Retour sur les ateliers d'agitprop, instrument d'agitation et de propopagande, et les conférences sur les dettes privées, de l'Université d'été d'Attac.

par Khan Did

Atelier créatif d 'actions d'éducation populaire de rue

Le « Joyeux Bordel », le « Beautiful Trouble », et même, en liaison avec l'Afrique et l'Asie, le « Beautiful Rising » (belle insurrection ). Ceci s'appuient sur l'initiative des paysans du Larzac qui avaient individuellement racheté à prix modique des parcelles du terrain promis à l'extension du camp militaire et qui a évolué ailleurs en constitution de ZAD (zones à défendre). Sur le thème des migrants, de petits groupes de participants créaient une manifestation de 2 minutes. Chorégraphie ou gestuelle de type « flash-mob », procès du gouvernement ou de la police, canular, pseudo-meeting politique y sont proposés. C'est un exercice très stimulant et positif.

Conférences sur les dettes privées

Avec l'appui du CADTM (Comité d'Audit de la Dette du Tiers-Monde) qui avait rendu ses conclusions sur l'illégitimité de la dette grecque, sans ébranler l'inflexibilité meurtrière de la « Troïka » (Banque centrale européenne, Commission européenne, Fond Monétaire International-FMI). On y évoque d'abord les notions d'augmentation de la dette des peuples et leurs conséquences entraîne une précarisation sociétale et une privatisation marchande galopantes. Puis définition de la dette comme une outil de dépossession et de transfert de richesses de la sphère publique au privé, de coercition et de contrôle des comportements. Le surendettement entraîne un nouvel esclavage, une culpabilisation et une mise au ban des nations (« Français, vous vous soignez trop ! »)

Un exposé sur les Femmes et et le Micro-crédit au Maroc

Le Maroc dépend du FMI. Il exporte ses matières premières à faible valeur ajoutée mais pas de produits transformés. Il adhère au libre-échange (abolition des protections douanières). En 1981, révoltes du pain. A partir de 1990, s'installent extrême pauvreté, privatisations et régression en miroir de l'alphabétisation. En 2011 apparaissent les mouvements des victimes du micro-crédit c'est-à-dire des petites sommes prêtées aux pauvres pour soutenir une démarche: il se trouve que ce sont les pauvres endettés (60 % sont analphabètes ou peu diplômés, 79 % ont une famille à nourrir, plus de 70 % n'ont pas de revenu stable) qui financent les riches prêteurs. 67 % des femmes ont contracté ce crédit, ce qui en fait un marché financier important. 57 % sont des prêts à la consommation ou pour projet agricole ou commercial, plus de 40 % sont inférieurs à 600€. 75 % des projets n'aboutissent pas... Or, les conditions de ce micro-crédit sont illégales (contrats obscurs masquant des taux d'intérêt usuraires, engagements contraignants, et autres clauses illégales). Le système public de prêt à taux faible, les subventions à l'éducation et à la santé sont dénoncés par les traités de libre-échange et la Banque Mondiale pousse à faire fermer les caisses publiques de compensation. On a peine à voir traiter les réfugiés de la faim de « migrants économiques » à repousser à la mer...

L'Endettement Agricole

En 1960 a été fondée la Politique Agricole Commune (PAC) qui accorde des subventions fléchées aux agriculteurs. Ces subventions sont versées en fonction de la surface exploitée et donc favorisent les grosses exploitations et l'agriculture intensive. Même les riches propriétaires terriens, par exemple la reine d'Angleterre à la tête d'un immense territoire agricole, touchent de gros pactoles... L'attribution de cette manne est noyautée par la puissante FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles). En conséquence, sont fortement pénalisés les petites exploitations, de plus en plus endettées, l'agriculture et l'élevage paysans, en particulier les maraîchers et petits éleveurs . Et vivent les fermes des 10 000 vaches, nourries aux OGM et autres céréales pesticidées, les légumes hors sol, l'irrigation intensive (50 % de l'eau est utilisée en France par les agriculteurs, 80 % en été), les pollutions aux algues vertes et les cours d'eau contaminés. Ajoutons à cela, le dumping des prix d'achat aux agriculteurs exercés par les grandes surfaces, la promesse d'invasion par des produits agricoles importés et de qualité suspecte par les traités de libre-échange (rappelons que le CETA contracté entre l'Europe et le Canada est entré en application le 1er septembre AVANT son examen par les parlements nationaux). On comprend que le nombre des exploitations soit passé d'1 Million en 1990 à 400 000 en 2015, que les paysans se suicident, et nous avec car nous sommes promis à des toxicités sanitaires et des restrictions alimentaires que la petite agriculture familiale de proximité pourrait nous éviter.

L'Endettement Etudiant

En Grande-Bretagne, entre 1980 et 1990 (années Thatcher), les Universités sont invitée à se comporter en entreprises et les frais de scolarité sont autour de 1000£ (1£ = 1,29€). Ils sont passés à 9000£. Il y a 2,3 millions d'étudiants payants. Beaucoup contractent des prêts. Aux USA, il s'agit d'une véritable bulle de crédit : les étudiants s'endettent couramment pour 100 à 200 000 $. On considère que 45 % sont non recouvrables. Milton Friedman, pourtant l'un des plus libéraux des économistes, suggérait qu'on demande un remboursement en fonction des revenus de la famille et que le reste soit garanti par l'Etat. L'individu est considéré comme un capital humain à rentabiliser, et les libéraux pensent que payer ses études augmente l'assiduité aux cours.

Le processus de Bologne en Europe, en 1998, a engagé 47 états dans le processus d'adaptation des universités et des contenus de leur enseignement à l'employabilité locale. En Espagne, les coûts des Universités varient de 1000 à 3000€ dans le public et 9000€ dans le privé. En France, on a connu cette année le drame du manque de place en Université pour les bacheliers. Sur les 60 000 non casés, 11 000 se sont tournés vers le privé. 40 % des nouveaux étudiants s'orientent vers le privé. A Béziers, on se souvient de la tentative d'installer une université privée portugaise dont les frais annuels s'élevaient à 90 000€ !

Des mouvements de protestation ont eu lieu dans les campus, particulièrement au Canada et au Chili.

La dette immobilière en Espagne

En Espagne, 87 % des logements sont propriété des habitants, contre 76 % dans le reste de l'Europe et encore moins en France. En 2007, la bulle immobilière (relance de l'activité compte tenu des exigences européennes) et la dérégulation hypothécaire ont fait grimper les prix de 180 % en 10 ans. Le crédit devenait obligatoire. Entre 2000 et 2008, l'endettement privé est passé de 50 à 100 %! Les travailleurs et les migrants ont été les premiers impactés. Souvent les prêts étaient garantis par deux hypothèques (garantie croisée).

Entre 2008 et 2012, il y a eu 350 000 expulsions et beaucoup de logements sont restés vides. L'oligopole bancaire a détruit les caisses de compensation dont les taux étaient de 1,7 % pour leur substituer des taux usuraires de 17 à 20 %! Les intérêts hypothécaires absorbaient un salaire de 1000€... Le chômage des migrants saisonniers a aggravé la crise. Ils se sont déplacés vers la France et l'Angleterre. Les réactions ont été, à la suite d'une grève des syndicats en 2003, la promesse du Parti Populaire et du Parti socialiste de faciliter la renégociation des hypothèques, et de plafonner leur montant à 30 % des revenus, ce qui est déjà élevé. On a vu, en particulier à Barcelone, avec la maire Ada Colau, les citoyens faire obstruction aux expulsions, il y a des occupations collectives d'immeubles inoccupés. Sur ce sujet, un documentaire, « Affectados » a été diffusé au festival « Résistances » à Foix en 2016