C'est amusant à sa façon, dans l'une des villes les plus pauvres de France, de programmer une « résurrection » par le luxe. L'équipe municipale qui épingle les journalistes (le « landernau médiatico­bobo parisien s'est affolé », lit­on dans le JDB n°9 du 15 mars 2015, p.3) reproduit exactement les mêmes travers.

luxeQue reproche­t­on à la presse ? D'avoir monté en épingle la vague de protestation devant sa campagne du Beretta : les détournements tournant en ridicule l'affiche dont Ménard est si fier résulteraient d'une manipulation de la presse.

Loin d'admettre qu'il a commis une erreur de communication grossière, Ménard se cache derrière « le peuple » : selon lui, le peuple validerait à 72% son idée du Beretta. Il crée une opposition entre le peuple et ses détracteurs, parce que selon lui RMC et M6 sont du côté du peuple tandis que tous les autres médias le méprisent. Hormis RMC et M6, tous les médias considèrent que le peuple est « un gêneur » qui vote de plus en plus mal aux élections (allusion à la montée du FN), qui ne répond pas bien aux questions des référendums (allusion au vote contre la Constitution européenne).

 

On dirait qu'il est maire d'une population qui ne lui plaît pas.

 

Le plus risible au fond, c'est qu'il croit que le peuple et lui, c'est la même chose. Or avec sa campagne pour le retour du luxe dans la 4ème ville la plus pauvre de France métropolitaine, on voit qu'il ne se débrouille pas mal non plus. En bon communicant et politique pragmatique, on dirait qu'il a intégré le fait que les vraies classes populaires ne votent pas. Elles sont dépolitisées parce que non représentées par les classes politique et médiatique. Les vrais pauvres, les populos

d'origine immigrée, les RS­istes, les précaires, les exclus qui font la ville de Béziers n'intéressent pas davantage le maire de la ville. Ce maire ne prend pas la situation de ses administrés pauvres en considération. Pire : il les ignore. Pire ? Il justifie son faible intérêt en prétendant que la pauvreté est « une paupérisation esthétique, culturelle, et presque psychologique ». La paupérisation ne serait donc pas une donnée sociale et économique ? Psychologique, elle serait une forme desomatisation ?

Que le maire d'une ville comme Béziers s'exprime en ces termes peut paraître irresponsable. On pourrait estimer qu'être élu, c'est représenter tous les citoyens, même ceux qui n'ont pas voté pour le gagnant, même ceux qui n'ont pas voté du tout (et ils ont mille raisons de le faire). Le maire de Béziers ne voit pas le mandat républicain de cet œil, et il l'affirme cash : « le luxe sera un atout incontestable. Qui fera venir une autre population ».

 On dirait qu'il est maire d'une population qui ne lui plaît pas, qu'il ne voit pas, à qui il ne s'adresse pas, et qu'il a bien l'intention de faire partir. Alors forcément, quand il confond sa somptueuse personne avec « le peuple », il y a de quoi se marrer. Ça ne vous fait pas marrer, vous ? Vous devriez ! Notre maire est ridicule tout seul dans ses raisonnements inconciliables, ses raccourcis grossiers. Il fait penser au « Capitan » de la Commedia dell Arte. Il hurle « Haut les mains ! » en brandissant son Beretta puis, terrifié par les ricanements qu'il suscite, va vite se cacher derrière « le peuple ». Puis voyant que ce peuple est pauvre, il s'effraie et se réfugie dans un palace de pacotille et en appelle au « luxe » pour éradiquer ce peuple pauvre pour de vrai, qui lui fait peur, et qu'il se montre incapable de représenter.