Comment expliquer les succès du Front National dans le biterrois ? Au soir du dimanche 30 mars 2015, la sentence tombe ; dans les 3 cantons du biterrois le FN gagne au deuxième tour des départementales :

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⁃    Dans le canton 1, le duo frontiste fait 54,60 % soit 7896 voix
⁃    Dans le canton  2, le score est de 54,14 % soit 5846 voix
⁃    Dans le canton 3, les résultats frisent les 60 % avec 59,18 % soit 8452 voix
⁃    Dans le canton 4, seulement 43 voix séparent le PS du FN qui, bien que second, fait 49,87 %  soit 8122 voix (un recours a été déposé par le FN ce qui peut entraîner l’invalidation de l’élection).
Une tâche brune s’étend sur le biterrois, nous sommes nombreux à nous demander si elle est irréversible. C’est ce que nous allons tenter de décrypter dans cet article.
Pour  comprendre ce qui se passe dans le biterrois, il faut d’abord dire que notre bassin d’emploi est depuis 20 ans sur le podium des zones économiques et industrielles sinistrées de France. Cette constance génère bien sûr de la misère sociale, du paupérisme, du chômage et de la désespérance. Dès que cette alchimie est en place, l’histoire prouve que la stratégie des boucs émissaires trouve un écho auprès de larges couches de la population.    Face à ce paupérisme chronique, endémique, Ménard, loin de le combattre, fait de la propagande. Dans une désignation d’autres à la vindicte populiste, il désigne des coupables sans changer les causes du mal. Le premier effet de cette stratégie qui tient par la communication est de consolider un socle électoral sur des thèses nationalistes et identitaires.


Cette stratégie n’est qu’en partie gagnante.  En effet si elle installe un socle électoral sur la ville, elle ne le fait pas progresser (baisse de près de 3000 voix dans Béziers ville entre les élections municipales et départementales). Sur les villages du biterrois, la situation est tout autre.


Lors des dernières élections européennes l’importance du vote FN était déjà inquiétante, on pouvait croire qu’elle était liée à la question européenne et à un vote de protestation. Il n’en a rien été ! La leçon des européennes dans le biterrois c’est que quand le vote FN s’installe,  d’élections en élections il perdure.
Cette stabilisation /progression du vote FN tient avant tout au fait que les questions de bassin d’emploi sont identiques dans un rayon de 30 kilomètres autour de Béziers. Les villages dortoirs du biterrois ne peuvent être dissociés de la ville de référence. A contrario, par rapport aux européennes, la question de la stabilisation du vote est moins forte dans les cantons excentrés du biterrois.


Sur ce point on peut donc déduire que le vote FN n’est pas anecdotique, voter FN c’est franchir un cap, un pas, il est difficile de revenir en arrière, y compris pour des élections à très forte connotation pragmatique comme les départementales.

 

Voilà pour la droite, mais en face pourquoi le PS s'est-il effondré? Pourquoi la gauche de la gauche n'a-t-elle pas percé ?

 

L’autre donnée importante est l’effondrement de l’UMP locale. Dans les trois, quatre cantons du biterrois la droite s’est autant effondrée que lors des élections municipales sur Béziers ville. Là aussi l’électorat rompu au discours de la droite populaire est passé avec armes et bagages dans le camp de l’extrême droite.
L’autre donnée est la bascule de l’ex vote CPNT vers le FN. Ce mouvement quasi invisible a fait basculer par la non représentation le score conséquent des ex-CPNT vers le FN. Voilà pour la droite, mais en face pourquoi le PS s’est-il effondré ? Pourquoi la gauche de la gauche n’a-t-elle pas percé ?
L’effondrement du PS est bien sûr national, lié à la politique libérale du gouvernement, mais il est aussi local. Le PS local est miné par une guerre des chefs qui a vu une fausse paix des braves se réaliser à l’occasion des départementales suivant les recettes qui ont cours rue de Solferino (partage des cantons et du supposé pouvoir). On peut aussi citer la déroute idéologique des municipales où le PS appelait à voter UMP (droite populaire) pour faire barrage au FN, comme citer le refus d’un des candidats socialistes de pérenniser un front antifasciste pourtant porté sur les fonts baptismaux entre les deux tours des élections municipales.


Le difficile maintien de la gauche de la gauche était lui aussi prévisible. Parce que les dirigeants du PCF sont localement contre le front de gauche, parce qu’ils pensent que leur parti doit être en position de leadership. Parce qu’ils ont peu de considération pour leurs supposés alliés locaux le PG et ENSEMBLE.  De ce point de vue, les départementales comme les municipales furent un immense gâchis. Déclaration unilatérale du PCF pour un front populaire biterrois qui associe le PS plusieurs mois avant les départementales. Rupture des négociations et retour vers le PG et ENSEMBLE. Proposition d’un partage des cantons auto décidé par le seul PCF. Refus sur le fond et sur la forme du PG et d’ENSEMBLE.  Au final la gauche de la gauche fait aux départementales un score quasi identique à ces 10 dernières années.


Comment en sortir et éviter que la tâche brune s’agrandisse ?
Dans un tel contexte, tout ou presque, est à reconstruire. Cette reconstruction ne peut être que large, unitaire, pluraliste, citoyenne et associative. Les partis ont toute leur place dans cette reconstruction, mais ils doivent être au service du mouvement et pas se servir du mouvement. Dans les nouveaux modes de représentation à inventer, les partis devront garantir que la représentation citoyenne et associative ne soit pas minorée et qu’une équivalence dans les modes de représentation pourra être inventée. Pour aller vers un SYRIZA ou un PODEMOS à la biterroise, il faudra garantir cette configuration.  Le mouvement, lui, est en marche, il a montré en plusieurs évènements et manifestations sa capacité à s'afficher dans les configurations les plus larges : manifestation de la rue du 19 mars, printemps des peuples, soirée «  les citoyens libèrent la parole . » . .


Il a montré sa force et sa pérennité. Il a montré qu’il était la seule source de recomposition unitaire locale contre l’extrême droite. Il reste maintenant à associer sur des bases  paritaires enfin garanties mouvements, associations, citoyens et partis, c’est notre prochain chantier !