La reconversion des ex-membres du GUD : ou comment passer du combat contre la gauche à la communication de la droite extrême et de l'extrême droite. Deux anciens militants du GUD (Groupe Union Défense, officine fasciste étudiante) se retrouvent en position de responsables de la communication des campagnes présidentielles de Marine Le Pen et de François Fillon. Ce qui explique la porosité des deux programmes et pose la question de la porosité des deux électorats.

Par Didier,

Etonnant parcours que celui de ces nouveaux chefs d'entreprises, pas vraiment BCBG. Ils ont longtemps eu comme emblème la croix celtique et le rat noir du GUD... Ils ont manié la barre de fer, propagé les idées nationalistes : le sang, la terre, la mort, la patrie... Hier membre d'une milice / service d'ordre étudiante qui avait pour but d'interdire l'accès des facs au militants de gauche au travers de leur slogan : "no gauche's land", ils se retrouvent aujourd'hui à la tête de cabinets d'avocats ou de communication au travers desquels ils ont choisi de faire de l'entrisme et du trafic d'influence dans les partis de la droite extrême et de l'extrême droite.


Pour ces présidentielles 2017, les plus célèbres de ces reconvertis sont Anne Méaux, communicante en chef de la campagne de François Fillon, et Frédéric Chatillon communicant en chef de la campagne de M. Le Pen.


Frédéric Chatillon prend la direction du GUD en 1992 après avoir amplement fêté les soirées bastons, les hommages à ce qui reste de Waffen SS vivants, les soirées pyjamas rayés en allusion aux tenues des déportés juifs et les anniversaires de la naissance d'Adolf Hitler. Ce joyeux drille fonde la SARL RIWAL en juin 1995 (RIWAL veut dire roi et valeur en celte). Spécialisée dans le conseil en communication, le marketing, l'édition de livres et de revues : les dirigeants de RIWAL sont tous d'anciens responsables du GUD (Axel Lousteau, Thomas Lagane, Olivier Duguet, Jildaz Mahé O'Chinal).


Dès 1995, RIWAL participe à la création de tracts pour le Front National de la Jeunesse (FNJ). En 1997, RIWAL couvre les élections législatives pour le FN. Dix ans plus tard, RIWAL couvre la présidentielle de 2007 pour le même FN.

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Dès 2014, les ennuis judiciaires de Frédéric Chatillon commencent. En octobre 2016, il est renvoyé en correctionnelle au sujet du financement des législatives de 2012. Le 15 février 2017, il est mis en examen pour abus de biens sociaux dans le cadre d'une enquête sur les élections municipales et européennes et départementales de 2015. La justice soupçonne, via les kits de campagne conçus pour le FN par RIWAL, une surfacturation et un financement occulte donc une escroquerie au préjudice de l'Etat et des contribuables.

 

le danger pour ces élections et celles à venir est la création d'un fond commun culturel de l'électorat ultra libéral et nationaliste


Anne Méaux a été une dirigeante de premier plan du GUD dans les années 1970 mais elle n'en a jamais été une dirigeante officielle car aucune femme n'a été élue dans ses instances dirigeantes. Au-delà de ce barrage machiste, Anne Méaux a incarné dans le GUD l'aile ultra libérale qui a toujours contestée la suprématie aux pronazis tendance Chatillon. Comme beaucoup de ses camarades, elle entame sa reconversion dans la communication en pratiquant l'entrisme dans la mouvance des partis de droite. Elle s'occupe de la communication de Giscard à partir de 1976 puis de celle de Madelin dans les années 1980. En 2010, elle est aux côtés des laboratoires SERVIER pour gérer le scandale du Médiator et protéger l'image de l'entreprise. Dans son très bel hôtel particulier, près de la rue de Courcelles à Paris, elle reçoit les libéraux de gauche et de droite. Cette ex-membre du GUD, prêtresse de l'ultra libéralisme, a la moitié du CAC 40 comme clients (PSA, Casino, Kering, Bouygues, Lagardère, Société Générale...) Aujourd'hui son entreprise IMAGE 7 a plus de 70 salariés, une filiale à Londres et une filiale à Bruxelles. Dans son rôle de communicante en chef de François Fillon, c'est elle qui a proposé la stratégie des "Fake news", la manif du Trocadéro, le rapprochement avec "Sens commun" et la "Manif pour tous". C'est elle qui tente de faire de Fillon, malgré sa mise en examen, un candidat présentable aux yeux de la droite ultra.


Même si Méaux et Chatillon représentent deux branches du GUD (nationaliste et ultralibérale), le danger pour ces élections et celles à venir est la création d'un fond commun culturel de l'électorat ultra libéral et nationaliste. Un fond commun culturel sur la base de références à la nation, à la religion, au financement des écoles hors contrats, à la phobie anti musulmane . . . Un fond commun qui ne gommerait pas les différences d'appréciation sur l'Europe et la mondialisation mais qui aurait pour finalité de faciliter les points de passage d'un camp à l'autre. Dans une sorte d'alternance : droite extrême / extrême droite.