Paul Jorion [1], économiste, sociologue belge, fut le premier à déclarer sur les plateaux de télévision cette chose invraisemblable ! Nous savons tous que nos hommes politiques de tous bords luttent contre ce fléau social, le chômage. Pas un média ne reprend cette annonce ! Et pourtant…

Dès 1995, à San Francisco, se tenait le premier forum sur « l’état du monde », à l’Hôtel Fairmont.
Les puissants de ce monde, des hommes politiques comme Mikhaïl Gorbatchev, George Bush, Margaret Thatcher, Vaclav Havel ou des hommes d’affaires comme Bill Gates, Ted Turner – un magnat des médias – ou Washington Sycip, etc. se sont rencontrés pour analyser l’état du monde, pour fixer des objectifs souhaitables et les moyens de les atteindre, et définir une politique globale utile à leur mise en œuvre.
Ce beau monde est parvenu à la conclusion que la mise en place d’une « société 20/80 » était inéluctable – à savoir une société dans laquelle le travail de 20 % de la population mondiale sera suffisant pour soutenir la totalité de l’appareil économique de la planète. La population restante (80 %, donc) s’avèrera superflue, et, ne disposant pas de travail ni d’aucune forme d’occupation, nourrira une frustration croissante.

20 % de travailleurs et le tittytainment !


L’avenir, les pragmatiques du Fairmont le résument en une fraction et un concept (extrait du livre Le piège de la mondialisation de Hans-Peter Martin et Harald Schumann) :

« - Deux dixièmes (20 % de travailleurs)
- et «tittytainment» [2], c'est-à-dire un mélange d'aliments physique et psychologique, pour endormir les masses et contrôler leurs frustrations et protestations prévisibles pour les autres 80 % de chômeurs.

Dans le siècle à venir, deux dixièmes de la population active suffiraient à maintenir l’activité de l’économie mondiale. « On n’aura pas besoin de plus de main-d’œuvre », estime le magnat Washington Sycip. Un cinquième des demandeurs d’emploi suffira à produire toutes les marchandises et à fournir les prestations de services de haute valeur que peut s’offrir la société mondiale. Ces deux dixièmes de la population participeront ainsi activement à la vie, aux revenus et à la consommation – dans quelque pays que ce soit. 
Mais pour le reste ? Peut-on envisager que 80 % des personnes souhaitant travailler se retrouvent sans emploi ?

Les 80 % restants vont avoir des problèmes

« Il est sûr, dit l’auteur américain Jeremy Rifkin, qui a écrit le livre La Fin du travail, que les 80 % restants vont avoir des problèmes considérables.» Le manager de Sun, John Gage, reprend la parole et cite le directeur de son entreprise, Scott McNealy : à l’avenir, dit-il, la question sera « to have lunch or be lunch » : avoir à manger ou être dévoré. Cet aréopage de haut niveau qui était censé travailler sur «l’avenir du travail» se consacre ensuite exclusivement à ceux qui n’en auront plus.

Les participants en sont convaincus : parmi ces innombrables nouveaux chômeurs répartis dans le monde entier, on trouvera des dizaines de millions de personnes qui, jusqu’ici, avaient plus d’accointances avec la vie quotidienne confortable qu’avec la lutte quotidienne pour la survie à laquelle doivent se livrer les titulaires d’emplois précaires. C’est un nouvel ordre social que l’on a dessiné au Fairmont. »

La diminution du temps de travail, c’était le progrès

Jusqu’à présent, depuis le XIXème siècle, la diminution du temps de travail, c’était ce qu’on appelait le progrès : la machine libérait l’homme. Cette diminution du temps de travail obtenue par des luttes, ce fut les conquêtes sociales des siècles passés.

Aujourd’hui, le processus continue : l’homme est capable de créer toujours plus de richesses avec beaucoup moins de travail humain, mais ce n’est plus pour libérer l’homme, mais pour l’exclure du système productif. Le travail disparaît, les chômeurs sont de plus en plus nombreux, mais ceux qui travaillent doivent travailler plus et plus longtemps !
Plus grave encore, nos gouvernants actuels généralisent le contrôle des chômeurs, en sachant pertinemment que ça ne fera pas baisser le chômage. Il y a de la malhonnêteté intellectuelle à vouloir lutter contre le chômage en s’attaquant aux chômeurs.

 

[1] Auteur de Misère de la pensée économique . Voir dans la rubrique bouquin, la fiche de lecture.

[2] Brzeziński définit le tittytainment, comme une combinaison des mots anglais « tits » (« seins » en argot américain) et « entertainment ».

C'est une forme de censure, propagande et désinformation dont l'objectif fondamental consisterait à minimiser, aux yeux des citoyens des pays démocratiques occidentaux, les effets nocifs que le type particulier de mondialisation qui est développé dans le monde serait en train de causer, dans la majeure partie de la population mondiale, ainsi que dans l'écosystème.

Le mot tittytainment fut utilisé pour la première fois en 1995 par l'idéologue néolibéral Zbigniew Brzezinski, membre de la commission trilatérale et ex-conseiller du Président des États-Unis Jimmy Carter, pendant la conclusion du premier « State Of The World Forum », dans l'Hôtel Fairmont de la ville de San Francisco.

On retrouve également cette expression dans les ouvrages de Philippe Aigrain et notamment dans son livre Cause Commune (2005). L'auteur se sert de ce terme pour aborder le

phénomène culturel de la mondialisation et plus particulièrement l'impact sur l'ensemble des foules des médias de masse qui proposent des contenus de qualité discutable pour maintenir le peuple dans l'insouciance. Ce qui leur permet de conserver leur autorité.