Une réforme du code du travail pourquoi ? Pour qui ? L'objectif de la loi El Khomri sur la réforme du code du travail a, paraît-il, pour objectif de lutter contre le chômage. Macron - comme Hollande et Sarkozy - a recours à encore plus de dérégulation du marché du travail.

par JF Gaudoneix

Cette recette utilisée depuis plus de trente ans en France a prouvé toute son inefficacité puisque le chômage ne baisse toujours pas... et même augmente ! Pour faire passer cette déréglementation du travail qui fragilise toujours plus le travailleur, nos gouvernants ont des « éléments de langage » : ils veulent « libérer le travail » (???), ils parlent d'un code du travail devenu illisible, obèse, qu'il faut assouplir à tout prix.

Un travail déjà très flexible

 

Parler de la flexibilité du travail, c'est simplement oublier qu'il est déjà très flexible : que ce soit l'auto-entrepreneur, l'intérim, le temps partiel, les CDD ou les CDDU (contrat à durée déterminée d'usage).

Même les CDI ne sont pas si rigides que ça : plus d'un tiers des CDI sont rompus dès la première année ! Et puis, la rupture conventionnelle, créée en 2008, permet de se séparer « à l'amiable » des salariés.
Tout cela pour dire que le droit du travail français n'est pas excessivement protecteur. Les plans sociaux ne sont que la douce appellation des licenciements de masse.
Macron veut faire passer une loi El Khomri XXL, c'est-à-dire, aller encore plus loin que la loi contestée en 2016. Et si on prenait le problème par le bon bout ? C'est-à-dire pourquoi la France manque-t-elle d'emplois ?

 

Pourquoi la France manque-t-elle d'emplois ?

 

En dehors du fait que « le travail disparaît et c'est ce qu'on voulait» (dixit Paul Jorion), Alternatives économiques a publié un dossier qui donne trois explications qui n'ont rien à voir avec le manque de flexibilité du travail en France.


La France est un des pays les plus productifs.

C'est-à-dire que chaque travailleur français crée plus de richesse que dans bien d'autres pays. Prenons des exemples pour comparer notre productivité : l'Allemagne si souvent montrée en exemple, l'Allemagne, le modèle pour Macron. Les heures travaillées générées par un emploi français crée 80.3 millions d'euros par an en 2016. Les heures travaillées générées par un emploi allemand 71.9 millions d'euros. Ce qui veut dire que si la France avait la productivité de l'Allemagne, elle aurait 2 961 000 emplois supplémentaires !


En effet l'Allemagne a moins de chômage (5,6%), mais plein de « minijob » à 1.50€ de l'heure (120€ pour 84 heures travaillées !)
Si on avait la productivité de l'Italie, il nous faudrait 4 524 000 emplois de plus. Si on avait la productivité de l'Espagne, 7 560 000 emplois de plus pour créer la même richesse. Si on avait la productivité de la zone euro, c'est 3 610 000 emplois de plus !


Cette productivité, c'est elle qui au XIXème siècle a dépeuplé les campagnes, c'est elle qui au XXème siècle a fait fondre les emplois industriels avant les délocalisations. Créer plus de richesses avec moins de travail, c'est ce que l'on appelle le progrès. On devrait se réjouir d'avoir à travailler moins ! A condition que l'on partage le travail et les richesses qu'il crée. Or, c'est tout le contraire qui se passe, on demande à ceux qui travaillent de travailler plus (pour ne pas gagner plus) et on culpabilise le chômeur...
Le vrai problème est donc la répartition du travail .... et de la richesse qu'il a créée !

En France il y a moins de temps partiels féminins.

Dans de nombreux pays de l'UE, en Allemagne tout particulièrement, il y a plus d'emplois, mais ce sont des emplois souvent à temps partiel, très souvent des emplois féminins avec des durées de travail très courtes. Ce travail à temps partiel est souvent non voulu, mais subi. En effet, en Allemagne, le travail de la femme n'est pas toujours bien accepté : la femme au foyer est davantage la norme.

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Des comptes extérieurs déséquilibrés

La France consomme de plus en plus de produits qu'elle importe : le déséquilibre commercial de 50,5 milliards d'euros correspond à plus d'un million d'emplois ! C'est le résultat de la désindustrialisation du pays, de la dérégulation des marchés, d'une mondialisation au seul bénéfice des grands groupes industriels, commerciaux ou financiers.


Ainsi, cette réforme du code du travail ne peut pas renouer le pays avec le plein emploi, elle ne peut que fragiliser encore plus les travailleurs mais à coup sûr, augmenter les profits des plus riches. Si on suivait la logique capitaliste, il faudrait s'acheminer vers des baisses de salaires pour diminuer « le coût du travail », supprimer nos acquis sociaux comme les cotisations retraites et de sécurité sociale, qui sont désormais connotées négativement en les appelant « charges sociales ».

Les Français doivent renoncer à leur 5ème semaine de congés »

 

Fin juillet, un éditorial de Christophe Barbier dans l'Express continue dans cette voie : « il faut renoncer à la 5 ème semaine de congés ». Et il ajoute en plus la suppression des RTT, sous prétexte de crise économique...
Il y a déjà bien longtemps que les gouvernements successifs veulent supprimer les 35 heures, toujours en prétextant qu'elles sont la cause de notre chômage !
Nous sommes dans une période où tout est bon pour remettre en cause les acquis sociaux, qui ne sont pour rien dans le taux de chômage de notre pays. Au contraire, baisser la durée du travail serait un moyen de partager ce travail, et réduire donc le chômage.

En fait, nos gouvernants, en s'en prenant au code du travail, lui font un mauvais procès. La France n'a jamais eu un PIB (Produit Intérieur Brut) aussi grand, le pays compte de plus en plus de riches : 700 000 personnes très riches, mais hélas, aussi de plus en plus de pauvres. Selon les chiffres de l'INSEE, la France compte en 2017, près de 9 millions de pauvres (8,8 millions), soit un taux de 14,1% de la population. Le nombre de pauvres a augmenté de plus d'un million en 10 ans !

Pour le capital, le travail n'est pas une valeur, mais un coût


Et ce n'est pas la réforme du code du travail qui changera les choses. Au contraire. Notre société est confrontée au chômage de masse, à une pauvreté en augmentation alors que les grands patrons des grandes entreprises continuent de façon insolente à prospérer. Cette situation ne peut que choquer le citoyen. Et c'est dans ce contexte que le gouvernement propose des « réformes courageuses » (?), comme la baisse des APL qui touche les populations modestes.
Nous vivons sous le règne d'une classe dominante qui mène une guerre sans merci aux autres classes. L'argent est leur arme. Leur arme idéologique, le critère absolu de la réussite (cf « On n'a pas réussi sa vie à 50 ans, si on ne possède pas une Rolex »).


Un récent article du Monde diplomatique de septembre, « L'enfer du miracle allemand » explique bien les choses. Ce « modèle allemand », c'est ce que Macron veut suivre : 4% de chômeurs, ça fait rêver ! Oui mais pas les Allemands. L'Allemagne compte 4,7 millions d'actifs qui survivent avec un minijob plafonné à 450€ par mois, selon l'Agence fédérale du travail de juillet 2017. Et le journaliste Olivier Cyran de conclure : « l'Allemagne a converti nombre de ses chômeurs en nécessiteux»...


Et le coût du travail en Allemagne a baissé, ce que veut à tout prix le Medef chez nous. Pour le capital, le travail n'est pas une valeur, mais un coût ! Et c'est l'unique raison de la réforme du code du travail : en diminuer le coût, c'est-à-dire s'attaquer à ceux qui produisent les richesses. Il faut vraiment une super propagande pour faire avaler ça aux citoyens.