Je ne pensais pas réécrire un papier sur l'identité nationale, mais le journal municipal continuant sa propagande identitaire, je me sens obligé d'insister.


Dans le n° 7, un titre : « Un bon point pour nos chères têtes blondes » et une photo montrant en premier plan des enfants blonds. Rien de répréhensible certes, mais curieux pour qui fréquente les rues de notre ville ou même les cours de récréation des écoles biterroises. Dans le n° 8, la propagande se fait plus évidente avec en couverture, « Nos ancêtres au Musée, la Gaule contre-attaque » et un enfant blond avec un casque de gaulois. Du grand art de communication ! Que redire sur l'annonce d'une exposition certainement intéressante et documentée sur les Gaulois ?

tete de turc

Il faut quand même préciser que le titre de l'exposition est plus soft, moins tapageur : « De la fouille au labo, l'exemple des Gaulois ». Pas d'ancêtres, pas de contre-attaque. Ensuite, quand on ouvre le journal municipal, nous avons droit à six autres pages qui nous présentent « Nos ancêtres les Gaulois », ou « Les Gaulois débarquent à Béziers, ou encore « Gaulois : l'éternel retour du grand blond » !

 

Décidément, les titres racoleurs ne font pas peur à la presse municipale !


Quel bulletin municipal accorderait sept pages (avec la couverture) à une exposition, aussi intéressante soit-elle ? Mais à Béziers, la municipalité ne craint pas de faire de la propagande : on part d'une réalité - ici l'exposition – et on l'instrumentalise pour faire passer son message. Ce message, vous l'avez compris, têtes blondes obligent (n°7 et n°8), il est identitaire. Je croyais pourtant qu'il était fini le temps où nos livres d'histoire entonnaient « Nos ancêtres les Gaulois », jusque dans nos lointains territoires d'outre-mer.


Alors pourquoi y revenir ? La politique d'identité nationale que met à l'honneur Ménard, est de construire une France blanche, une France qui exclut les multiples apports de nos anciennes colonies, comme les apports européens du XX° siècle. La sinistre expression « français de souche » employée récemment par François Hollande révèle qu'il y aurait pour certains, des Français plus Français que d'autres. Nous retrouvons cette propagande colportée par ces écrivains invités à Béziers. Leurs messages vont encore dans le même sens : islamophobie, exaltation nationale.


- Zemmour qui se prend à rêver de la déportation des cinq millions de musulmans français. Un adepte du choc des civilisations, agitant le spectre d'une guerre civile.
- Bercoff signataire de l'avant propos du livre islamophobe « Apéro saucisson-pinard ». Journaliste qui dérive vers l'islamophobie, prédisant des « guerres identitaires ».
- Obertone parlant de « l'ensauvagement » de la France liant immigration et insécurité pour l'expliquer. Journaliste fétiche du FN (Marine Le Pen a fait sa promotion dans « Paroles et des actes »). Pour lui, « certaines communautés ne sont pas  adaptées , par  leur culture et leur histoire au mode de vie occidental ».
- De Villiers et sa Jeanne d'Arc, « la plus grande héroïne de notre Histoire », un cocktail de patriotisme et de foi chrétienne exaltés. Jeanne d'Arc est un de ces mythes fondateurs de la grandeur de la France. Aujourd'hui encore, les historiens doivent démêler le vrai du faux.
Le matraquage est puissant, la démarche est lourde de sens.

 

Il y a danger car ce ne sont pas les immigrés qui menacent la France, mais la xénophobie.

 


Ce nationalisme qui recherche des racines historiques ouvre la porte à bien des débordements. Laissons parler l'écrivain péruvien Mario Vargas Llosa (prix Nobel de littérature 2010) : " Si l'on considère le sang qu'elle a fait couler au cours de l'histoire, (...) l'alibi qu'elle a offert à l'autoritarisme, au totalitarisme, au colonialisme, aux génocides religieux et ethniques, la nation me semble l'exemple privilégié d'une imagination maligne."


Notre histoire récente nous rappelle les dangers de la stigmatisation. Sous le régime de Vichy, Brasillach (fasciste convaincu, fusillé à la Libération) expliquait dans « Je suis partout » (journal collaborationniste et antisémite), qu'il n'était pas raciste, mais que le juif posait avant tout un problème d'assimilation. Il suffit pour actualiser le propos de remplacer le juif par le musulman et l'on retrouve la xénophobie contemporaine.


« Le mythe de l'identité nationale s'apparente à une simple technique, relativement archaïque, servant à justifier l'autoritarisme. Il ne peut engendrer qu'aveuglement, repli sur soi et violence car il nie ce qui fait précisément la richesse d'une communauté, sa diversité, sa capacité à créer des échanges, à s'intéresser à autre chose qu'à soi. » (David Soldini dans « Identité nationale, politique et démocratie »)
Une preuve de la montée en puissance de ce mythe est fournie par la BNF (Bibliothèque Nationale de France) qui a recensé entre 2000 et 2010, trente parutions de livres, qui dans leur titre utilisent l'expression « identité nationale ». Heureusement qu'il existe toute une littérature bien différente de celle des invités « choisis » de Béziers. Des hommes et des femmes qui ont une vision moins sectaire, moins discriminante de l'identité nationale :


« Il faut réinventer l'identité française par référence à : une nation non plus gauloise, homogène et passéiste, mais plurielle, métissée et ouverte sur l'avenir; une République plus fraternelle, capable de reconnaître et de valoriser l'unité sociale et la dignité de tous les travaux et métiers propres et sales, manuels et intellectuels, nécessaires, indispensables à l'Être-ensemble de notre société. »

Histoire de France : crise de l'identité nationale.


« L'histoire de France traditionnelle nous a masqué le caractère "multinational" du royaume de France. Le mythe des ancêtres Gaulois revenait à dire que tous les Français avaient la même origine par le biais d'un ancien peuple, parlant une même langue, ayant les mêmes coutumes. On gommait ainsi plus de mille ans de brassages ethnique, culturel et politique ! »

L'Histoire de France autrement, Suzanne Citron (historienne)

 

« Je ne suis pas plus moderne qu'ancien, pas plus Français que Chinois, et l'idée de la patrie c'est-à-dire l'obligation où l'on est de vivre sur un coin de terre marqué en rouge ou en bleu sur la carte et de détester les autres coins en vert ou en noir m'a paru toujours étroite, bornée et d'une stupidité féroce. »


Gustave Flaubert Lettre du 26 août 1846 à Louise Colet

 

« Ne soyons plus anglais ni français ni allemands. Soyons européens. Ne soyons plus européens, soyons hommes. - Soyons l'humanité. Il nous reste à abdiquer un dernier égoïsme : la patrie. »

Victor Hugo,  dans Œuvres complètes

 

« La France est la seule identité nationale au monde qui soit en définition évolutive et constamment en train d'agglomérer de nouvelles sensibilités et de nouvelles représentations linguistiques ou de couleurs de peau. »

Michel Rocard

 

Le débat sur l'identité ne peut produire aucun bienfait pour la communauté

 

Il a pour unique fonction d'introduire une discrimination entre les personnes. Il est le contraire du bien vivre ensemble que doit rechercher une société civilisée. C'est pourtant le chemin qu'emprunte le maire de Béziers : on ne doit pas le laisser faire.