La pensée fasciste a toujours eu besoin d'un bouc émissaire. Traditionnellement les mêmes fascistes font endosser ce rôle aux Juifs. Pourtant depuis le 11 septembre, un nouvel adversaire est apparu : le musulman. Le bloc identitaire est en France le groupe fasciste le plus en pointe dans cette nouvelle orientation. Des soupes populaires au cochon, aux autocollants « contre la racaille tu n'es pas seul », le bloc identitaire développe une haine du musulman qui va bien au-­delà d'une aversion pour les Djihadistes.

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 réalisé par La Horde et reflex

 

Créé en 2003 sur les cendres d'Unité Radicale, le bloc identitaire s'est transformé en parti en 2009 sur le modèle de la Ligue du Nord en Italie. Régionaliste et européen blanc, le bloc identitaire vise autant un ancrage local qu'un rôle d'aiguillon idéologique du Front National dont il est proche en tant que membre du Rassemblement Bleu Marine. Les membres de son mouvement de jeunesse « Génération Identitaire » tous de jaune vêtus, arborent un lambda Grec majuscule en hommage aux valeurs guerrières de Sparte, contre l'intellectualisme Athénien. Les identitaires organisent des stages d'auto­défense, gèrent des maisons de l'identité, promeuvent des tournées anti­racailles, organisent des conférences et des initiatives en langues régionales, proposent des apéros saucisson pinard dans les quartiers immigrés. Ils se disent adeptes de la triple appartenance : «charnelle/régionale», «historique/nationale», «civilisationnelle/européenne blanche». Ils sont favorables au régionalisme et à l'Europe blanche et bien sûr hostiles à l'intégrationnationale des immigrés venus du Maghreb car ils ne possèdent pas selon eux d'ancrage national et européen.

 

Leur ennemi n'est plus le Juif, mais le Musulman.

 

Sur le site du bloc identitaire, l'ennemi désigné est l'Islam. Cette haine a pris une ampleur sans précédent depuis les attentats de 2001 à New York, de 2004 à Madrid, de 2005 à Londres. Si ce sentiment et ce discours anti­musulman a pris une telle ampleur, c'est qu'il sert d'exutoire aux ravages du libéralisme, de la mondialisation, du capitalisme et du retour en général du religieux. Si ce discours prend autant d'ampleur, c'est qu'il est plus facile à manier que la xénophobie ou l'antisémitisme des décennies précédentes, tout en jouant sur les mêmes ressorts de la peur, de la simplification et du rejet.

Il est de plus beaucoup plus difficile de condamner pénalement les propos anti­musulmans, la religion n'est pas une donnée ethnique et le droit au blasphème distingue une démocratie d'un régime religieux. Il est dès lors facile de revendiquer l'héritage de la république et la laïcité contre les « dérives communautaristes » . Du coup des partis fascistes naguère composés de nostalgiques militarisés de l'OAS, d'antisémites fanatiques, de groupuscules néofascistes, de catholiques intégristes peuvent se transformer en rassemblements plus larges. Par ricochet, la montée en puissance du bouc émissaire nommé Islam est la résultante d'un véritable hold­up sur la mémoire républicaine (à Béziers l'exemple le plus récent est la débaptisation de la rue du 19 mars au nom d'un factieux du putsch des généraux) .

Comme l'indique l'historien des génocides, Jacques Semelin (Persécutions et entraides dans la France occupée ­ coédition Les Arènes, ­Seuil, 2013) : « l'homme en trop d'aujourd'hui, la crise aidant, ce n'est plus le juif mais le musulman, cet « autre » qui est paré de tous les vices ». C'est dans ce contexte que s'installe la dialectique fasciste de dépassement du clivage traditionnel droite ­gauche au nom de la lutte contre des ennemis censés menacer la communauté nationale tout entière.

De ce point de vue, le bloc identitaire ne vise pas une supposée race ou une ethnie. Son aversion envers l'Islam oppose les civilisations, il tranche et découpe au milieu des grandes représentations symboliques, piétine et insulte les croyances collectives et individuelles au nom de fantasmes historiques : infiltration, invasion, domination.

La direction du bloc identitaire est opposée aux fidèles de Dieudonné et Soral, têtes de proue des anti-sionistes aujourd'hui. Sur son site (Egalité et Réconciliation), Alain Soral, autre figure de l'extrême droite, définit la mouvance identitaire comme « national­sioniste ». Soral courtise, lui, les milieux catholiques radicaux tels « civitas » et les manifestants contre le mariage pour tous. Il se veut proche d'une mouvance « rouge­brune ». Inscrit dans la tradition de la pensée fasciste, il prétend échapper à la dualité droite­/gauche en unissant : « la gauche du travail et la droite des valeurs ». Il dénonce : « la sournoise prise de pouvoir de la banque contrôlée par les sionistes ».

A Bordeaux lors d'une conférence le 8 février dernier, Soral indique que seul son mouvement « Egalité et Réconciliation » peut empêcher les jeunes des quartiers populaires de se détourner de la politique, de plonger dans le communautarisme ou la délinquance. A la fin de son discours, lorsqu'il évoque les témoignages de ceux qui ont trouvé un sens à leur vie grâce à ses discours, il se met à pleurer. La salle galvanisée est au comble de l'émotion, elle acclame ce chef sensible qui se présente comme le sauveur de la jeunesse musulmane méprisée et qui propose une grande alliance tournée contre les Juifs.

 

Et Ménard dans tout ça ?

 

Après avoir été pro Soral du temps de RSF et de ses liens avec le QATAR, le maire de Béziers est aujourd'hui pro bloc identitaire.

C'est au nom d'une croisade contre l'Islam qu'il a bâti son discours du 8 janvier sur le parvis de la mairie. C'est au nom de l'identité nationale qu'il débaptise la rue du 19 Mars 1962, qu'il propose une exposition sur nos ancêtres les gaulois, qu'il met le drapeau tricolore en berne le 19 mars. C'est au nom de l'identité régionale qu'il voulait baptiser une école au nom d'Yves Rouquette.

Le nouveau Ménard à Béziers, c'est le choix d'abandonner les thèses de Soral pour celles du bloc identitaire. Il pense que pour son avenir dans l'extrême droite, elles sont beaucoup plus porteuses. Le municipalisme identitaire qu'il pratique en est à ses premiers balbutiements, il ne peut que se développer, s'intensifier. Si pour l'heure les éminences grises du bloc identitaire ont disparu de l'organigramme officiel de la mairie, elles sont devenues des quasi directeurs de campagne.

Pour combattre Ménard sur Béziers, il faut connaître et comprendre les thèses du bloc identitaire. Le fait que le maire ne se revendique pas officiellement de cette filiation est un écran de fumée. Ecran de fumée qui sert l'ego du personnage et lui permet de surfer sur des idées en les reprenant pour son propre compte. A Béziers, à l'instar d'un célèbre humoriste nous pouvons dire : « Ménard : 2/3 bloc identitaire et 1/3 Soral». 2/3 bloc identitaire, parce que c'est la dominante idéologique et 1/3 Soral, parce que c'est la part mystique, catholique intégriste, illuminée. Le mélange des deux donne le cocktail indigeste qui est servi aux biterrois depuis un an.