A Béziers, ces derniers mois, dans les bouches de certains, et dans la rue, graffée à la craie, j'entends « Ma voix ». Mais qu'est-ce donc ?

Par Nadja

 

« Un mouvement citoyen », me répond on. Entre la gauche qui vote à droite pour éviter l'extrême droite, et le parti communiste qui tire dans le flanc des insoumis, j'ai du mal à m'impliquer dans la réalité électorale. Mais un article, c'est un bon prétexte pour me pencher sur la question. Et « Ma voix », paraît-il, c'est pour les « désabusés du système politique », des gens qui ont cessé de « râler » pour essayer de « construire » et se « réapproprier la vie politique ». Avec un fonctionnement horizontal, similaire à celui expérimenté pendant les Nuits debout.

 

Des citoyens volontaires, tirés au sort début mai, se sont proposés pour être députés

 

Alors un soir de mai, me voici à « Ma voix en fête », questionnant les participants de cette soirée familiale et joyeuse sur leur vision politique. Certains sont venus pour la musique, la lumière, d'autres car ils s'impliquent au quotidien dans la campagne de « Ma voix » ici ou à Montpellier. Il y en a qui ne sont pas encore certains de leur implication aux prochaines élections mais que la démarche de « représentativité des citoyens » intéresse.

A l'entrée, si on le demande, on nous explique. Notamment le financement des partis politiques et le choix d'autofinancement de « Ma voix » qui lui n'est pas un parti politique. Le mouvement cherche donc à récolter 2500 euros par circonscription, pour financer leur campagne. Mais alors si ce n'est pas un parti, qu'est-ce que c'est ? C'est un « outil » m'explique-t- on qui a été créé par « intelligence collective ». J'apprends ainsi, entre notes de musique et verre de vin, qu'il s'agirait d'une plateforme en ligne, ouverte à tous ceux qui possèdent un numéro de sécu (même les étrangers donc). Elle permettra de voter pour chacune des lois. Des « citoyens » volontaires, tirés au sort début mai, se sont proposés pour être députés. S'ils sont élus, ils s'engagent à retranscrire proportionnellement à l'Assemblée Nationale les résultats de la plateforme. Ainsi, « s'il y a 10 députés "Ma voix", si 60 % descitoyens de la plateforme votent contre telle loi, au Palais Bourbon 6 députés voteront contre et 4 voteront pour. »

On me donne rendez-vous à la réunion publique la semaine suivante pour approfondir ma compréhension du concept. Je m'en vais écouter le saxophone qui chante.

 

l'idée de Ma voix est de sortir de la personnification en politique, en effet les candidats sont des prête-noms qui ne font pas campagne pour eux-mêmes

 

Puis, quelques jours avant le 1 er tour des législatives, me voici assise en cercle avec une vingtaine de gens bienveillants. Cette fois, l'heure est aux explications précises et ludiques.On fait des débats mouvants (on bouge d'un côté ou de l'autre de la pièce pour exprimer son opinion), regarde une vidéo originale réalisée par un contributeur. Car ici chacun s'implique « comme il veut, comme il peut », et on croit à l'autorégulation de ces énergies. « On ne sera jamais d'accord sur tous les sujets politiques » mais l'idée c'est surtout de « s'éveiller et s'éduquer sur le vote des lois et la chose publique, collectivement ». Les risques d'une telle entreprise sont évoqués en plein conscience : entrisme sur la plateforme, absence de valeurs communes... Mais l'expérimentation confiante est la réponse à ces inquiétudes. On évoque le Parlement des enfants (1), ce programme qui donne la possibilité à des élèves de CM2 de faire des propositions de loi à l'Assemblée Nationale. Leurs textes sont parfois repris dans des lois nationales. Alors, si ces enfants sont capables de s'approprier les rouages du pouvoir public, pourquoi pas nous, vous ?

 

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Pour finir, je me propose d'interviewer des acteurs de la campagne de la 6 ème circonscription de l'Hérault. Ils sont au premier abord réticents car l'idée de "Ma voix" est de sortir de la personnification en politique, en effet les candidats sont des « prête-noms qui ne font pas campagne pour eux-mêmes ». J'ai tout de même recueilli quelques bribes de portrait d'un homme et d'une femme. Tous deux ont la trentaine, habitent Béziers depuis une dizaine d'années et sont, dans les deux cas, de jeunes parents. Ils se rejoignent également sur leur scepticisme concernant le système des partis politiques. Elle est douce et souriante. Elle est médecin. C'est la première fois qu'elle s'implique dans un tel projet politique, « c'est comme d'avoir un troisième enfant » dit-elle en riant. Mais cette campagne a été une aventure enthousiasmante et enrichissante. Avec ce moment fort du dépôt de la candidature à la préfecture, devant Elie Aboud, « on avait tellement peur d'avoir oublié un papier, mais ce n'était pas compliqué finalement ! ». Lui est barbu et dynamique. Il est graphiste. Il aime « participer à la vie locale » biterroise : association de rugby, de parents d'élèves. Il connaît la vie politique, « mais pas les bons côtés », sa mère suppléante de député, son implication au MoDem. Et aujourd'hui « Ma voix lui a redonné envie de se battre pour des idées, une méthode », il a même été tiré au sort pour être candidat sur une autre circonscription.

Quelques jours plus tard, pour le 1 er tour des législatives, les députés de « Ma voix » obtiennent un peu moins d'1% des voix. Toutefois l'expérimentation et les rencontres se poursuivent. L'ambition était d'ouvrir la voie.

 

1) http://www.parlementdesenfants.fr

Pour en savoir plus https://www.mavoix.info