Une catastrophe, un séisme, un choc ? Les dernières départementales et les scores importants de l'extrême droite n'ont pas manqué d'émouvoir les militants, les républicains, les gauchistes dont je fais partie.

flamme

Il est indubitable que les résultats de ces dernières élections ne manquent pas d'inquiéter, de nous inquiéter.

Mais cela constitue-­t-­il une surprise ? Tombons-­nous des nues ? N'était­-ce pas prévisible ? N'est-ce pas un maire d'extrême droite qui a été élu ici il y a un an ? De quelle surprise parle-­t-on lorsqu'il s'agit d'un mouvement de fond qui s'opère dans une grande partie du Languedoc-Roussillon et de la région PACA ?

 Le vote est la photographie d'une expression, un focus sur une mouvance, une dynamique au long cours. S'il y a une information qui n'en est peut-­être pas une, mais qui s'affirme véritablement dans ce scrutin, c'est que ce n'est pas uniquement le personnage Ménard avec sa communication habile qui a emporté le cœur de la majorité des électeurs s'étant exprimés au printemps 2014 à Béziers, c'est beaucoup plus que ça. Nous avons affaire à un glissement progressif des populations dans une adhésion aux discours frontistes. Ceci n'est pas soudain, non, ceci n'est pas d'hier non, ceci ne s'amenuisera pas demain non plus. Nous n'en sommes plus à stigmatiser seulement un maire, il n'a pas opéré un coup d'État. Et puis, dans tout l'Hérault, ce n'était pas lui qui représentait l'extrême droite, il n'était d'ailleurs lui­-même pas candidat. La sanction démocratique de cette élection fait peur, oui. Remettrions­-nous en cause le bien fondé démocratique ?

 

La vacuité des débats politiques favorise [...] les discours démagogiques.

 

Pierre Bourdieu rappelait souvent qu'il fallait se méfier des « fausses ruptures » et des « apparentes continuités ». Nous y sommes. Les élections nous crisperont de plus en plus, c'est probable, mais c'est la stagnation apparente des schèmes sociaux qu'il faut guetter. Un glissement lent mais lourd s'opère dans le corps social : la perte de confiance envers les institutions, les principaux partis politiques divisés, désidéologisés, exsangues, la paupérisation et le délaissement des plus fragiles.

 Une lame de fond avance, puissante. Elle ne vient pas du Front National mais bien d'un mouvement généralisé, de masses de citoyens ayant girouetté à droite, à gauche, se tournant vers un nouvel essai ou s'abstenant, lassées. Lassées d'une oligarchie qui n'œuvre pas pour la communauté, mais aussi des autres partis d'opposition qui s'entredéchirent, s'allient et se défont en interne et externe. La vacuité des débats politiques favorise plus que jamais les discours démagogiques, les discours de la peur et l'analyse simpliste de la réalité sociale.

Je suis préoccupé par mon cynisme, je ne demande qu'à me tromper. Mais ce que je veux exprimer ici, c'est que ce sont les évolutions sociétales sous­jacentes et insidieuses qui sont alarmantes, bien plus que les épiphénomènes électoraux.