« Venez nombreux saluer la mémoire d'un héros français ! » Facile à dire ! C'est un peu comme « Libérer la parole ! » : on le crie haut et fort, mais quand il s'agit de gérer l'affluence ou de faire face à ceux qui ont des choses à dire, alors là, c'est une autre affaire !

Non, je n'ai pas regretté d'aller traîner mes savates avec les copains, samedi 14 mars, à l'inauguration moisie de la « rue du commandant Denoix de Saint Marc ». Mais faut avouer que c'était pas plaisant de voir ça.

 

karak ruesEn fait, seuls les partisans de Ménard étaient invités. Dans le JDB, on nous disait de venir nombreux (n°8 du 1er mars 2015, p.13). On n'avait pas précisé qu'il fallait être partisan. Le «Venez nombreux » s'adressait uniquement aux anciens combattants de la guerre d'Algérie, aux anciens de l'OAS, aux nostalgiques du temps des colonies. Les autres, eux, n'avaient pas le droit d'approcher.

D'un côté les vieux à toque verte de traviole, et médaillés, arborant fièrement les drapeaux français. Les vieux bien dociles, qui la ferment comme il faut pendant les discours réactionnaires. Parce qu'il y en a eu, du discours réactionnaire : le maire en a appelé à la grandeur passée de la France. Ah, les colonies ! L'idéologie était même envoyée en musique : des chansons militaires sur l'OAS, notamment, dont on n'aurait même pas idée. Les vieux sont repartis dans leurs bus affrétés pour l'occasion, pour la commémoration du bon vieux temps.

 

De l'autre côté, les pas d'accord. Ceux­-là étaient bien canalisés. Dans l'espace : derrière des barrières et des rangées de flics. Symboliquement, les flics mitraillaient ostensiblement les administrés pas contents de photos et de films. Acoustiquement : les chants militaires étaient crachés de hauts-­parleurs orientés sur les contestataires. Dispositif torve pour miner le moral de l'ennemi ou seulement pour couvrir le bruit de la contestation ? Les deux, mon général ! Peut-­être. Allez savoir.

 

C'était vraiment moche de voir ça.

 

C'était quand même bien chiadé, leur truc ! ça donne une idée assez précise de la conception du «peuple » selon Ménard : celui qui la ferme et applaudit va avoir droit à quelques gâteries. Celui qui n'est pas d'accord et le dit est mis au banc, traité dans le plus grand mépris. C'est ainsi que nous, les amoureux de l'Algérie libre, de la France multiculturelle, nous, les antimilitaristes, nous, les écœurés des tortures initiées en Algérie, et exportées dans les dictatures d'Amérique Latine, nous étions là, parqués, inaudibles, réduits à brailler comme des bêtes.

 

reac sans frontieres

 

C'était vraiment moche de voir ça. Fallait pourtant bien s'y coller pour vous rapporter les méthodes appliquées, qui n'ont rien de démocratique. Bien au contraire ! Un maire sain d'esprit ne mettrait pas en place dans sa ville une action impopulaire. Un maire n'est tout de même pas là pour troubler l'ordre public ! Mais là l'homme, mélanome seul contre tous, au milieu d'un passé ressuscité et grabataire, environné de vivantes reliques venues des quatre coins de France, musèle les habitants de sa ville, forcément consternés.

 

Il a beau jeu après de s'autoproclamer « Libérateur de parole » : on l'a vu à l'œuvre à l'extérieur. Maintenant on peut le dire : le hors-­d'œuvre façon Ménard n'était pas fameux.