Dans la veine la plus misogyne de l'idéologie historique portée par l'extrême droite, monsieur Robert Ménard et son équipe apparaissent comme des phallocrates bourgeois avec un maire omniscient, omnipotent, omniprésent, une sorte de Caudillo en pays occitan.

En effet depuis la mise en place de la municipalité Ménard, tous les attributs traditionnels de la masculinité, de la virilité sont portés aux nues quand la Justice, la Fraternité, la Liberté, la Laïcité, l'Égalité toutes des valeurs républicaines au féminin ne sont pas citées ou mises en exergue.

Dans une sorte de ligne d'horizon faisant sans cesse penser aux années de plomb de la Restauration en France ou du franquisme en Espagne, Robert Ménard inonde Béziers, « sa ville », d'une idéologie et d'une imagerie toutes deux portées vers le pouvoir du mâle dominant.
Ainsi n'a-t-on pas vu dans les différents numéros du Journal de Béziers : soit la femme représentée comme une potiche dans le guide très traditionnel de la dernière Feria, avec comme seule figure féminine mise à l'honneur, Miss Béziers 2014, dont on ne peut pas dire qu'elle incarne une posture émancipatrice des femmes ; soit l'équipe féminine de volley-ball de Béziers, dans le dernier JDB, avec un titre très accrocheur, digne des magazines people, et le reportage photo cité en couverture par cet organe de propagande, montrant des filles sous la douche. Comme si ces femmes pour beaucoup étudiantes à l'Université ou diplômées, qui portent haut les couleurs de notre ville depuis de très nombreuses années dans l'élite du volley-ball féminin français et européen, comme si ces femmes donc, ne devaient se résumer qu'à une blague potache pour humour viril en manque d'imagination, le vieux fantasme d'une équipe féminine sous la douche après un entraînement ou un match, quand il s'agirait de souligner leurs qualités sportives, leurs performances et leurs aspirations individuelles.
Et pour revenir à la mise en scène de Miss Béziers 2014, celle-ci est accompagnée d'une imagerie virile à souhait vantant la Corrida, dont on ne peut pas dire qu'elle constitue un milieu particulièrement ouvert aux femmes, ni qu'elle porte des valeurs autres que celles du combat, de l'affrontement, de la mort (Viva la Muerte, cri de ralliement des franquistes), parce qu'il faudrait avoir des cojones pour entrer dans l'Arène (politique ?).

 

De la mise en scène au déploiement de force

 

Et cela s'arrêterait-il à cette mise en scène, cette imagerie de la masculinité qu'il faut revendiquer ? Et bien les trois ténors nationaux catholiques, trois mâles velus, venus s'exprimer pour libérer leur parole toute réactionnaire nous ont abreuvé là aussi d'une France en décadence, car soumise à Hélène et les garçons , oublieuse de son ADN guerrier porté haut par une Jeanne d'Arc récupérée pour porter la Sainte Croisade (comme l'Archevêque de Burgos, de Tolède ou de Majorque en 1936 contre les rouges et les femmes) contre l'ennemi intérieur, le musulman islamiste, terroriste en devenir. Le musulman combattu avec fougue et hargne, par ce chevalier des temps modernes, cet officier français putschiste, résistant et raciste, germanophobe et colonialiste, ce digne représentant de la tradition militaire française, aristocratique, antisémite et anticommuniste, à qui monsieur Robert Ménard veut donner le nom à la rue du 19 mars 1962, jour de cessez-le-feu, préférant célébrer ceux qui allument les luttes guerrières injustes.
Cette imagerie guerrière de récupération portée à son paroxysme lors des terribles attentats du mois de janvier avec cette banderole infâme « Non au Terrorisme islamiste », parce que ridiculement accusatrice d'une réalité fantasmée dans les esprits paranoïaques et aigris d'une poignée de réactionnaires nostalgiques des guerres coloniales, tous mâles. Virulents quand il s'agit de s'emporter contre ceux qui demandent le respect de la Laïcité au point d'intervenir à presque vingt entre des policiers suréquipés et bodybuildés et des conseillers municipaux prêts à se muer en service d'ordre milicien, tout cela pour un jeune, venu exprimer son mécontentement à cause d'une crèche mal placée, mécontentement exprimé seul, avec pour seule arme une bombe de peinture. Disproportion des forces, des moyens d'intervention et d'intimidation typiquement héritée des méthodes fascisantes.

 

Une police municipale qu'il veut transformer en milice privée?

 

Ces mêmes policiers mis en scène réellement autour de leur PC central, la statue de Pierre Paul Riquet (encore un mâle), ou agglutinés autour d'une voiture en faction, ou bien sillonnant les alentours immédiats avec leurs vélos ou à cheval, sont très rarement des femmes comme les policières sur la photo du dernier JDB rassurant. Les policiers très virils et musclés, suréquipés, surprotégés veillent sur nos nuits avec un nouvel ami, le Beretta 9mm, placardé partout. Objet phallique pointé bien en évidence pour rassurer les pauvres représentants du deuxième sexe, le sexe faible à l'évidence, puisque toute l'équipe phallocrate du Père de la Ville est virilement au service d'une population à présent rassurée, mais surtout au service d'une idéologie où l'intelligence, l'art, le beau, la prévention, le dialogue n'ont pas leur place. Seuls les attributs masculins, l'âme guerrière, la paire et la taille des cojones dans le pantalon, les muscles, les armes, les bras levés bien hauts, les index pointés au ciel, les cris abreuvés de bières et de haine dans les stades et les arènes ont dorénavant droit de cité au pays de la phallocratie patriarcale.

 

Aucune femme n'a eu son mot à dire

 

Il n'est d'ailleurs pas anodin de voir que le choix des candidats FN pour les trois cantons de Béziers a été laissé à la libre discrétion du Petit Père Ménard et que le coordonnateur de la campagne est un habitué de la morale guerrière, le très identitaire Pacotte, aucune femme n'a eu son mot à dire.
J'ai écrit cette chronique en écoutant Miss Maggie de Renaud, aussi « même à la dernière des connes je veux dédier ces quelques vers » :
Femme je t'aime parce que tu vas pas mourir à la guerre, parc'que la vue d'une arme à feu fait pas frissonner tes ovaires... parce que dans les rangs des chasseurs qui dégomment la tourterelle et occasionnellement les Beurs, j'ai jamais vu une femelle, pas une femme n'est assez minable pour astiquer un revolver et se sentir invulnérable, à part bien sûr Madame Thatcher... Palestiniens et Arméniens témoignent du fond de leurs tombeaux qu'un génocide c'est masculin comme un SS, un torero... Femme je t'aime surtout enfin pour ta faiblesse et pour tes yeux, quand la force de l'homme ne tient que dans son flingue ou dans sa queue, et quand viendra l'heure dernière l'enfer s'ra peuplé de crétins jouant au foot ou à la guerre, à celui qui pisse le plus loin. Moi je me changerai en chien si je peux rester sur la Terre et comme réverbère quotidien je m'offrirai...