Marine Le Pen et le Front National s'ancrent en France scrutin après scrutin et pourrait faire encore un score historique aux prochaines élections présidentielles et législatives. Face à cette perspective, il est plus que jamais nécessaire de rappeler l'histoire nauséabonde de l'extrême droite française, pour comprendre d'où elle vient et où elle veut nous conduire.

Par Robert Martin,

L'histoire glaçante de l'extrême droite, (3ème partie) - De la création du Front National à aujourd'hui d'après le dossier de Stéphane Mazurier paru dans Siné Mensuel

10extreme2Le Front national n'est, à l'origine, qu'un cache-sexe pour les nationalistes-révolutionnaires d'Ordre nouveau, qui souhaitent se présenter aux élections législatives de 1973, tout en poursuivant son agitation dans les rues et les universités. Pour cela, ses dirigeants imaginent de créer une structure plus large, avec le courant dit des « nationaux », héritiers du poujadisme et du soutien à l'Algérie française, courant auquel appartient Jean-Marie Le Pen. Ces deux composantes sont rejointes par des nationalistes-européens, des néonazis ou d'anciens collaborateurs. L'orientation du FN est, dès l'origine, nationale-populiste : le FN doit en effet être « le réceptacle de tous les mécontents ». Ordre Nouveau retourne à l'activisme avant d'être finalement dissout en juin 1973 : Le Pen profite de cette désorganisation pour renforcer son pouvoir au sein du Front...

Du début des années 1980 au début des années 2000, l'extrême droite française est organisée de façon assez simple. Le Front National (FN), qui regroupe plusieurs familles de la mouvance nationaliste (catholiques, païens, anciens de l'Algérie française, nostalgiques du fascisme et du nazisme, anticommunistes, ultra-libéraux...) occupe la plus grande partie de l'espace politique et public de ce courant de pensée, laissant à sa périphérie divers groupuscules dont la marge de manœuvre est très limitée : l'Œuvre française, le GUD, le Parti Nationaliste Français et Européen (PNFE), Troisième Voie. La mainmise de Le Pen sur le FN et sa réussite médiatique ne laissent alors que peu de place à une autre personnalité ou mouvement venu le concurrencer, obligeant les autres formations à se soumettre ou à engager une longue traversée du désert.

La nouvelle stratégie du FN version Marine est basée essentiellement sur les médias. Bête médiatique comme son père, elle est présente quotidiennement à la télé ou la radio.

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Le FN connaît ses meilleures années au milieu des années 1990, que ce soit sur le plan électoral ou au niveau de son appareil militant. C'est alors une machine de guerre, avec un service d'ordre composé en grande partie d'anciens professionnels de la sécurité, mais surtout avec de nombreux militants capables de se mobiliser pour n'importe quel événement. Les années 1990 sont également marquées par une recrudescence de la violence d'extrême droite, avec plusieurs morts, tous français d'origine étrangère.

La fin des années 1990 marque la fin de l'hégémonie du FN sur l'extrême droite française, avec en 1998 la scission provoquée par Bruno Mégret, numéro deux du FN, qui quitte le parti avec de très nombreux cadres et militants pour créer une nouvelle structure, le MNR. Cette brèche, ouverte dans la suprématie frontiste, permet à certains mouvements nationalistes de récupérer des cadres et militants du parti lepéniste, déçus par les tensions existant entre le FN et le MNR.


Dans les années 2000, le conflit israélo-palestinien et l'émergence de certains communautarismes radicaux bouleversent le champ politique à l'extrême droite, avec d'un côté une extrême droite traditionnelle, restant sur ses bases, et de l'autre des mouvements prêt à passer ponctuellement des alliances inédites : on voit alors des groupes nationalistes s'allier avec des militants en perdition venus de la gauche (Dieudonné, Riposte laïque) ou prétendant venir de la gauche (Alain Soral).

Parallèlement, l'émergence de Marine Le Pen à la tête du FN et ses orientations stratégiques ont entraîné un important désintérêt des jeunes d'extrême droite et des militants nationalistes radicaux pour le FN, même si le parti, surtout lors des périodes d'élections, attise toujours les ambitions et les intérêts de nombreux nationalistes. Alors que le parti n'est plus capable de recouvrir les murs des villes de France d'affiches ou de mettre dans la rue des milliers de gens comme par le passé, faute de militants de terrain, le FN enregistre de nombreuses adhésions de sympathisants, qui ne sont cependant pas prêts à se salir les mains.


La nouvelle stratégie du FN version Marine est basée essentiellement sur les médias. Bête médiatique comme son père, elle est présente quotidiennement à la télé ou la radio. Elle réussit à rallier à elle des personnalités médiatiques comme Gilbert Collard, ce que son père n'avait jamais réussi à faire. En interne, elle se débarrasse de tous ceux et celles qui pourraient s'opposer à elle ou dont les positions trop radicales pourraient la gêner dans sa quête de normalisation du FN. La situation actuelle du parti et le positionnement de sa présidente ont recréé un nouvel espace pour les mouvements radicaux, même si certains de ces radicaux rejoignent néanmoins le FN, comme les générations 1990 et 2010 du GUD.


L'incapacité des partis traditionnels à résoudre les crises économiques et sociales, l'augmentation du chômage, de la précarité, font monter la colère des oubliés du libéralisme économique. Le thème de la sécurité et de l'identité devient la porte d'entrée de tous les populismes en montant du doigt les boucs émissaires naturels que sont les étrangers, les autres, surtout les musulmans. La laïcité, tordue dans tous les sens et brandie comme la défense de la civilisation chrétienne (sic), devient dans la bouche de l'extrême droite et du FN un argument de campagne et de ralliement.

Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre" disait Winston Churchill


Cette année électorale a réservé bien des surprises. Le premier tour des élections présidentielles a vu Marine Le Pen qualifiée pour la deuxième manche. Aujourd'hui, le verdict populaire est tombé : Emmanuel Macron a été élu président de la République avec plus de 66% des voix contre 34% pour la candidate du Front National. Pas vraiment une surprise mais pas réjouissant non plus de voir le Front National avec plus de 10 millions de voix ! Mais quel camouflet pour les partis dits traditionnels de droite et de gauche qui se sont partagés le pouvoir depuis 50 ans ! La bonne surprise de cette séquence électorale vient de cette France Insoumise dans laquelle se reconnaissent celles et ceux qui résistent, n'abdiquent pas et se mobilisent contre la montée des idées fascisantes dans nos sociétés en crise.


Le Front National, né en 1972, va laisser la place, d'après Marine Le Pen, à une nouvelle organisation. L'histoire de l'extrême droite n'est donc pas terminée, elle sait s'adapter aux circonstances et la prise du pouvoir reste son objectif ! Restons vigilants !


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"Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre" disait Winston Churchill. C'est cette pensée qui m'a motivé dans l'écriture de ces trois articles sur l'histoire de l'extrême droite en France.