Comme je l'ai relaté à plusieurs reprises (voir Evab N° 10 et 16 ), le marché de la Devèze s'éteint et va disparaître. Ne resteront que les forains, certes dynamiques et qui maintiendront un peu d'animation, mais tous les « alimentaires », qui faisaient l'âme de ce marché trois fois par semaine n'auront plus le droit de s'installer en dehors des nouvelles halles qui devraient ouvrir début décembre.

Par Eva D.

Ce beau cadeau de Noël, nous le devons à nos élus, municipaux et agglomérés, qui ont favorisé une opération mercantile, en offrant le terrain et surtout les moyens d'éliminer la concurrence.

Midi Libre a une étrange formule à ce propos : « le marché couvert impose sa loi », pour justifier que les petits marchands de légumes n'auront plus le droit de venir au marché de plein air. Etrange façon effectivement de traduire ce qui ne peut qu'être le fait d'un arrêté municipal, réglementant l'espace public, au bénéfice exclusif d'un promoteur.

Ce marché qui a pris peu à peu une dimension unique, s'est imposé au fil des ans comme un exemple de convivialité, d'échange, de communication, de solidarité et de tolérance. Oh non, je n'exagère pas si j'en crois ce bouquet de cultures, ces origines, ces dialectes, et surtout cette bonne entente, cette façon de vivre qui tient compte des plus démunis pour lesquels on n'hésite pas à offrir un peu plus, à faire payer un peu plus tard ou un peu moins.

 

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Tout cela se termine.

Qu'il pleuve ou que le soleil brille, au milieu des cris d'enfants lorsque ce sont les vacances, dans le brouhaha des appels de marchands _« aneuro ! aneuro ! » _et l'encombrement des poussettes et des caddies, cette vie joyeuse et généreuse sera réduite à néant ou presque.

Les halles couvertes vont imposer aux vendeurs des conditions d'ouverture et de coûts qui ne pourront que se répercuter sur les prix. La clientèle risque bien de se faire plus rare, plus frileuse, même si l'argument c'est d'être chauffé en hiver. Des prix qui ne s'adresseront plus à la population habituelle du quartier.

Les marchands dedans, les pauvres dehors ? On a déjà entendu ça...

C'est un marché vivant, humain, qui respire encore pour quelques semaines, allez-y. Vous n'avez pas de courses à faire ? Promenez-vous ! Respirez avec lui et laissez vous envahir par les bruits, les couleurs. Souriez au spectacle des petites scènes du quotidien, des bouilles rigolotes des enfants à moitié endormis dans leur poussette, émerveillez vous des parures et des vêtements traditionnels de tous les continents, et qui ici n'étonnent plus personne.

Oui, un marché unique, à Béziers, dans un quartier qui a su construire sa propre identité, et maintenir sa vitalité malgré les aléas sociaux, urbains et les représailles municipales, comme par exemple la non remise en état des aires de jeux pour enfants.

Il n'y a plus qu'une chose à faire : demander à l'Unesco de l'inscrire au patrimoine mondial de l'humanité.