides sociales. Et surtout, le RSA, par exemple, n'est accordé qu'au bout de cinq années de résidence en France.
 
7. « L'immigration ruine les finances publiques »

La contribution nette globale de l'immigration au budget de l'Etat serait ainsi positive et de l'ordre de 12 milliards d'euros pour l'année 2005 ; un immigré aurait effectué en moyenne un paiement net de l'ordre de 2 250 euros, contre un peu plus de 1 500 euros pour un Français. (Telle est la conclusion d’une étude sur le coût de l’immigration de l'économiste Xavier Chojnicki, commandée  par le gouvernement). L’immigration, loin de ruiner les finances publiques rapporte donc à l’Etat !

On compte plus de Latinos en Californie que de « blancs » !

Ce débat sur la place des étrangers dans notre population est bien étrange quand on sait que depuis 2013, la Californie, Etat le plus peuplé des Etats-Unis – et le plus riche, avec un PIB supérieur à la France –, compte plus de Latinos (population venant d’Amérique Centrale ou du Sud) que de « blancs américains » ! Ce « déséquilibre » n’a pas ému plus que cela les Californiens. Il faut dire que les médias n’ont pas poussé dans ce sens. Et la Californie ne s’en porte pas plus mal.

Si vous parcourez les rues de Vancouver, vous vous rendrez vite compte que plus de la moitié de la population est asiatique ! Et Vancouver est la ville la plus dynamique du Canada ! Certains diront que ces exemples viennent de « pays neufs ». Et alors ? On y vit dans ces pays, et le « blanc » ne trouve pas grand-chose à redire à cette situation.

Ceux qui défendent bec et ongles l’identité nationale ont peur d’être envahis. Ils feraient mieux de s’inquiéter d’une invasion plus radicale : l’américanisation de notre style de vie. Elle passe par Coca Cola, Mac Do, les OGM, les feuilletons américains, Halloween, etc.… Sans parler de notre alignement systématique sur la politique américaine, avec notamment la négociation en cours sur le Traité Transatlantique (TAFTA), pour ne citer qu’elle. On a plus à craindre la colonisation américaine que l’invasion de notre territoire par les immigrés. Mais ce n’est pas ce que l’on veut nous faire penser.

(1) Voir sur Internet, l'article du Monde : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/08/06/sept-idees-recues-sur-l-immigration-et-les-immigres_4467506_4355770.html