Preuve si besoin était que la question de la réhabilitation de la mémoire est une œuvre collective et engagée, il aura fallu plusieurs années pour sortir de l'oubli l'histoire et les traces restantes du camp de concentration d'Agde. Au travers de cet article nous saluons, dans ce numéro d'EVAB, le travail effectué par l' Association pour la Mémoire du Camp d'Agde.

Par Didier,

 Elle vient en effet, après des années de travail, de démarches et de recherches, de publier une brochure qui rend compte de l'existence d'un camp de concentration entre 1939 et 1943 sur l'emplacement de l'actuel collège René Cassin.

On ne connaît pas précisément le nombre de ceux et celles pour qui le camp d'Agde a été l'antichambre de la mort


La mémoire du camp de concentration d'Agde a longtemps été refoulée. Les raisons de cette omerta collective locale sont les mêmes qu'ailleurs : crainte de faire ressurgir les déchirures du passé, honte collective, collaboration de l'état français avec le nazisme. Le début de la reconnaissance publique (par la municipalité alors en place) de l'existence du camp de concentration d'Agde date de 1989 lorsqu'une plaque assez discrète est posée avenue Jean Moulin. Cette plaque rend hommage, cinquante ans après sa création, aux 50 000 personnes qui y ont transité entre 1939 et 1943 pendant la seconde guerre mondiale.

campdagdeLe transit de ces 50 000 personnes au milieu de la seconde guerre mondiale reste à écrire. Si l'on sait que des républicains espagnols ont été dirigés vers des camps de travail (où ils ont été amenés à construire des fortifications pour les nazis), que d'autres partaient pour le camp d'extermination de Mauthausen, pendant que d'autres étaient libérés dans la tourmente mondiale. Si l'on sait aussi que les populations juives et tziganes ont massivement été dirigées vers les camps de la mort. On ne connaît pas précisément le nombre de ceux et celles pour qui le camp d'Agde a été l'antichambre de la mort.

Le camp couvrait 30 hectares à quelques centaines de mètres des limites de la ville. Il était divisé en 3 entités distinctes. Construit par les républicains espagnols pour leur propre enfermement, il est appelé « le camp des Catalans » en référence à l'immense majorité de Catalans qui y ont été consignés. Plus tard, les restes de l'armée tchèque comme les restes de l'armée belge y seront à leur tour enfermés. Puis, inévitablement, les populations indésirables pour le régime de Vichy et pour l'occupant nazi (les Juifs et les Tziganes) y sont parquées et envoyées vers les camps de la mort.

L'histoire du camp racontée par la brochure éditée par l'AMCA rend compte de ce qu'a été la folie nationaliste, raciste et identitaire. Elle fait de plus revivre une dizaine de lieux de mémoire associés au camp de concentration sur la ville d'Agde. Cet itinéraire qui permet de retrouver les traces du passé devrait être suivi d'une visite guidée dès cet automne. Parallèlement, en mars 2019, pour les 80 ans de la construction du camp, Agde accueillera un colloque international sur ce sujet.

 

Pour de plus amples renseignements consultez le site : ou contactez l'AMCA ou www.memoirecampagde.fr