En ce début du mois de juillet 2017, les Faucheurs Volontaires, militants anti-OGM, viennent de toute la France se rejoindre dans un petit village de l'Hérault pour leur Assemblée générale annuelle. Au menu également, dès le lendemain, des actions moins légales mais tout aussi légitimes selon eux.

par Robert Martin,


Le lundi 10 juillet 2017, ils ont bloqué le port de Sète dès 7 heures du matin. Leur action visait la société Saipol qui fabrique des agrocarburants à base de colza en particulier de type OGM. Ils ont été délogés par les forces de l'ordre en fin de matinée. La presse locale s'est fait l'écho de cette action. Mais cette journée a débuté bien avant, dans les heures qui ont précédé ce blocage, en pleine nuit, les faucheurs volontaires ont fait ce qu'ils savent faire de mieux...faucher des champs de produits transgéniques et ils ont détruit un champ de semence OGM de tournesol à Usclas d'Hérault.

actionsecrete2

Pour témoigner, ils m'ont invité à les accompagner dans cette action de fauchage et donné rendez-vous à 2h du matin sur le plateau du Larzac. Je n'en savais pas plus à ce moment-là. Au lieu de rassemblement, une bonne quarantaine de voitures est déjà là. Les consignes sont données pour le bon déroulement du trajet afin que personne ne se perde.


Pierre, un faucheur volontaire, monte avec moi dans ma voiture.

Il va m'expliquer ce que sont les OGM et la différence entre les OGM produits par transgénèse et ceux issus de la mutagénèse.


La trangénèse, dont l'espèce la plus connue est le maïs Monsanto 810 interdit en France, consiste à prendre un gène extérieur à l'espèce pour l'introduire dans cette espèce. Par exemple, prendre un gène de poisson pour l'introduire dans le gène d'une fraise pour lui donner une qualité particulière.

Pour la mutagénèse, on utilise une multitude de pratiques chimiques, radio nucléaires ou autres qui font que le gène de la plante réagit à cette stimulation. Celle qui atteint la réaction qui était souhaitée est conservée et ensuite reproduite. On provoque donc une auto-mutation d'une plante, qui conserve tous ses gènes mais qui s'est transformée. Si c'est la transformation qu'on voulait, on la conserve. Par exemple on arrose 100 pieds d'une même plante avec un herbicide. 99 pieds meurent mais un résiste et a l'air de survivre. On le garde, on le développe et on refait l'expérience autant de fois que nécessaire jusqu'à ce que tous les pieds résistent à l'herbicide. Au bout du compte, on arrive à cette espèce qui résiste à cet herbicide. On va dire que c'est une mutation naturelle puisque on n'a rien fait sauf qu'on a quand même provoqué de façon rapide et chimique un stress à une plante dans un objectif mercantile. Une autre méthode consiste à modifier l'ordonnancement des gènes dans la plante. On coupe un gène et on le déplace ailleurs.

Sans ce brevetage il n'y aurai pas eu d'OGM

Après plus d'une heure de trajet, vers 4 heures du matin, nous arrivons enfin à Usclas d'Hérault près du champ de tournesol qui a été choisi. Tout se fait dans le plus grand silence et sans lumière. Heureusement c'est la pleine lune ce 10 juillet. Tout le monde se prépare, on chuchote. Après une rangée de roseaux, on entre enfin dans le champ. Aussitôt chacun prend une rangée et commence à détruire les plants de tournesol. On parle de fauchage mais en réalité tout se fait avec les mains ou avec les pieds. Les techniques sont diverses et au feeling selon la subjectivité de chacun. Certains cassent, d'autres arrachent. cela dépend aussi de l'état de maturité de la plante.


Jean Luc, un des organisateurs départementaux, m'explique leur action. Ils sont en train de neutraliser une parcelle de semences de tournesol qu'ils pensent appartenir à la RAGT, un gros semencier. Ils dénoncent aujourd'hui les nouveaux OGM de tournesols résistants à un herbicide et le manque de transparence dans ce domaine. Ces herbicides se retrouvent dans l'alimentation. Ils souhaitent que soient identifiées ces nouvelles productions d'OGM en France. Ce n'est pas un grand plaisir pour lui de détruire un champ car la plupart des faucheurs sont des paysans, des maraîchers mais ils sont contraints de le faire car ils font face à un silence complet sur ces nouveaux OGM.

7000m² vont être ainsi détruits par la soixantaine de militants faucheurs venus de toute la France. Ce collectif a une histoire. Il est né en 2003 après une démarche de révolte contre le brevetage du vivant par les industriels. Sans ce brevetage il n'y aurai pas eu d'OGM.

Isabelle, elle, n'en est pas à son premier fauchage car elle veut le moins possible de "merdes" dans son assiette et surtout que ses petits-enfants puissent vivre sainement comme des hommes normaux. Elle est prête à continuer jusqu'à ce que mort s'en suive pour elle et pour les plants. Elle est fière de ce qui est fait et surtout que du monde soit au rendez-vous, toutes générations confondues et en particulier beaucoup de jeunes. Elle ne supporte pas que les semenciers gardent ce pouvoir et tuent toute une génération.

Raoul, est paysan et pense qu'un paysan qui a semé ces plants se trompe tout comme Henriette qui détruit, par son geste, un petit bout d'un système d'artificialisation du vivant, d'industrialisation de la vie et d'expropriation des êtres humains, de ce qui fait leur lien essentiel avec la nature c'est à dire l'alimentation.

actionsecretev

Pour Claude, ces plants ne sont pas sains du tout malgré leur apparence. Ils sont empoisonnés et n'ont pour fonction que de multiplier les semences de mort.

Yolande est la doyenne du groupe. Âgée de 78 ans, elle arrache les plants avec sérieux, très fière elle aussi de son combat. Julie aussi est satisfaite du travail accompli. On fait ce qu'on a à faire, me dit-elle, il fallait le faire et c'est fait ! c'est peut-être illégal mais c'est légitime.
Pour Isabelle, le but c'est de se faire entendre. L'objectif n'est pas de raser tous les champs d'OGM mais d'amener le débat sur la place publique.

Robert, lui, réfute l'idée qu'en France il n'y ait plus d'OGM. C'est faux, dit-il, c'est juste une histoire de terminologie. S'il existe un moratoire sur les OGM transgénèses, la mutagénèse n'arrête pas de se développer. L'objectif est de développer une certaine agriculture basée sur les entrants chimiques en l'occurrence des herbicides et autres pesticides.

L'action d'après, vous la connaissez, une heure plus tard, alors que le jour se lève, les faucheurs volontaires se retrouvent à Sète pour se regrouper avec de nouveaux militants. Deux groupes se forment alors. A 7 heures, l'entrée du port de Sète est bloquée et simultanément l'usine Saipol, une société agroalimentaire qui importe du colza OGM venant du Brésil et d'Argentine, est occupée.

En fin d'après-midi, les forces de police interviendront, de façon musclée, pour mettre fin à l'action des faucheurs volontaires. Mais ce blocage n'aura pas été vain, les militants ont obtenu un rendez-vous avec le directeur du port de Sète alors que la Direction de l'entreprise Saipol assure, elle, de son côté, que les importations de graines transgénétiques sont marginales.

C'est la fin d'une folle journée qui aura permis aux faucheurs volontaires d'alerter une nouvelle fois sur les dangers que représentent la culture et l'utilisation des organismes génétiquement modifiés.

* tous les prénoms ont été changés
Reportage audio sur cette action à écouter sur Radio Pays d'Hérault : https://www.rphfm.org/emission-speciale-laction-secrete-faucheurs-volontaires/
PS1 : Un nouveau fauchage a eu lieu le 10 août cette fois-ci à Bélarga, toujours dans l'Hérault et toujours sur des plants de tournesols OGM.
PS2 : Le mercredi 18 octobre, 12 Faucheuses et Faucheurs Volontaires d'OGM de l'Hérault comparaitront devant le tribunal correctionnel de Béziers. Ils sont poursuivis pour avoir détérioré avec de la peinture, dans un magasin à Pézenas, des bidons de RoundUp, les rendant ainsi impropres à la vente.