Cette photo traîne sur internet et elle a suscité une discussion au sein d'Evab, devait-on en parler ou pas ? C'est vrai que l'allusion est féroce et attaque la vie privée, ce qui est considéré comme l'intime de chacun. Mais nous sommes en 2017, et tout est bon pour faire du buzz, y compris et surtout la vie des « people ». Mais pourquoi d'ailleurs, les représentants du peuple, ou qui se disent tels, sont-ils assimilés à des artistes du showbiz ?

Par Clo,

Petit retour en arrière : le 26 Avril 1944, deux millions de parisiens acclament Pétain, qui a fait don de sa personne à la France. Cinq mois plus tard, le 26 août 1944, deux millions de parisiens acclament De Gaulle, qui arrive en libérateur.


Sachant que Paris n'a pas encore 4 millions d'habitants, quel est le point commun à ces deux évènements, mis à part que ce sont les mêmes parisiens qui sont là ? C'est que nous sommes encore, politiquement sous le règne du héros hugolien, celui qui fait sacrifice de sa vie, de sa destinée en tout cas, pour la cause commune et le salut de tous.


L'homme fort, celui à qui on confie le pouvoir (parce qu'il le demande ou parce qu'il le veut bien) a encore un idéal désintéressé, même si nécessairement sa personnalité s'étoffe de quelques traits paranoïdes. Le dernier spécimen de ces « hommes forts » apparaît en 81, bien qu'à Victor Hugo, il faille, pour François Mitterrand, ajouter la lecture de Nicolas Machiavel.


Nous touchons là à la modernité de la perversion, qui a bien sûr toujours existé, (voir l'histoire de l'extrême droite publiée depuis les deux derniers n° d'Evab) mais qui va s'épanouir et atteindre des sommets en 2017.


Comme le dit Sigmund Freud, la civilisation avance parce que chaque génération apporte une nouvelle transformation des penchants. L'évolution des moeurs comme on disait au siècle dernier. Effectivement, et les éléments de culture, véritable miroir du monde, nous en témoignent, l'art sous toutes ses formes évolue. Comme par exemple la littérature, avec ses corollaires plus modernes : le cinéma, ou très actuels, les séries télévisées.

Parce que, la transgression, celle qui nous fait jouir secrètement, lorsqu'elle est de plus en plus étalée et lisible

On voit bien là que le héros sans peur n'est plus tout à fait sans reproche. Apparaît alors un autre type d'homme de pouvoir. Celui qui est au dessus des lois, qui transgresse, au point même de se trouver hors la loi. Ce n'est pas « l'homme fort » que l'on admire et que l'on souhaite, c'est « l'homme plus fort que les autres » et figurez-vous que ça force le respect...


Il se moque des institutions comme du code de la route, il en impose par sa capacité à ne pas suivre les codes, de la politesse ou de la morale, des affaires et de la politique. Nous sommes dans l'ère du profit.

A26Freud


Freud encore, qui n'était pas très optimiste sur la nature humaine, et qui la résumait à trois constantes : le pouvoir, le sexe et l'argent.
C'est vrai qu'en politique politicarde, tous les coups sont permis, et sur ce plan, la campagne 2017 nous aura gâtés.


Effectivement, ce que dit cette affiche peut choquer : dans une sorte d'Oedipe politique, la fille veut dépasser le père en gagnant les élections qu'il a perdu. Et le gendre idéal a épousé une femme qui pourrait être sa mère et qui a surtout été son professeur.

Mais qui affiche toutes ces problématiques qui normalement font partie de la sphère du privé et de l'intime, voire du refoulé ?
Les médias ? Ils ne répondent souvent qu'à la demande, ce qui fait vendre, et ils ne sont que le reflet de l'appétit du public, friand de ces gourmandises empoisonnées.


Parce que, la transgression, celle qui nous fait jouir secrètement, lorsqu'elle est de plus en plus étalée et lisible, finit par se banaliser et nous conduit petit à petit vers une société amorphe dont les Trump, Poutine et autres Erdogan ne sont que les remugles.


« L'écart d'âge dans un couple est évidemment un sujet de raillerie, sauf bien sûr quand des parents marient leurs filles de 12 ans à des hommes 3 ou 4 fois plus âgés qu'elles, comme en Iran, ou comme en Turquie... et pour ce qui est de Macron, nous aurons à coup sûr bien d'autres oignons à peler avec lui, sans avoir à nous préoccuper de sa vie privée ». (1)

Macron et Brigitte, certes, mais après tout, Saïda, la copine de Mélenchon n'a que 22 ans de moins que lui.

 

Au passage, pourquoi semble-t-on plus indulgent pour un homme qui épouse « une jeunesse », que pour une femme « qui se paye un gigolo ». Bonne question qui nous entraînerait trop loin aujourd'hui, et qui mériterait un autre article.

Les hommes et les femmes qui ont le goût maladif du pouvoir, au point de ne plus être capables de se passer de leur dose quotidienne, dans une véritable addiction, et que l'on voit s'accrocher pitoyablement à leurs prérogatives, où les exemples d'argent et de sexe ont effectivement leur part, ne peuvent pas avoir le goût des autres. Peut-on leur souhaiter, au mieux, d'avoir un jour le dégoût d'eux-mêmes ?
Il doit bien pourtant exister des hommes politiques sincères et honnêtes.
Cincinnatus (519-430 av JC) sauva 3 fois la république de Rome avant de retourner à sa charrue.

 

(1) Sunzi , (celui d'Evab, pas celui du IVème siècle av. J.-C. : Sun Zi, en orthographe pinyin, ou Sun Tse, comme l'écrit Gérard Chaliand dans son « Anthologie mondiale de la stratégie », Robert Laffont 1993, p.281)