Dans un fatras sémantique qui mêle le droit romain aux procès de Nuremberg, les « nostalgériques » du mouvement Veritas vont tenir un congrès à Béziers le 12 septembre 2015. Ils seront accueillis par le maire de la ville (extrême-droite), son député (droite extrême) et son altesse sérénissime le prince Sixte Bourbon de Parme (arrière-petit-fils de Charles X qui, depuis qu'il a perdu le trône de France, semble noyer son chagrin dans l'alcool et le jambon).

Par Didier

Une nouvelle fois, la thèse du seul meurtre des Européens à Oran le 5 juillet 1962 va être rabâchée par les mal nommés de Veritas.

Les remerciements adressés au maire de Béziers par Veritas frisent la prosternation et l'adulation.

 

Adulation et prosternation qui ne sont pas sans fondement puisque, le 5 juillet dernier, le maire de Béziers se recueillait devant la tombe des généraux factieux de l’OAS au cimetière vieux. Il y développa, lui aussi, la thèse du seul meurtre des Européens. Cette thèse est une construction idéologique de l'OAS qui vise à légitimer a posteriori son célèbre positionnement : « la valise ou le cercueil ».

Une violence réelle

Il y a bien eu un massacre le 5 juillet 1962 à Oran, 3 mois après les accords de paix d'Evian, 2 jours après la reconnaissance officielle de l'indépendance de l’Algérie, quelques heures avant sa proclamation. Ce massacre est le fait de différentes factions armées algériennes à l'encontre de civils européens et musulmans (plusieurs centaines de personnes).  

 

Une violence réciproque

A la fin de l'année 1960, le FLN commence à se fondre dans la population musulmane d’Oran (220 000 personnes). Durant l'été 1961, l’OAS fait de même dans la population européenne (213 000 personnes). Dans une ville où le terrorisme était contenu, cette double infiltration provoque un déferlement de violence : aux attentats du FLN répliquent ceux de l'OAS et vice versa. Ces attentats dressent les populations les unes contre les autres. Chacun voit dans l'autre le possible complice des terroristes adverses. Confrontées à un sanglant chaos, les autorités sont conduites à séparer les deux communautés, ce qui va avoir des conséquences dramatiques. Oran est alors un champ de bataille ou s'affrontent, FLN, OAS, barbouzes et forces armées françaises. Les habitants d’Oran, victimes et otages, vont payer au prix fort leur dépendance aux stratégies de terreur, de contre terreur et de répression.

Une violence sélective

Dans ce contexte pourquoi ne retenir, comme le font Veritas, Ménard, et l’OAS, le seul massacre des Européens ?

Tous ces nostalgériques sont dans une construction idéologique qui se sert des réels massacres d'Oran d'hier pour légitimer une ligne politique de ségrégation actuelle entre Européens et populations arabes. Cette ségrégation fonde un impossible « vivre ensemble » au nom de différences instituées comme indépassables. Cette logique de ségrégation est la même qui animait l'OAS en Algérie.

S'il est vrai que des factions armées algériennes ont tout fait pour provoquer à Oran une fuite des Européens (rejoignant en cela l'OAS), il ne faut pas oublier que la ségrégation qui régnait en Algérie est une des conséquences de la colonisation (jamais critiquée par l'OAS et les « nostalgériques »). Nous ne sommes donc pas dans le questionnement de la poule et de l'œuf ! C'est bien la forme qu'a pris la colonisation en Algérie qui est la poule. L'œuf de la violence et des massacres n'a été que la résultante des terreurs et contre-terreurs de l'OAS et du FLN.

Quelle reconnaissance, de quelle violence?

Comme il a - trop partiellement et trop tardivement - reconnu les massacres du 17 février 1961 en France (massacres dits de Charonne), l'Etat français doit reconnaître les massacres d'Européens et de Musulmans à Oran le 5 juillet 1962. Laisser le seul souvenir de ce massacre aux « nostalgériques », c'est maintenir la mémoire sélective de l'OAS et légitimer sa propension à édifier actuellement de nouvelles barrières entre communautés au nom d'une lecture tronquée du passé. Ici aujourd'hui à Béziers... et demain dans toute la France.