Située légèrement à l'est du centre de l'archipel indonésien non loin de Bali, la petite île très touristique de Gili Trawangan est aujourd'hui victime de son succès... Bienvenue à Gili Trawangan, l'île du paradoxe. En effet, ici les fonds marins sont sublimes et les tortues de mer y nagent avec les touristes. Oui mais voilà, ce tourisme est aujourd'hui incontrôlé et cela a des effets négatifs sur le territoire.

Par un correspondant à l'autre bout du monde, (avec l'aimable participation de Meri et Yaya)

Ne pouvant pas aborder toutes les thématiques liées au tourisme, cet article fera un focus sur ce qui attire l'attention sur place à savoir les déchets produits par le tourisme !!! Déchets qui sont aujourd'hui une menace pour l'environnement qui est, au demeurant, jusqu'à aujourd'hui touristiquement attractif.

A Gili Trawangan, il y a 19 centres de plongée sur 6 km², autant vous dire que la destination est prisée par les amateurs de fonds marins que ce soit en plongée ou en snorkeling (randonnée aquatique NDLR). Mais Gili ce n'est pas que cela... ici les véhicules à moteur sont interdits, ce qui n'est apparemment pas le cas de la drogue et de l'alcool qui eux circulent librement. C'est l'île de la fête et des excès en tous genres alors que nous sommes au sein d'un pays très religieux. Et voilà le premier paradoxe, hélas la liste est longue et un seul article ne me permettrait pas d'être exhaustif.

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Sur place, l'accueil et la cuisine locale, le tout à prix low-cost, enchantent les touristes composés d'une majorité d'occidentaux et de rares indonésiens issus des classes les plus aisées.

 

une problématique majeure enfle, c'est la gestion des déchets


Derrière cette vitrine se cache l'envers du décor, et là c'est beaucoup moins réjouissant, moins « glamour ». Puisque derrière cet accueil chaleureux et une vie à moindre coût pour les touristes, il y a une main d'œuvre corvéable à souhait qui rêve d'occident ou plutôt de réussite à l'occidentale et de jours meilleurs, car pour le moment ce sont des conditions de pauvreté mais également de solidarité... L'atmosphère générale est détendue malgré ce, et les rencontres et échanges entre locaux et touristes sont plutôt cordiaux voire amicaux, enfin pour la part de touristes qui ont bien entendu de la considération pour les locaux et un besoin d'altérité. Bien que charmantes, ces rencontres confortent les locaux dans un imaginaire fantasmé alors que pour les touristes il ne s'agit que d'une parenthèse de vacances.

Au sein de ce remue-ménage, une problématique majeure enfle, c'est la gestion des déchets. La promenade littorale qui est bordée par ses centres de plongée et d'innombrables boutiques vend et vante les fonds marins et le caractère paradisiaque du milieu. Mais la montagne à déchets située au milieu de l'île, le dump (dénomination locale) est une illustration des déchets générés par l'activité touristique...

 

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Sur place, plusieurs facteurs, en plus du désengagement étatique, sont en mesure d'expliquer la situation sur la gestion des déchets.
Tout d'abord, Gili Trawangan est une île qui n'a pas réellement d'identité territoriale, donc pas de mobilisation citoyenne... puisque ce territoire a été créé ex nihilo par l'activité touristique. De même, lors de la construction physique du territoire, les infrastructures n'ont pas été pensées pour accueillir autant de touristes et les déchets qui vont avec.

le paradigme environnemental commence à pointer le bout de son nez

 

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Ensuite, les acteurs de l'île :


- Les touristes qui viennent en vacances, c'est-à-dire qui sortent de leur territoire du quotidien, rompent avec leurs habitudes. Et cela entraîne des comportements qui ne sont pas forcément très écologiques, comme la consommation nocturne et quotidienne d'alcool et donc de verre par exemple, et d'une manière générale une surconsommation liée au lâché prise inhérent aux périodes de vacances.


- Les «business», qui accueillent une clientèle majoritairement occidentale dans des conditions de confort qui nécessitent une importante dépense d'énergie et génèrent beaucoup de déchets par exemple avec la paire de claquettes à usage unique dans les hôtels les plus luxueux.


- les locaux qui sont passés du tout biodégradable à des déchets non-biodégradables de genre plastique en peu de temps. Ils ont, de fait, à l'instar des sociétés occidentales des années 70 à 90, une consommation productrice de déchets (notamment plastique) conséquente. De plus, les gestes « écolos » ne sont pas encore entrés dans les mœurs bien que l'on sente que le paradigme environnemental commence à pointer le bout de son nez.


Enfin, et cela n'est pas un épiphénomène, les courants marins jouent en la défaveur de Gili qui «récolte» les déchets des îles aux alentours et notamment de Bali.
Face à cette situation et à l'initiative des centres de plongée, une ONG Gili Eco Trust a vu le jour en 2000. Elle a d'abord en charge la gestion des fonds marins suite à la destruction des récifs coralliens après notamment les passages répétés du courant marin chaud El Niño. Depuis 2009, Gili Eco Trust dirigée par la très active Delphine Robbe s'occupe de la situation sur terre. Petite parenthèse sur Delphine Robbe à qui il faut tirer un grand coup de chapeau puisque sans cette femme de caractère et sa détermination de tous les instants la gestion serait sans doute catastrophique.


Gili Eco Trust est aujourd'hui une ONG qui a les responsabilités d'une mission interministérielle mais sans les compétences. De fait, les choses évoluent à leur allure et tout l'enjeu sera de trouver des solutions à cette problématique qu'est la gestion des déchets avant que la nature et le milieu, pour le moment accueillants, n'aient plus rien à offrir, ce qui serait synonyme de déclin pour la destination.


Actuellement, l'équipe de Gili Eco Trust composée principalement de locaux, collecte, accumule et trie le plus de déchets possible sur l'île avec, il faut le noter, beaucoup de courage et de temps en temps l'aide de quelques volontaires étrangers. De plus, Gili Eco Trust mène des actions de sensibilisation auprès des locaux comme des touristes.


En somme, cette ONG se bat avec ses armes qui sont bien maigres afin de mener les missions qu'elle souhaite réaliser et le projet d'un Gili Trawangan 0 déchet.
Toutefois, terminons sur une note positive, puisque les derniers événements de grève du ramassage des ordures par les instances étatiques ont poussé plusieurs acteurs locaux à solliciter les services de l'équipe de Gili Eco Trust. Elle pourrait, à terme, avoir la main mise sur la collecte des déchets afin que la gestion en soit durable, responsable et que l'effectif de l'équipe s'étoffe et se structure.


Ce coup de sort conjoncturel deviendra-t-il structurel ? La suite dans la prochaine correspondance...
Ici Gili Trawangan, à vous Béziers !!!!